Les rues des villes et des campagnes de l'Hexagone sont désertes mercredi, au deuxième jour de mesures restrictives sans précédent pour faire "la guerre" au coronavirus, mettant la France et ses voisins européens à l'arrêt.

Les Français doivent "rester chez eux", a martelé mardi soir le Premier ministre, Edouard Philippe, lors d'une intervention depuis Matignon dans le journal télévisé de France 2, afin de limiter lui-même le plus possible les contacts extérieurs.

L'ensemble de la population doit rester cloîtrée à la maison sous peine d'amendes, sauf pour se nourrir, se soigner ou travailler, en particulier les personnels de santé et les forces de l'ordre.

Quelque 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés dans le pays pour faire respecter ces mesures.

"Nous sommes en guerre" avait prévenu lundi soir le président Emmanuel Macron, pour insister sur la gravité de la situation.

- "Tous potentiellement porteurs" -

Ces dispositions extrêmes visent à empêcher l'envolée des contaminations et la saturation des services d'urgence: mardi soir, 699 patients dans un état grave étaient en réanimation (contre 400 dimanche) sur un total de 2.579 malades hospitalisés, selon le bilan de la Direction générale de la Santé (DGS).

Le directeur, Jérôme Salomon, a annoncé un total de 175 décès (27 de plus que la veille) et de 7.730 personnes testées positives (1.000 nouveaux cas en 24 heures): "On est tous potentiellement porteurs", a-t-il souligné en insistant sur la nécessité d'éviter tout contact pour éviter de répandre le virus.

Face à la propagation exponentielle du coronavirus, toutes les personnes qui circulent doivent désormais être "en mesure de justifier leur déplacement", a rappelé le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

De son côté, l'Agence du médicament a annoncé des restrictions sur la vente du paracétamol, préconisé pour combattre les symptômes de l'infection: dès mercredi une seule boîte par client en pharmacie, deux en cas de maladie et la vente sera suspendue en ligne.

"On est partis sur au moins deux semaines de confinement collectif, on sait que c'est une période qui est nécessaire pour bloquer la circulation du virus" a affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran, prêt à prolonger la mesure.

Ce confinement doit ménager les hôpitaux: la situation est "très tendue" dans certaines régions comme le Grand Est, a reconnu M. Véran. Le déploiement d'un hôpital militaire est programmé en Alsace, avec le transfert, par l'armée, de malades vers d'autres sites.

- Soutien aux entreprises -

Compte tenu de cet état de "guerre", toutes les réformes, notamment celle des retraites, très controversée, sont "suspendues". Mais "le Parlement ne s'arrêtera pas", a garanti Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale.

Les députés et les sénateurs reprendront leurs travaux jeudi en "format restreint" pour examiner les textes d'urgence face à l'épidémie.

De son côté, le laboratoire français Sanofi s'est dit prêt à offrir à l'Etat des millions de doses de l'anti-paludique Plaquenil, pouvant traiter potentiellement 300.000 malades, après des essais jugés prometteurs auprès de patients atteints du Covid-19.

Avec un pays à l'arrêt et une économie mondiale fortement secouée, la récession se profile: le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, qui s'attend à une chute de 1% du PIB cette année, a annoncé la mobilisation "immédiate" de 45 milliards d'euros - notamment via le report de paiement des charges fiscales et sociales des entreprises.

Edouard Philippe n'a pas exclu des nationalisations et assuré que l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités "pour soutenir Air France". En revanche, "interdire de licencier, je ne crois pas que nous en arrivions là", a-t-il estimé sur France 2.

Par ailleurs, et face à la demande de consommateurs en pleine crise sanitaires, les boulangeries vont pouvoir être ouvertes sept jours sur sept grâce à une dérogation du ministère du Travail, a indiqué mardi la Fédération des entreprises de boulangeries.