L'immunologiste en chef de la Maison Blanche a mis en garde mardi contre les conséquences potentiellements "très graves" d'un redémarrage trop hâtif de l'économie américaine, au moment où de nombreux pays à travers le monde commencent à assouplir leurs mesures de confinement face à la pandémie de nouveau coronavirus.

Alors que Donald Trump ne cache pas son désir de faire redémarrer l'économie américaine au plus vite, le Dr Anthony Fauci, principal conseiller santé du président américain, a évoqué lors d'une audition devant le Sénat "le risque de voir une reprise" de l'épidémie à défaut de "réponse adéquate".

Le bilan quotidien est d'ailleurs reparti à la hausse aux Etats-Unis, avec près de 1.900 morts supplémentaires en 24 heures. Un rebond, après deux jours consécutifs sous la barre des mille, qui porte à 82.246 au total le nombre de décès enregistrés dans le pays.

Les autorités sanitaires du comté de Los Angeles, la deuxième plus grande ville du pays, ont fait savoir que des mesures de confinement resteraient vraisemblablement en vigueur jusqu'à la fin du mois de juillet, sauf "changement spectaculaire".

- Pence "garde ses distances" -

La Maison Blanche elle-même n'a pas été épargnée par le coronavirus: le vice-président américain Mike Pence, dont une proche collaboratrice a été testée positive, a décidé de garder ses distances avec Donald Trump "pour quelques jours".

Face à une catastrophe sanitaire mondiale qui a fait plus de 290.000 morts et affecté plus de 4,2 millions de personnes, selon un bilan de sources officielles sans doute largement sous-estimé, tous les pays tentent de trouver le difficile équilibre entre mesures destinées à enrayer la propagation de la maladie et décisions propres à relancer des économies affectées par une crise sans précédent.

Bien que la Russie soit devenue mardi, selon un décompte de l'AFP, le deuxième pays au monde en nombre de contaminations (plus de 232.000), le président Vladimir Poutine a ainsi donné son feu vert à un début de déconfinement.

Chaque région russe peut lentement lever certaines restrictions - ouverture des salons de beauté, des parcs etc - en fonction de sa situation épidémiologique, du nombre de lits et de respirateurs disponibles mais Moscou, principal foyer de l'épidémie avec 121.301 cas détectés, a prolongé son confinement jusqu'au 31 mai. Mardi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a annoncé avoir été contaminé.

- "Autosuffisance" -

En Inde, une trentaine de trains devaient commencer à circuler entre la capitale New Delhi et certaines grandes villes, avec les précautions d'usage: port obligatoire d'un masque, prise de la température corporelle, interdiction de voyager en cas de symptômes.

Le Premier ministre Narendra Modi a annoncé mardi un plan de relance économique d'environ 250 milliards d'euros, équivalant à près de 10% du PIB indien, destiné à mener le pays vers l'"autosuffisance".

Plus modeste, le gouvernement canadien a annoncé mardi l'octroi d'une prime allant jusqu'à 500 dollars canadiens (328 euros) aux quelque sept millions de retraités canadiens, particulièrement touchés par l'épidémie de coronavirus.

En Iran, les mosquées, fermées en mars, vont pouvoir rouvrir deux heures pendant trois nuits, pour marquer la Nuit du Destin, la 27e nuit du ramadan.

La France et l'Espagne, notamment, ont elles aussi assoupli les mesures de confinement de leurs populations, éprouvées par des semaines d'isolement.

- Plages -

En France, une partie des écoliers a pris ou s'apprête à reprendre le chemin des salles de classe, et des plages du littoral français, de la Méditerranée à la mer du Nord en passant par l'Atlantique, pourraient rouvrir dès ce week-end pour des promenades ou du sport, sous réserve d'accord des autorités de l'Etat aux demandes des municipalités.

Le bilan de l'épidémie de coronavirus en France était de nouveau en hausse mardi soir avec 348 nouveaux décès en 24 heures, mais le nombre de patients lourds en réanimation continue de baisser, selon la direction générale de la Santé.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a demandé que le port du masque, pour l'instant obligatoire dans les transports en commun, soit étendu à "toutes les rues de la capitale française".

En Espagne, ils étaient nombreux à éprouver la joie de retourner dans des bars, avec des mesures d'hygiène strictes. "On a toujours peur d'attraper le virus, de contaminer nos proches, mais il faut sortir dans la rue, il faut vivre à nouveau", affirmait Narcos Rodrigue à Tarragone.

Mais les autorités espagnoles ont décidé mardi que les personnes arrivant en Espagne depuis l'étranger seraient soumises à une quarantaine de 14 jours, à partir de vendredi et pendant toute la durée de l'état d'alerte, en vigueur jusqu'au 24 mai mais qui pourrait être prolongé.

Première compagnie aérienne à s'engager sur la voie d'une reprise du trafic, la compagnie low-cost irlandaise Ryanair a annoncé mardi la reprise de 40% de ses vols à partir de juillet et la mise en place de mesures sanitaires comme le port de masques et des prises de température pour les voyageurs et le personnel de bord, mais sans imposer la distanciation sociale.

Autre signe important d'une amélioration de la situation, le championnat allemand de football va reprendre samedi, alors que ses concurrents anglais, espagnol et italien s'apprêtent bientôt à l'imiter.

La Fédération américaine de gymnastique a en revanche annoncé qu'elle annulait ses championnats nationaux et d'autres événements majeurs prévus à son calendrier de 2020.

Faute de traitement ou de vaccin, que tentent de mettre aux point les laboratoires du monde entier, l'OMS a rappelé lundi qu'une "extrême vigilance" était nécessaire.

Le responsable des questions d'urgence sanitaire de l'organisation, Michael Ryan, a regretté que "certains pays", qu'il n'a pas nommés, aient choisi de "fermer les yeux et d'avancer à l'aveugle" vers le déconfinement, sans avoir identifié les foyers de contamination ni préparé de capacités hospitalières suffisantes.

En Chine, la ville de Wuhan, où est apparu le virus en décembre, va entreprendre de tester l'ensemble de ses onze millions d'habitants, ont rapporté mardi des médias, même si cette information n'a pour l'instant pas été officiellement confirmée.