La population appelée à rester chez elle, la place Saint-Pierre fermée aux touristes, les liaisons aériennes restreintes, les supermarchés pris d'assaut: l'Italie subissait de plein fouet les mesures d'une ampleur sans précédent annoncées contre le coronavirus, au moment même où la Chine jugeait mardi sa propagation "pratiquement jugulée".

Hors du territoire chinois, le Covid-19 poursuivait toutefois son inexorable avancée, se rapprochant d'une pandémie, selon l'Organisation mondiale de la santé: augmentation significative du nombre des victimes dans plusieurs pays, tels l'Iran (plus de 8.000 cas, près de 300 morts) et l'Espagne (plus de 1.600 cas), premier mort au Maroc ou au Liban, première personne atteinte signalée en République démocratique du Congo, au Burkina Faso, au Panama ou en Mongolie, etc.

Depuis l'apparition du nouveau coronavirus en décembre en Chine, plus de 114.000 cas de contamination ont ainsi été recensés dans 105 pays et territoires, avec un total de plus de 4.000 morts, selon le dernier bilan en date établi par l'AFP.

Sans compter que, conséquence de l'épidémie, "les écoles sont fermées dans 15 pays, affectant 363 millions" de jeunes, s'est alarmée l'Unesco.

La Grèce a annoncé mardi la fermeture -tout comme en Italie et en République tchèque- de tous ses établissements scolaires, tandis qu'une série d'universités américaines généralisaient les cours en ligne.

Dans le même temps, au lendemain d'un spectaculaire plongeon sous l'effet conjugué de l'épidémie et d'un krach pétrolier, les Bourses repartaient à la baisse en Europe et aux Etats-Unis, à contre-courant du timide rebond observé auparavant en Asie.

- Des mesures "audacieuses" -

"Je reste chez moi", a résumé en Italie le chef du gouvernement Giuseppe Conte qui a étendu par décret à toute la péninsule le dispositif confinant depuis dimanche, dans les régions du nord, un quart de la population.

Ce pays, membre du G7, est ainsi devenu le premier à généraliser des mesures aussi draconiennes, qualifiées d'"audacieuses" par l'Union européenne, afin de tenter d'enrayer la progression du coronavirus, qui y a déjà fait 463 morts sur plus de 9.000 cas.

Car si la Chine a elle aussi placé de facto en quarantaine plus de 50 millions de personnes à leur domicile, c'est dans la seule province du Hubei et pas sur l'ensemble de son territoire.

Tous les Italiens doivent "éviter les déplacements", sauf pour aller travailler, se ravitailler ou encore pour des soins médicaux. La basilique et la place Saint-Pierre du Vatican sont fermées aux touristes jusqu'au 3 avril.

Dès lundi soir, à Rome ou à Naples, des supermarchés ont été pris d'assaut, en particulier pour les produits essentiels, tels les pâtes et le papier hygiénique. "Comme en temps de guerre", a commenté un vendeur.

Nombre de compagnies, de British Airways à la hongroise Wizz Air, en passant par l'irlandaise Ryanair, ainsi que l'Espagne, ayant réagi à cette situation par une interruption plus ou moins longue des liaisons aériennes avec l'Italie, ce pays se trouve en outre de plus en plus isolé au plan international.

- Amélioration en Chine -

L'heure est en revanche à l'assouplissement des dispositifs en Chine, où le président Xi Jinping a affirmé que la propagation du cronavirus était "pratiquement jugulée".

Il s'est d'ailleurs rendu pour la première fois à Wuhan, la capitale de la province du Hubei, le berceau du Covid-19, dont les autorités ont annoncé une levée partielle du confinement imposé aux habitants.

Seules 19 nouvelles contaminations ont été enregistrées mardi en Chine, une chute spectaculaire par rapport aux centaines annoncées quotidiennement par Pékin en février.

Mais l'impact du coronavirus et de la forte baisse des cours du pétrole continuait à être important sur tous les continents, notamment dans les pays producteurs d'or noir comme l'Algérie et le Nigeria.

Aux Etats-Unis, Donald Trump a dit vouloir rapidement prendre une série de mesures pour soutenir l'économie en vue d'essayer de préserver l'un de ses principaux arguments de campagne dans la course à la Maison Blanche.

Il a à cet égard qualifié de "minable" la Fed, la banque centrale américaine, l'accusant de lenteur dans ses prises de décision face au nouveau coronavirus.

Les mesures prises pour contenir l'épidémie continuent parallèlement à se multiplier dans le monde entier.

Le gouvernement japonais a ainsi approuvé mardi un projet qui permettrait aux autorités d'exiger le confinement.

Plus d'une semaine après une décision similaire prise dans son quartier général de Genève, l'ONU a suspendu les visites des touristes à son siège principal de New York.

"Nous sommes au tout début de cette épidémie" en France, où plus de 1.400 cas et 25 décès ont été enregistrés, a pour sa part averti le président Emmanuel Macron.

Les grands rendez-vous sportifs sont particulièrement en ligne de mire avec des reports en cascade, à l'instar du Grand Prix moto des Amériques d'Austin au Texas et de l'ensemble des compétitions en Algérie.

Quant au match de préparation à l'Euro-2020 de football entre l'Allemagne et l'Italie, s'il sera bien joué à la date prévue du 31 mars à Nuremberg, il le sera à huis clos, tout comme en France les rencontres de championnat prévues d'ici au 15 avril.

A Berlin, les concerts ont aussi été annulés jusqu'à la mi-avril.

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