Plus pauvre et densément peuplée que la Chine, l'Inde a été jusqu'ici plutôt préservée par la pandémie de coronavirus. Mais avec 1,3 milliard d'habitants, le pays d'Asie du Sud, loin d'être à l'abri, commence à se barricader.

Au dernier bilan officiel vendredi, la deuxième nation la plus peuplée de la planète ne dénombrait que 81 cas de coronavirus, qui y a fait un mort.

Ce chiffre ne représente en l'état qu'une infime fraction des plus de 130.000 personnes contaminées dans le monde depuis l'apparition du virus en décembre en Chine. Cependant, la situation sanitaire indienne peut se dégrader rapidement.

- Fermeture des frontières -

Par précaution, New Delhi a adopté cette semaine des mesures drastiques de fermeture de ses frontières. Presque toutes les délivrances de visas sont suspendus, empêchant les étrangers – à quelques exceptions près – d'entrer sur le territoire.

Même des millions de personnes d'origine indienne vivant à l'étranger ne peuvent plus revenir dans le pays.

Tous les voyageurs, Indiens compris, entrant dans le pays et passés par des territoires durement touchés par le coronavirus doivent être mis en quarantaine pour au moins 14 jours.

Dans certaines zones touristiques comme le Rajasthan, des hôtels demandent désormais aux touristes encore présents de montrer un certificat médical s'ils veulent avoir une chambre. "Nous avons attendu deux heures à l'hôpital" pour obtenir ce sésame, a raconté à l'AFP Selima, une Allemande en voyage.

- Les mariages célébrés -

Les autorités sont assez inquiètes pour que le championnat de cricket, sport-roi en Inde suivi par des centaines de millions de personnes, ait été suspendu jusqu'au 15 avril au moins.

Écoles et cinémas sont aussi fermés pour tout le mois en divers endroits du pays, y compris dans la capitale New Delhi.

Les opérateurs téléphoniques diffusent désormais un message de sensibilisation. Médias et réseaux sociaux relayent les consignes sur les précautions à prendre.

Le gouvernement a appelé la population à éviter les grands rassemblements, mais cette consigne semble peu suivie pour l'instant. Des millions d'Indiens ont ainsi célébré cette semaine dans la rue la fête des couleurs de Holi.

La saison des mariages, qui bat actuellement son plein, paraît ne pas être affectée. Cette semaine, aucun masque n'était en vue lors de deux mariages organisés dans un hôtel chic de New Delhi, a constaté l'AFP. "Nous avons seulement eu quelques annulations", a rapporté une mariée.

Plusieurs entreprises ont déjà demandé à leurs employés de travailler à distance. Xiaomi, le fabriquant chinois de téléphones mobiles et leader du marché en Inde, a annulé le lancement de nouveaux produits.

- Confinement "difficile" -

Les experts s'inquiètent des conséquences potentiellement catastrophiques d'une épidémie d'ampleur de coronavirus dans cette Inde où 70 millions d'habitants vivent dans une pauvreté extrême, où dans certains quartiers la promiscuité atteint des sommets, et où le système de santé public est notoirement insuffisant.

"Je pense qu'aucun pays dans le monde n'est totalement préparé, à moins que vous n'ordonniez un confinement total. Dans un pays comme l'Inde, ça serait difficile", explique Tobby Simon, directeur du groupe de réflexion Synergia Foundation.

En l'absence d'un système de sécurité sociale, des millions d'Indiens n'auront d'autre choix que de sortir travailler pour nourrir leur famille.

Dans le même temps, les hôpitaux indiens n'ont pas les capacités pour recevoir des nouveaux malades en masse. Le pays ne consacre que 3,6% de son PIB aux dépenses de santé, contre 11,5% pour la France par exemple, selon des données de la Banque mondiale.

Le géant d'Asie du Sud dispose toutefois d'un certain savoir-faire en matière de gestion d'épidémies. Il est notamment confronté de longue date à une épidémie de tuberculose, qui diminue graduellement en intensité.

La communauté internationale a salué l'action des autorités indiennes face au virus Nipah, nettement plus meurtrier que le Covid-19, lorsqu'il a ressurgi en 2018 dans l'Etat du Kerala (sud). Seulement 17 personnes y ont succombé.

"J'ai bon espoir que dans 10-15 jours, les choses seront revenues à la normale", assure Rajan Sharma, président national de l'Association médicale indienne.

Un optimisme que ne partage pas Ashish Jha, directeur de l'institut de recherche de Harvard sur la santé publique mondiale: "L'Inde est un grand pays où beaucoup de personnes vivent dans la promiscuité, dans des espaces réduits. Je ne vois pas pourquoi elle échapperait par magie à cette pandémie".