"La vie du pays ne s'arrêtera pas à cause du coronavirus". Les autorités se sont voulues rassurantes mercredi face à la progression de l'infection en France, même en cas de passage à un stade épidémique qui semble probable.

A la mi-journée, 257 cas confirmés avaient été recensés sur le territoire, répartis majoritairement autour de quelques foyers, dont le principal dans l'Oise.

Le pays reste pour l'heure au stade 2, celui au cours duquel les autorités mettent "tout en oeuvre pour freiner la diffusion du virus", a affirmé le ministre de la Santé, Olivier Véran, à l'issue d'un Conseil spécial de défense réuni par Emmanuel Macron.

Mais, selon la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, il semble "peu probable malheureusement" que la France échappe au stade 3 (le dernier), celui de l'épidémie, où il s'agit surtout d'atténuer les effets de la propagation du virus, sans pour autant arrêter les mesures pour éviter sa progression.

"Nous nous préparons activement au fait d'avoir une épidémie", a expliqué la porte-parole. Pour l'heure, les restrictions collectives décidées le week-end dernier n'ont pas changé: les rassemblements restent "strictement limités au sein des territoires où le virus circule activement", ceux de plus de 5.000 personnes sont toujours interdits.

Ces mesures seront "réexaminées" en cas de passage au stade 3. Mais même dans ce cas, "le pays ne va pas s'arrêter de fonctionner purement et simplement", a insisté Mme Ndiaye.

- Pas de report des municipales -

A un tel stade, "on a l'impression que le pays va s'arrêter, que les enfants n'iront plus à l'école, qu'on n'ira plus travailler… Ce n'est pas ce qui va se passer", a-t-elle assuré: "Les métros continueront à circuler jusqu'à nouvel ordre, les transports en commun continueront à circuler jusqu'à nouvel ordre... la vie du pays ne s'arrêtera pas à cause du coronavirus."

Le report des municipales (15-22 mars) n'est ainsi pas à l'ordre du jour.

Le ministre de la Santé a rappelé que le Covid-19 était bénin dans 80% des cas, et qu'il pouvait mener au décès "dans 1 à 2% des cas", sur des personnes fragiles et âgées.

Inquiets face à cette maladie peu virulente mais très contagieuse, les Français se précipitent sur les masques et les gels hydroalcooliques dont les prix de vente se sont envolés. Les prix des gels seront désormais encadrés par décret, a annoncé le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a constaté le vol d'au moins 8.300 masques et 1.200 flacons de solutions hydroalcooliques et 2.000 masques chirurgicaux ont aussi disparu à l'hôpital de la Conception à Marseille.

Un décret a été publié mercredi au Journal officiel pour réquisitionner les stocks de masques jusqu'au 31 mai.

Sont concernés les masques de protection de type FFP2 détenus par "toute personne morale de droit public ou de droit privé" et les masques anti-projections en possession des entreprises qui les fabriquent ou les distribuent.

"Il n'y a pas de risque de pénurie", a assuré Mme Ndiaye, rappelant que les masques ne sont distribués que sur prescription médicale ou aux professionnels de santé.

Il y a encore une semaine, le pays ne comptait que douze cas, principalement liés à des patients passés par la Chine.

Avec plus de 250 personnes infectées, il est aujourd'hui l'un des principaux foyers du coronavirus en Europe, avec l'Italie et l'Allemagne. Avec désormais quatre décès, après la mort mardi d'un nonagénaire dans le Morbihan, l'un des trois berceaux importants de propagation de l'épidémie en métropole avec l'Oise et la Haute-Savoie.

Une "bonne centaine" d'écoles, collèges et lycées restent fermés en France, essentiellement dans l'Oise (35.000 élèves touchés) et le Morbihan (9.000).

- Le Louvre rouvre ses portes -

Autre groupement de cas: dans le Haut-Rhin, dix personnes sont infectées et ont été hospitalisées, à la suite d'un rassemblement évangélique à Mulhouse, qui avait réuni 2.000 personnes il y a deux semaines.

Fermé depuis dimanche en raison du droit de retrait invoqué par son personnel, le musée du Louvre a pour sa part rouvert ses portes mercredi midi, sous les applaudissements des touristes.

Face aux inquiétudes jugées "légitimes" du personnel, la direction du musée le plus visité au monde a assuré que la "priorité absolue" était "d’assurer la sécurité des agents et des visiteurs", tout en soulignant qu'"à l’heure actuelle, les préconisations des autorités compétentes recommandent l’ouverture des musées".

De son côté, l'Opéra de Paris, la plus grande maison d'opéra au monde en termes de capacité, a appelé les visiteurs "présentant des symptômes grippaux" à éviter ses deux salles, Bastille et Garnier.

Côté sport, les matches de foot de L1 ne sont pas soumis à des restrictions particulières, pas plus que le championnat Top 14 de rugby. Mais aux Emirats Arabes Unis, deux équipes cyclistes françaises (Cofidis et Groupama-FDJ) ont été placées en quarantaine.