Le Premier ministre Edouard Philippe réunit six ministres et secrétaires d'Etat au ministère de la Santé, vendredi soir, après la hausse brutale des cas de contamination en France qui frôlent désormais les 600.

Alors que le cap des 100.000 personnes contaminées a été franchi à travers le monde et que la propagation du virus s'accélère en France, le gouvernement réunit ses troupes sur la ligne de front, au ministère de la Santé, autour du ministre Olivier Véran.

Sont également convoqués Elisabeth Borne (Transition écologique), Jean-Michel Blanquer (Education), Christophe Castaner (Intérieur), Sibeth Ndiaye (porte-parole) et Jean-Baptiste Djebbari (Transports).

Le dernier recensement des autorités, vendredi en début d'après-midi, a fait état de 577 personnes contaminées, soit 154 de plus en moins de 24 heures, et de deux nouveaux décès, portant à neuf le nombre de morts depuis fin janvier.

Vendredi matin, Emmanuel Macron a réitéré sa conviction que, "de toute façon, l'épidémie sera là".

Face à cette accélération, les autorités sont conduites à préparer le stade 3 des mesures de précaution. Pour le Pr Jean-François Delfraissy, spécialiste des maladies infectieuses le passage de la phase 2 à la phase 3, celle de l'épidémie, interviendra "entre quelques jours et une ou deux semaines".

- Préparation au stade 3 -

Cette nouvelle phase pourrait impliquer des mesures plus perturbantes pour la vie quotidienne : suspension de transports en commun, restriction des rassemblements ou fermetures d'écoles. Mais elles seront prises de façon progressive et au cas par cas.

"Il faut pouvoir tenir. Si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n'est pas tenable dans la durée", a souligné le chef de l'Etat, plaidant pour des mesures "proportionnées".

En visite dans une maison de retraite à Paris vendredi matin, il en a profité pour appeler à respecter des "mesures de bon sens" et à protéger les plus fragiles, en limitant par exemple "au strict nécessaire" les visites aux personnes âgées, les plus vulnérables", a-t-il insisté.

"La plupart" des personnes décédées étaient âgées de plus de 80 ans, avait relevé jeudi soir le directeur général de la Santé Jérôme Salomon.

La France constitue l'un des principaux foyers du virus en Europe avec l'Italie et l'Allemagne.

Dans le Haut-Rhin, les cas ont été multipliés par huit en 48 heures, pour atteindre brutalement 81 personnes contaminées, conduisant à fermer une centaine d'établissements scolaires et interdire tous les rassemblements de plus de 50 personnes en milieu clos.

Un nouveau foyer de contamination au coronavirus a également été identifié dans le Val d'Oise, en région parisienne, avec "neuf cas confirmés", dont un "dans un état sévère" à Méry-sur-Oise, a annoncé le préfet du département.

Selon le ministre de l'Education, "autour de 150 établissements" scolaires sont désormais fermés en France - sans compter le Haut-Rhin - , essentiellement dans l'Oise et le Morbihan, les deux principaux foyers, concernant au total environ 45.000 élèves et un peu plus de 3.000 professeurs, a-t-il précisé.

- Dépistage à l'Assemblée -

Touchée, l'Assemblée nationale a renforcé vendredi les mesures de sécurité après qu'un député LR du Haut-Rhin, Jean-Luc Reitzer, a été hospitalisé en réanimation. Un salarié du Palais Bourbon est aussi infecté et quatre autres personnes sont actuellement en cours de dépistage, selon un communiqué de la présidence.

A Paris, la RATP a également annoncé la contamination d'un conducteur de bus, deuxième cas après une agente du métro, mais le trafic n'est pas affecté.

Un décret encadrant jusqu'au 31 mai les prix de vente des gels hydroalcooliques, dont l'utilisation est recommandée pour éviter une contamination, a été publié vendredi au Journal Officiel. Il limite à 3 euros les 100 ml le prix des gels - soit 5 euros les 300 ml et 15 euros le litre.

Pour l'heure, le report des municipales (15-22 mars) n'est pas à l'ordre du jour mais de nombreux événements ont déjà été annulés, comme le marathon de Paris, prévu le 5 avril avec 60.000 inscrits, reporté au 18 octobre.

A Marseille, les autorités et les compagnies de croisière renforcent désormais leurs mesures de prévention avec prise de température avant embarquement, questionnaire de santé et signalement des cas suspects aux autorités.

Malgré ces précautions et à l'instar des bourses européennes et mondiales, celle de Paris a encore accusé vendredi une baisse de 4%, confirmant la crainte de conséquences économiques à long terme.