La France renforce d'un cran son dispositif de dépistage du Covid-19, avec des tests obligatoires au plus tard le 1er août, pour les voyageurs provenant de 16 pays classés "rouge", alors que les autorités avertissent d'une "nette augmentation" de la circulation du virus.

Les voyageurs venant en France de 16 pays "où la circulation virale est particulièrement forte", dont les Etats-Unis, le Brésil et l'Algérie, "seront tenus de disposer d'un test attestant qu'ils ne sont pas porteurs du virus", a annoncé le Premier ministre Jean Castex.

"Nous savons que dans un certain nombre de ces pays, il n'existe pas de stratégie de dépistage et que donc l'accès aux tests est difficile, en conséquence de quoi nous avons décidé de généraliser les tests à l'arrivée", a-t-il ajouté lors d'un déplacement à Roissy, précisant que les cas positifs seront placés en quatorzaine.

Les pays concernés par les tests obligatoires sont les Etats-Unis, les Emirats arabes unis, Bahreïn, Panama, Afrique du Sud, Kowëit, Qatar, Israël, Brésil, Pérou, Serbie, Algérie, Turquie, Madagascar, Inde et Oman, selon Matignon.

Le Maroc, initialement cité dans la liste de source gouvernementale, n'y figure pas "pour l'instant" selon Matignon, qui précise que "c'est en discussion".

Cette mesure "était indispensable compte tenu de la reprise de la circulation virale dans notre pays", a argumenté le Premier ministre, accompagné du ministre de la Santé Olivier Véran et du ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari.

Des "dispositifs comparables" seront mis en place dans les ports, a-t-il précisé.

Plusieurs médecins et responsables politiques ont critiqué ces derniers jours la légèreté des contrôles aux frontières françaises.

Le président du Sénat Gérard Larcher (LR) a ainsi pointé vendredi matin sur RMC et BFMTV des "insuffisances graves" dans les mesures mises en place dans les aéroports qualifiés de "passoires à Covid".

"Il y a des clusters (cas groupés, NDLR) qui se développent à partir de personnes qui reviennent de voyage et qui n'ont pas été mises en quarantaine", pourtant "seule mesure efficace" contre la propagation du virus, affirmait récemment Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière.

- "Eviter la Catalogne" -

La frontière étant fermée avec ces pays, la mesure ne concerne que "des citoyens français qui résident dans ces pays, ou des citoyens de ces pays qui disposent d'une résidence stable en France", a précisé le Premier ministre.

Sans test effectué avant leur départ, ils devront réaliser des "formalités sanitaires" à leur arrivée, consistant en un test de dépistage virologique PCR.

"S'ils sont positifs, l'Agence régionale de santé les appelle et on surveille leur quatorzaine. Et dans le cas où des personnes voudraient vraiment échapper au test, le préfet prend alors un arrêté individuel de privation de liberté", a précisé Augustin de Romanet, président-directeur général d'Aéroports de Paris.

Le récalcitrant sera alors "assigné à un domicile précis" où il sera "contrôlé par les autorités sanitaires".

Jean Castex a également "vivement" recommandé aux Français d'"éviter" de se rendre en Catalogne, dans le Nord-Est de l'Espagne qui "montre des indices sanitaires dégradés".

"Nous sommes en discussions avec les autorités espagnoles et catalanes pour que celles-ci veillent (...) à ce que les flux en provenance d'Espagne et en direction France soient les plus limités possible", a-t-il ajouté.

"Les foyers de contagion ne sont pas propres à la Catalogne, il y en a dans tous les territoires et tous les pays", a réagi auprès de l'AFP le responsable du gouvernement régional catalan chargé des affaires étrangères, Bernat Sole.

En France, le ministère de la Santé a averti vendredi que la circulation du virus était "en nette augmentation".

"Avec un nombre de cas journaliers supérieur à 1.000, nous sommes revenus à des niveaux comparables à ceux de la fin de la période du confinement", a-t-il déploré dans un communiqué, appelant à "retrouver une discipline collective": "le télétravail, la réduction des expositions inutiles et surtout le test au moindre doute" et "l’isolement automatique en cas de symptômes ou de contact avec un porteur du virus" alors que "les Français ont moins tendance à s’isoler lorsqu’ils sont testés positifs".

484.000 tests sont actuellement réalisés par semaine, selon le ministère.

Le pays est capable d'en faire 700.000 par semaine "et même un million s'il le fallait", assurait Olivier Véran il y a quelques jours, tout en reconnaisant qu'"il y a des endroits où on est à quasi saturation - où on teste énormément, comme l'Ile-de-France", avec des délais parfois trop longs pour faire le test puis pour obtenir un résultat.

Pour prévenir une reprise de l'épidémie, qui a entraîné près de 30.200 décès en France, les autorités ont également rendu le masque obligatoire depuis lundi dans tous les lieux publics clos (magasins, administrations, etc.).

Plusieurs communes sont allées plus loin, en le rendant également obligatoire sur les marchés, dans les lieux en plein air très fréquentés ou lors de rassemblements, comme Concarneau, La Rochelle, Saint-Brieuc, Epinal ou encore Annecy.