Des milliards perdus pour les compagnies pétrolières ou les avionneurs, des PIB en chute libre, des Bourses en berne : l'économie mondiale a continué jeudi à payer la facture de la pandémie et le rebond s'annonce incertain, seuls les géants de la tech semblant surnager.

Les chiffres donnent le vertige : le PIB des Etats-Unis, rendu public jeudi, a chuté de 32,9% au deuxième trimestre, en rythme annualisé, marquant l'entrée officielle de la première économie mondiale en récession.

L'Allemagne, la première économie européenne, a dévoilé un plongeon historique de 10,1% de son PIB au deuxième trimestre et le Mexique une chute de 17,3%, la plus forte de son histoire.

Attention toutefois à ne pas comparer hâtivement : l'évolution américaine en rythme annualisé compare le PIB à celui du trimestre précédent et projette l'évolution sur l'année entière à ce rythme, ce qui tend à amplifier les variations.

"Le PIB est le rétroviseur, il nous indique le creux de la vague", déclare à l'AFP Ludovic Subran, le chef économiste d'Allianz.

Outre la lourde récession américaine, les nouvelles demandes hebdomadaires d'allocations chômage ont augmenté, passant à 1,43 million la semaine dernière aux Etats-Unis.

Côté entreprises, la rafale de résultats financiers publiés jeudi faisait tanguer les marchés boursiers et pétroliers mondiaux, Paris lâchant à la clôture 2,13%, Francfort 3,45% et Londres 2,31%. Wall Street a terminé de manière plus contrastée, le Dow Jones cédant 0,85% pendant que le Nasdaq grignotait 0,43%.

Les représentantes de la "vieille économie" - industrielle, gourmande en énergie, dépendante des échanges marchands physiques - ressortent ébranlées, alors que les mastodontes américains de le tech ont bien résisté à la pandémie.

Dans le camp des premières, L'Oréal, Lagardère et Saint-Gobain ont fini à l'unisson une journée européenne morose en affichant respectivement une dégringolade du bénéfice net de 21,7% et des pertes nettes de 481 millions d'euros et 434 millions d'euros, des malheurs en bonne partie liés à la pandémie.

Parmi les seconds, qui ont publié leurs résultats après la clôture de Wall Street, Apple a vu ses revenus grimper de 11% sur un an à près de 60 milliards de dollars, le bénéfice net d'Amazon a doublé à 5,2 milliards de dollars et celui de Facebook a quasiment doublé de volume également. Quant à Alphabet, la maison mère de Google, son bénéfice a chuté de près de trois milliards mais s'établit néanmoins à quasiment sept milliards de dollars.

En début de journée, à l'autre bout de la planète, le sud-coréen Samsung, un des leaders mondiaux des téléphones portables et des cartes mémoires, avait déjà vu son bénéfice net trimestriel bondir de 7,3%.

- "Sans précédent" -

En dehors de la tech, les compagnies pétrolières ont révisé à la baisse la valeur de leurs actifs, pour cause d'effondrement des cours du brut et de la demande. Avec pour conséquence des pertes abyssales au deuxième trimestre, de 8,4 milliards de dollars pour Total, de 18,1 milliards de dollars pour l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell.

L'aéronautique paye également un tribut écrasant à la crise.

L'avionneur européen Airbus a accusé une perte nette d'1,9 milliard d'euros au premier semestre. Son grand rival Boeing a perdu 2,4 milliards de dollars au deuxième trimestre. Air France-KLM a de son côté déploré 2,6 milliards d'euros de pertes au deuxième trimestre.

Dans l'automobile, le constructeur français Renault a subi au premier semestre la perte nette la plus lourde de son histoire, 7,3 milliards d'euros. L'allemand Volkswagen a, quant à lui, annoncé une perte avant impôts d'1,4 milliard d'euros au premier semestre. Ford a déploré une perte opérationnelle d'1,9 milliard USD, cependant inférieure aux cinq milliards prédits en avril.

Côté ferroviaire, la compagnie française SNCF a subi une perte de 2,4 milliards d'euros tandis que l'allemande Deutsche Bahn connait la pire crise de son histoire avec une perte de 3,7 milliards.

- "Crise darwinienne" -

Dans l'industrie, des poids lourds ont également livré des bilans maussades : le sidérurgiste ArcelorMittal a enregistré une perte nette de 559 millions de dollars au deuxième trimestre.

L'agroalimentaire résistait un peu mieux. Le géant suisse Nestlé a publié un bénéfice net semestriel en hausse de 18,3%.

D'autres entreprises s'en sortaient, à l'instar du groupe de messageries américain UPS, profitant de la hausse du nombre des colis commandés, et de Procter & Gamble, capitalisant sur la demande accrue pour les produits de nettoyage.

"Cette crise est très darwinienne, elle affecte les pays et les secteurs très différemment", avec un impact "à double détente", avertit M. Subran. Après le premier choc sur l'activité, "des secteurs déjà fragilisés en termes de rentabilité vont avoir à s'ajuster à un changement d'environnement plus lent".

Cependant, "cette crise a révélé de vrais relais de croissance : l'économie de la connaissance et du savoir, l'économie digitale" et la vente en ligne mais "on parle de quelques entreprises", nuance l'économiste.