"Voilà, de la part du président (du Salvador), qui vous envoie ses bénédictions" : telle est la phrase rituelle du patron de l'entreprise publique d'électricité du Salvador Edwin Nunez lors de la distribution de colis alimentaires à des familles plongées dans la détresse par le confinement décrété pour lutter contre l'épidémie du nouveau coronavirus.

La distribution de vivres aux familles dans le besoin a été l'axe principal des aides gouvernementales en Amérique Centrale, où sont officiellement recensés près de 127.000 cas avérés et plus de 3.300 morts causés par le coronavirus. Mais ces actions sociales ne sont pas dénuées d'arrière-pensées politiques, relèvent des analystes consultés par l'AFP.

Mais les colis sont insuffisants, et de nombreux habitants bravent chaque jour le risque de contagion pour quêter dans la rue de l'argent ou de quoi manger.

- 8,6 millions de pauvres -

Près de 8,6 millions des 50 millions d'habitants des six pays d'Amérique centrale vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon un rapport publié l'année dernière par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

Au Salvador, les familles reçoivent des colis contenant du lait en poudre, de la farine de maïs, des haricots, du riz, des pâtes, du thon en boîte et de l'huile, a constaté un journaliste de l'AFP lors d'une distribution d'aide par M. Nunez à La Reforma, à 60 km au nord-ouest de la capitale San Salvador.

Le président salvadorien Nayib Bukele a débloqué plus de 350 millions de dollars et ordonné la distribution de 50.000 tonnes de maïs, et de plus de 2.000 tonnes d'autres vivres. Un programme inédit d'aide alimentaire vise à distribuer, en porte-à-porte, 3,4 millions de colis alimentaires.

Les autorités ont en outre remis 300 dollars aux familles les plus pauvres depuis avril.

- Les poules du maire -

Les municipalités ne sont pas en reste : à Nueva Concepcion (à 85 km au nord de San Salvador), le maire Raul Pena veut distribuer 20.000 poules à 10.000 familles, a-t-il dit à l'AFP.

"Beaucoup de familles avec des bas revenus n'ont pas de ressources alimentaires", explique le maire. Armé d'un micro, M. Pena rassemble en un instant des habitants devant un camion sur lequel a été improvisée une cage contenant les poules.

"Des milliers de familles ont besoin d'aide humanitaire", concède le directeur de la Fondation salvadorienne d'Etudes pour l'application du aroit (Fespad) Saul Banos, qui conteste cependant son usage "à des fins politiques".

- "Colis solidaires" -

De son côté, le président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, a demandé aux militaires de distribuer dans les quartiers pauvres des "colis solidaires" garnis de farine de maïs, de haricots, de riz, d'huile et de pâtes.

A la date du 3 juillet, quelque 3,6 millions d'habitants avaient ainsi reçu de l'aide, selon Anarldo Bueso, le responsable de l'opération.

"Moi, j'ai reçu un +colis solidaire+, mais beaucoup de maisons ont été laissées de côté", assure à l'AFP Pedro Joaquin Amador, un militant du parti d'opposition Liberté et Refondation (gauche).

"J'ai constaté qu'ils ont politisé l'aide : les militaires étaient accompagnés par des +nationalistes+", des militants du Parti National, du président, ajoute-t-il.

Au Guatemala, ce sont des chefs d'entreprise qui ont distribué en mars de l'aide alimentaire de base, tandis que le gouvernement assure que 1,4 million de familles ont reçu chacune 130 dollars.

Cependant beaucoup de Guatémaltèques affirment que seuls les partisans du gouvernement reçoivent de l'aide. Là aussi, ils sont nombreux à se lancer dans les rues ou sur les bords de route pour quémander des vivres ou une aumône.

- Propagande -

Pour sa part, le gouvernement du président nicaraguayen Daniel Ortega a refusé d'ordonner des mesures de prévention et de confinement, et organise même des manifestations ou festivités.

Les autorités continuent cependant, à grand renfort de propagande, à distribuer les aides habituelles, comme le casse-croûte des écoliers et des colis de vivres pour les personnes âgées.

Au Panama, le gouvernement assure avoir distribué 1,8 million de colis de vivres de base, tandis que chaque foyer a reçu un "bon solidaire" de 80 dollars pour des achats dans les commerces alimentaires.

Cependant, pour Romulo Roux, président du parti d'opposition Changement Démocratique (droite), "le +bon solidaire+, c'est une misère pour les foyers panaméens".