Par une brève piqûre au bras, dans un hôpital ou un gymnase, retraités et soignants britanniques ont lancé mardi la campagne historique et marathon de vaccination contre le nouveau coronavirus sur laquelle le Royaume-Uni parie gros pour sortir de la crise sanitaire.

A Cardiff, au Pays de Galles, des isoloirs installés dans un gymnase ont reçu toute la journée du personnel médical venu se faire injecter, d'un geste assuré, une première dose du vaccin de l'alliance américano-allemande Pfizer-BioNTech, que Londres a été le premier pays à approuver. Ils ont ensuite reçu une carte leur donnant rendez-vous trois semaines plus tard pour une seconde injection.

Emily Hunter, une infirmière de 36 ans, s'est réjouie que le vaccin soit arrivée "si rapidement". "Je n'ai aucune appréhension (...) je fais confiance à la science", a-t-elle confié à l'AFP.

Avant même le lever du jour, à précisément 06H31, c'est Margaret Keenan, 91 ans la semaine prochaine, qui a ouvert le bal dans un hôpital de Coventry, dans le centre de l'Angleterre. "Je me sens si privilégiée d'être la première personne à être vaccinée contre le Covid-19, c'est le meilleur cadeau d'anniversaire anticipé que j'aurais pu espérer".

Encourageant ses compatriotes à se faire vacciner elle a lancé: "si je peux le faire à 90 ans, vous pouvez le faire aussi".

Elle a été suivie d'un patient au nom illustre: William Shakespeare, 81 ans, qui s'est dit "ravi" et dont les images ont tiré quelques sanglots et des déclarations patriotiques au ministre de la Santé Matt Hancock, en direct à la télévision. "L'année a été tellement difficile pour tellement de gens", a-t-il lâché. "Cela vous rend fier d'être Britannique".

- Aggravation à Londres -

Le Royaume-Uni est le pays européen le plus endeuillé par la pandémie avec plus de 62.000 morts. La réussite de la vaccination s'annonce cruciale pour le gouvernement de Boris Johnson, très critiqué sur sa gestion de la pandémie et confronté à la colère de certains élus face aux restrictions imposées dans une grande partie du pays, avec un coût économique et social énorme.

"Progressivement, cela fera une énorme différence mais nous n'en sommes pas là", a averti le Premier ministre lors d'une visite dans un hôpital. Il a appelé la population, soumise à de strictes restrictions, à "ne pas relâcher" ses efforts, relevant que le nombre de cas progressait encore dans certaines parties du pays, y compris à Londres, et que la vaccination prendrait "des semaines, des mois".

Quelque 800.000 doses du vaccin sur les 40 millions commandées par le gouvernement seront administrées dans un premier temps. Malgré la célérité à le mettre sur le marché, "nous n'avons pas rogné" sur la sûreté, a assuré le patron de Pfize Albert Bourla au cours d'une table ronde virtuelle à Genève.

En tout, l'exécutif a assuré l'accès à quelque 357 millions de doses auprès de sept fabricants, comptant notamment sur celui d'AstraZeneca et de l'université d'Oxford, en attente d'autorisation, plus facile à transporter. Ce dernier est devenu mardi le premier à voir ses résultats d'efficacité validés par une revue scientifique, The Lancet.

- "Virus tueur" -

"Nous avons un peu d'espoir maintenant, alors oui, lançons-nous. Disons au revoir à ce méchant virus, qui est un tueur", a déclaré à l'AFP John Bottomly, un retraité de 78 ans, devant le Royal Preston Hospital (nord-ouest) l'un des 50 "hubs" hospitaliers mis en place en Angleterre pour la campagne

La priorité est donnée aux résidents et employés des maisons de retraite, une tâche compliquée par les défis logistiques liés au besoin de conserver le vaccin à -70 degrés, ainsi qu'aux soignants et aux plus de 80 ans.

Les autorités espèrent vacciner d'ici au printemps les neuf catégories prioritaires de personnes considérées comme les plus vulnérables, qui comprennent les plus de 50 ans, les soignants et les personnes à risque. Elles représentent 99% des décès.

La majorité de la population britannique devra attendre 2021, mais "nous pourrons tous aller en vacances cet été" a promis la responsable de la "task force" britannique sur les vaccins, Kate Bingham.

Les autorités pourraient mettre à contribution des célébrités pour convaincre les plus sceptiques de se faire vacciner. Barry Maxwell, un menuisier de 37 ans interrogé par l'AFP à Edimbourg, est l'un d'eux: "Je pense que peut-être dans un an, ces vaccinations pourraient finir par engendrer des problèmes plutôt que des solutions".