Les autorités irakiennes ont annoncé dimanche imposer un couvre-feu total dans les 18 provinces du pays au système de santé ravagé, après la mort de 20 personnes du nouveau coronavirus et alors que le nombre de contaminations ne cesse de grimper.

Jusqu'ici la moitié des provinces avaient imposé des couvre-feux au niveau local, mais les déplacements sont désormais interdits dans l'ensemble du pays jusqu'au 28 mars, selon une décision de la cellule de crise chapeautée par le ministère de la Santé dont l'AFP a pu consulter une copie.

Les établissements scolaires et universitaires ainsi que l'ensemble des aéroports du pays sont également fermés jusqu'au 28 mars, est-il précisé dans le texte.

Dimanche, le ministère de la Santé recensait 233 contaminations à travers le pays mais les chiffres annoncés par les autorités pourraient être bien inférieurs à la réalité car seuls moins de 2.000 tests ont été menés dans ce pays de 40 millions d'habitants, frontalier de l'Iran où le virus a déjà tué près de 1.700 personnes.

Pour tenter d'endiguer la vague de contagion, les forces de sécurité irakiennes patrouillent le long de la frontière avec la République islamique pour empêcher les passages illégaux sur les centaines de kilomètres de frontière --officiellement fermés depuis un mois-- que partagent les deux voisins.

Les autorités sont également inquiètes d'une possible contamination de masse à la faveur des pèlerinages chiites, dont l'un a encore rassemblé samedi des dizaines de milliers d'Irakiens à Bagdad et ailleurs.

Les plus hautes autorités chiites d'Irak ont déjà interdit prières collectives et rassemblements, mais l'influent leader Moqtada Sadr, lui, appelle toujours ses partisans à prier ensemble et à effectuer les pèlerinages dans les mausolées du pays.

Lui qui les avait appelés à ne plus manifester contre les autorités par crainte d'une épidémie a semblé exempter la prière collective de ses interdictions.

Le ministre de la Santé lui a personnellement adressé une lettre lui réclamant de sensibiliser ses très nombreux partisans aux consignes strictes des autorités.

Si le ministre de la Santé, Jaafar Allaoui, est si inquiet c'est, a-t-il expliqué sur une chaîne de télévision locale, parce qu'il estime que le système de santé irakien, en pénurie chronique de médicaments, de médecins et d'hôpitaux, ne résistera pas à une épidémie.

Et, a-t-il ajouté, plaidant auprès d'un dignitaire chiite pour qu'il empêche ses ouailles de sortir de chez eux, son gouvernement, frappé de plein fouet par la chute des cours du pétrole, lui a déjà refusé les quelques millions de dollars qu'il avait demandés à l'annonce des toutes premières contaminations.

En raison des guerres qui ont secoué l'Irak quasiment sans interruption depuis quatre décennies et des violences faites aux soignants par des proches de patients peu satisfaits d'un diagnostic ou voulant venger un décès, de nombreux médecins ont fui l'Irak ces dernières années.

Quant aux hôpitaux, ils sont dans un état de délabrement avancé, comme en témoignent les nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux y montrant du matériel vétuste ou en panne, une hygiène laissant à désirer ou même des animaux entrant et sortant sans être inquiétés.