Le gouvernement britannique a drastiquement renforcé ses mesures face au nouveau coronavirus après avoir été mis en garde par des scientifiques que la pandémie pourrait causer plus de 250.000 morts au Royaume-Uni sans changement de stratégie, rapporte mardi la presse britannique.

Lundi soir, le Premier ministre Boris Johnson a demandé à la population d'éviter tout contact et déplacement "non essentiel" et recommandé aux personnes âgées et femmes enceintes de s'isoler pendant trois mois.

Ces mesures restent moins radicales que celles prises dans les pays voisins, ne prévoyant ni fermeture des écoles, restaurants ou salles de spectacles, ni interdiction formelle des rassemblements. Elles constituent cependant un net renforcement par rapport à la stratégie controversée adoptée jusqu'alors, qui consistait essentiellement à isoler les personnes présentant des symptômes ou revenant de zones à risque pour alléger la pression sur les services de santé et favoriser l'émergence d'une "immunité collective".

Selon la presse britannique, ce changement de braquet a été motivé en particulier par un rapport de l'Imperial College de Londres, rendu public lundi soir.

D'après ce rapport, l'épidémie pourrait faire jusqu'à 510.000 morts au Royaume-Uni, dans le cas purement hypothétique où aucune mesure ne serait prise.

Avec le type de réponse qui constituait jusqu'à lundi la ligne de conduite du gouvernement, les chercheurs estiment que le pays risquait jusqu'à 260.000 décès, en raison d'une "submersion" de son système de santé.

Mais des mesures plus fortes réduisant les contacts, similaires à celles annoncées lundi, pourraient en revanche réduire à "quelques milliers ou dizaines de milliers" le nombre de décès au Royaume-Uni.

L'un des auteurs de l'étude, Neil Ferguson, fait partie de l'équipe ayant conseillé le gouvernement britannique, a indiqué à la BBC avoir transmis ses conclusions également à l'administration américaine, qui a également renforcé ses mesures.

Selon le journal Le Monde, il a également influé sur les décisions très restrictives adoptées ces derniers jours en France.

Le Royaume-Uni a recensé 55 morts et 1.543 cas de contamination mais des tests ne sont pas menés systématiquement, malgré les recommandations de l'OMS, et les autorités ont reconnu que le nombre réel de cas était probablement bien plus élevé.

Selon l'Imperial College, la principale difficulté de la nouvelle stratégie sera cependant d'être maintenue "jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible", ce qui pourrait prendre au moins 18 mois.