La "bataille contre le chômage ne se gagne pas en un mois", a déclaré vendredi le ministre du Travail Michel Sapin alors que le nombre de demandeurs d'emploi sans activité inscrits fin décembre, qui doit être annoncé à 18h00, marquera le 20e mois consécutif de hausse.
Cette bataille "se gagne sur la durée" et "nous allons la remporter", a-t-il assuré en rappelant "l'ardente obligation" fixée par le président François Hollande d'inverser la courbe avant la fin d'année.
Alors que les prévisions ne laissent guère espérer d'amélioration dans les mois à venir, la seule inconnue réside dans l'ampleur de l'augmentation.
Les onze premiers mois de 2012 ont été marqués par l'afflux de 270.000 demandeurs d'emploi supplémentaires sans aucune activité (catégorie A). La précédente année noire continue, 2009, avait cependant été pire (+347.000 chômeurs).
Si l'on comptabilise ceux qui ont travaillé à temps réduit (catégories B et C), Pôle emploi compte 360.000 inscrits de plus depuis janvier.
A fin novembre, 4,6 millions de personnes, un nouveau record, pointaient à Pôle emploi dans ces trois catégories, dont 3,13 millions sans aucune activité, un chiffre inégalé depuis 15 ans qui dépassera, d'ici un à trois mois, le pic historique de janvier 1997 (3,2 millions).
Pôle emploi a d'ores et déjà prévenu qu'une importante correction statistique à la hausse serait opérée le mois prochain sur les chiffres de janvier.
Les dernières prévisions ne sont pas encourageantes. Celles de l'Unédic tablent sur 185.500 chômeurs sans aucune activité de plus en 2013.
De son côté, l'Insee prédit une poursuite de la dégradation et 10,5% de chômeurs en métropole en juin (10,9% avec l'Outre-mer).
Pour réduire le chômage il faudrait entre 1,5% et 2% de croissance annuelle, rappellent régulièrement les économistes.
La Cour des Comptes sonne l'alarme
Or le Fonds monétaire international vient encore d'abaisser sa prévision: à 0,3% pour 2013 alors que le gouvernement continue d'espérer bien mieux (+0,8%).
Confronté à une hémorragie d'emplois ininterrompue depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement a mis en place une série d'"outils", a rappelé vendredi M. Sapin.
Le premier texte examiné en 2013 par l'Assemblée a été la création du contrat de génération. Avec ce projet cher à François Hollande, le gouvernement espère 500.000 embauches de jeunes en CDI en cinq ans et autant de seniors maintenus dans l'emploi. Les économistes ont alerté sur le risque important d'effets d'aubaine.
Déjà lancés, les emplois d'avenir, des contrats subventionnés pour les jeunes non qualifiés, montent lentement en charge: mi-janvier, près de 4.000 avaient été signés, sur un objectif de 150.000 d'ici 2014.
Pour le président de l'UMP, Jean-François Copé, ces outils sont "d'un autre âge" et seront "sans efficacité".
Tirant le bilan des politiques menées depuis la crise, la Cour des comptes a sonné l'alarme cette semaine. Elle recommande une réforme profonde de l'Assurance-chômage et appelle à "mieux cibler" les dispositifs sur "les plus fragiles, peu formés ou en emploi précaire", qui depuis 2009 ont été les plus frappés par la crise.
Le seul motif de satisfaction récent pour le gouvernement est venu de l'accord sur l'emploi intervenu le 11 janvier entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC).
Combattu avec force par la CGT et FO, celui-ci doit encore être traduit dans la loi. Cet accord "fera date", estime M. Sapin. Si le ministre n'en attend pas d'effets immédiats, il donnera selon lui aux entreprises "les instruments pour anticiper l'avenir" afin de "s'adapter sans licencier".
A cet égard, le gouvernement suit de près la négociation qui s'ouvre chez Renault sur un éventuel accord de compétitivité.