Une trentaine de chercheurs sont attendus jeudi après-midi autour d'Emmanuel Macron, soucieux d'afficher la mobilisation des autorités face au nouveau coronavirus, en attendant le passage au stade épidémique qui semble désormais inévitable.

Avec 285 cas confirmés, dont 73 nouveaux pour la seule journée de mercredi, la France est l'un des principaux foyers du virus en Europe, avec l'Italie et l'Allemagne.

Parmi ces cas, 15 personnes dans un état grave ont été hospitalisés en réanimation. Les quatre décès enregistrés en lien avec le coronavirus concernaient des personnes à risques ou très âgées.

Une seule région, le Centre-Val de Loire, échappe encore à la contamination après que la Corse, restée jusqu'alors à l'écart, a rapporté jeudi matin trois premiers cas: ces trois personnes avaient participé à un rassemblement évangélique à Mulhouse, fin février.

De même pour trois des quatre nouveaux cas détectés en Normandie et pour les trois premières personnes testées positives dans les Hautes-Alpes et prises en charge à Briançon.

Mercredi, la Guyane avait également annoncé cinq cas avérés, tous rentrés de cette réunion à Mulhouse auquel ont participé 2.000 personnes environ.

- premier cas à la RATP -

A Paris, la RATP a signalé le premier cas parmi ses agents en station, sans que le trafic du métro s'en trouve perturbé.

"L'Agence régionale de santé va faire tout de suite l'enquête et va dire qui doit rester chez soi" parmi ses collègues, a commenté sur Europe 1 la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Lentement, mais sûrement, la contagion gagne: il semble "peu probable malheureusement" que la France échappe au stade 3, le stade épidémique, a déjà prévenu mercredi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, à l'issue d'un Conseil de défense à l'Elysée. "Nous nous préparons activement au fait d'avoir une épidémie".

Au stade 3, celui où l'on constate que le virus circule et qu'il est transmissible sur l'ensemble du territoire, "les activités collectives sont fortement impactées", précise le gouvernement sur le site gouvernement.fr.

Le pays reste pour l'heure au stade 2, celui où les autorités mettent "tout en oeuvre pour freiner la diffusion du virus", affirme le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Les restrictions collectives, décidées le week-end dernier, restent les mêmes et interdisent en particulier les rassemblements de plus de 5.000 personnes en milieu clos, qui favorisent la transmission rapide du virus. L'arrêté relatif à ces mesures, paru jeudi, précise que ces mesures resteront en vigueur jusqu'au 31 mai.

Avec 20 cas recensés, le Morbihan est l'un des principaux foyers de cas groupés, avec l'Oise et la commune de La Balme, en Haute-Savoie.

Dans les cabinets médicaux, les médecins s'ajustent : ainsi, à Crac'h, commune de 3.400 habitants du golfe du Morbihan, le généraliste du bourg Christian Morigny reçoit les patients potentiellement contaminés "en dehors des horaires habituels de consultation" pour qu'ils ne croisent pas les autres patients. Une autre multiplie les téléconsultations.

- "pas de psychose" -

Mais "contrairement au H1N1 (en 2009, ndlr), on n'a pas de psychose, les gens sont sereins" assure le docteur Eric Henry, qui constate surtout la hausse des arrêts de travail: 80 en quelques jours contre un à deux par semaine en temps normal.

A ce stade, le report des municipales (15-22 mars) n'est pas à l'ordre du jour.

Même si de nombreuses annulations d'événements ont déjà été annoncées, comme le MIPTV, deuxième plus grand événement mondial dédié aux professionnels de la télévision, prévu du 30 mars au 2 avril à Cannes.

Muriel Pénicaud a précisé de son côté que 400 entreprises avaient demandé des mesures de chômage technique pour 6.000 salariés, principalement dans le tourisme et la restauration, où l'activité "tombe à cause du coronavirus".

C'est déjà palpable pour les châteaux de la Loire, où les réservations des visiteurs asiatiques ont baissé des deux tiers depuis le début de l'épidémie: "Il y a un impact évident sur les visiteurs en provenance de Chine, Taïwan et de Corée du Sud", constate Jean d'Haussonville, directeur général du Domaine national de Chambord (Loir-et-Cher). "Et aussi sur la clientèle italienne, très importante".

Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 52% des personnes interrogées se disent pas inquiètes (5 points de plus qu'il y a une semaine) mais redoutent surtout le promiscuité des transports en commun.

La population se précipite d'ailleurs sur les masques, dont les stocks ont été réquisitionnés par décret, et sur les gels hydroalcooliques: pour endiguer l'envol des prix l'Etat a proposé aux fabricants de plafonner les étiquettes à 3 euros les 100 ml.

Jeudi, une "bonne centaine" d'écoles, collèges et lycées restaient fermés, essentiellement dans l'Oise (35.000 élèves touchés) et le Morbihan (9.000). Une seule a fermé ses portes en Ile-de-France, à Louvres dans le Val-d'Oise.