Le Parlement chinois a approuvé jeudi à la quasi-unanimité une réforme du système électoral à Hong Kong, qui donnera au pouvoir un droit de veto sur les candidats de l'opposition pro-démocratie aux élections législatives.

Ignorant les avertissements des capitales occidentales, les quelque 3.000 députés de l'Assemblée nationale populaire (ANP) ont sans surprise approuvé un "projet de décision sur l'amélioration du système électoral" dans l'ex-colonie britannique.

Une salve d'applaudissements a salué le résultat du vote dans l'immense Palais du peuple, le siège du Parlement à Pékin. Aucun député n'a voté contre le texte et un seul s'est abstenu.

Après l'annonce de la réforme la semaine dernière, Londres, Washington et Bruxelles avaient mis le régime chinois en garde contre une nouvelle atteinte à l'autonomie de Hong Kong et à ce qu'il reste de ses libertés.

Le projet de modification de la désignation des députés du Conseil législatif (Legco), le Parlement hongkongais, survient près d'un an après l'imposition par Pékin d'une loi sur la sécurité nationale, qui s'est traduite par une répression sans précédent des militants de l'opposition dans le territoire autonome.

Le régime communiste avait imposé cette loi après les manifestations monstres de 2019 contre l'influence de Pékin à Hong Kong.

Mais le pouvoir du président chinois Xi Jinping n'avait pas pu empêcher qu'une consultation locale fin 2019 donne une très large victoire aux conseillers de district d'opposition.

A la suite du vote de jeudi, le comité permanent de l'ANP devrait être chargé de rédiger un projet de loi qui sera formellement approuvé par le Parlement chinois avant d'être imposé à Hong Kong.

- "Comité électoral" -

Le texte n'a pas été publié, mais l'agence Chine nouvelle a expliqué qu'il consisterait à accroître le rôle du "comité électoral" hongkongais, un organe soumis à Pékin qui désigne déjà directement la moitié des députés du Conseil législatif.

Ce dispositif a permis au pouvoir chinois de s'assurer des majorités favorables au Legco depuis la rétrocession de 1997.

Le comité électoral, qui passera à 1.500 membres contre 1.200 actuellement, sera habilité à sélectionner les candidats autorisés à se présenter au volet démocratique du scrutin, selon l'agence de presse officielle.

Le Legco passera pour sa part de 70 à 90 membres, mais Chine nouvelle n'a pas précisé si le comité électoral pourrait désormais désigner plus de la moitié des députés hongkongais.

Le Royaume-Uni, ex-puissance coloniale à Hong Kong, a dénoncé jeudi par la voix de son chef de la diplomatie Dominic Raab "une nouvelle mesure de Pékin pour vider de sa substance le débat démocratique" dans le territoire.

La semaine dernière, l'Union européenne avait menacé de "prendre des mesures" de rétorsion, et les Etats-Unis avaient dénoncé "une attaque directe contre l'autonomie" de l'ex-colonie.

Ce projet vise à "assurer la stabilité et le développement à long terme du concept +Un pays, deux systèmes+", qui permet depuis 1997 à Hong Kong de bénéficier d'une semi-autonomie en échange de sa rétrocession, a indiqué jeudi à la presse le Premier ministre chinois Li Keqiang.

- Non-patriotes s'abstenir -

Lors de cette rétrocession, Pékin avait garanti au territoire, au moins jusqu'en 2047, des libertés inconnues en Chine continentale, comme la liberté de la presse ou une justice indépendante.

Mais le pouvoir et les médias chinois répètent depuis des semaines qu'une réforme est nécessaire pour s'assurer que seuls des "patriotes" puissent être élus dans la métropole financière.

Le terme de patriotisme signifie "aimer l'actuelle République populaire de Chine dirigée par le Parti communiste chinois", a précisé mardi Song Ru'an, commissaire adjoint au ministère chinois des Affaires étrangères à Hong Kong.

"Nous examinerons si les candidats répondent à ces critères", a-t-il ajouté.

Honnie par l'opposition, la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, a salué jeudi le vote des députés chinois, qu'elle a remerciés "du fond du coeur".

Son conseiller Bernard Chan, député hongkongais au Parlement chinois, avait toutefois déclaré lundi à l'AFP qu'il "ne serait pas surpris de voir une grande partie de l'opposition être autorisée à revenir" sur les bancs du Legco.

"Si on n'encourage pas ouvertement le séparatisme, alors on remplit les conditions requises" pour être élu, a-t-il assuré.

En septembre 2020, les élections qui devaient permettre de renouveler la moitié du Legco avaient été annulées, les autorités invoquant la pandémie de Covid-19.

Lundi, Mme Lam avait laissé entendre qu'un nouveau report des élections prévues en septembre prochain était probable, en raison des changements voulus par Pékin.