Une équipe de l'OMS est sortie jeudi de quarantaine en Chine pour entamer ses investigations sur le terrain, alors que Washington a réclamé une enquête "claire et poussée" sur les origines de la pandémie de Covid-19 qui continue de s'aggraver à travers le monde.

Les dix enquêteurs internationaux de l'Organisation mondiale de la Santé étaient arrivés le 14 janvier à Wuhan, où les autorités chinoises leur ont imposé une quarantaine.

Jeudi matin, une équipe de l'AFP tenue à bonne distance a pu voir une dizaine d'enquêteurs monter à bord d'un autocar qui les attendait à la sortie de l'hôtel où ils étaient confinés. Le véhicule est parti pour une destination inconnue dans la ville où le Covid-19 s'est manifesté dès la fin 2019.

Cette visite est ultra-sensible pour le régime chinois, soucieux d'écarter toute responsabilité dans l'épidémie qui a fait plus de 2,1 millions de morts dans le monde alors qu'elle est pratiquement éradiquée en Chine. Des proches de victimes du Covid-19 à Wuhan ont accusé les autorités d'avoir fermé leur groupe sur les réseaux sociaux et de faire pression sur eux pour qu'ils s'abstiennent de s'exprimer.

"Il est impératif que nous allions au fond des choses dans l'apparition de la pandémie en Chine", a affirmé mercredi la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki. Les Etats-Unis "soutiennent une enquête internationale qui à notre avis doit être claire et poussée", a-t-elle ajouté.

Washington va "évaluer la crédibilité du rapport d'enquête une fois terminé" et puiser dans "les informations rassemblées et analysées par le renseignement" américain sur le sujet, a ajouté Jen Psaki.

L'enquête de terrain de l'OMS démarre alors que la pandémie est de plus en plus mortelle dans le monde, avec un nouveau record quotidien de plus de 18.000 décès mercredi et des variants, bien plus contagieux, qui ne cessent de se propager, poussant de plus en plus de pays à fermer leurs frontières.

Dans la course aux vaccins, l'un des fabricants, le britannique AstraZeneca, se trouvait mercredi au coeur de tensions avec l'UE.

De jour en jour, la situation s'assombrit: le nombre mondial des cas officiellement recensés a dépassé les 100 millions et selon l'OMS, les nouveaux variants du coronavirus continuent de se répandre: le britannique s'est étendu à 70 pays et le sud-africain à 31.

Du jamais vu depuis le début de la pandémie, 18.109 décès ont été enregistrés mardi dans le monde, selon un comptage mercredi de l’AFP. Au total, le monde a enregistré 2,16 millions de morts.

"Nous livrons le combat de notre vie", mais "nous pouvons vaincre le virus - et nous vaincrons le virus" et ses variants, a assuré Maria Van Kerkhove, la responsable technique à l'OMS de la lutte contre le Covid-19.

- Gouvernements sous pression -

Cette situation met sous pression les gouvernements pour trouver de nouvelles parades.

En Grande-Bretagne, le premier pays européen à avoir dépassé le seuil macabre des 100.000 morts, le gouvernement a imposé une quarantaine à l'hôtel aux résidents au Royaume-Uni en provenance de 22 pays où des variants du virus "présentent un risque", comme l'Afrique du Sud, le Portugal et des pays d'Amérique du Sud. Les arrivées de ces Etats sont déjà interdites aux personnes ne résidant pas au Royaume-Uni.

Ces voyageurs seront "emmenés directement" de l'aéroport à l'hôtel, a précisé le Premier ministre Boris Johnson.

En France, où le bilan des morts ne cesse de grimper (près de 75.000), le gouvernement a déclaré mercredi étudier plusieurs scénarios pour enrayer la propagation du Covid-19, dont celui d'un nouveau confinement "très serré", le couvre-feu actuel de 18H00 à 06H00 n'étant pas assez efficace.

Pas d'ambiguïtés en Slovaquie qui a resserré son régime de confinement en exigeant désormais des tests négatifs pour pouvoir sortir de chez soi.

Au Liban, plus de 220 personnes ont été blessées mercredi dans de violents affrontements - pour la troisième soirée consécutive - à Tripoli (nord) entre policiers et manifestants qui protestent contre le strict confinement qui a aggravé la crise économique.

- Tensions avec AstraZeneca -

La campagne massive de vaccination reste une des rares lueurs d'espoir pour entrevoir une sortie de crise. A ce sujet, le laboratoire britannique AstraZeneca était au coeur de tensions avec l'Union européenne. En cause: l'annonce d'un retard dans le calendrier de livraisons de vaccins.

Selon AstraZeneca, la production des vaccins dans les usines britanniques est réservée au Royaume-Uni en vertu de l'accord conclu avec Londres, trois mois avant le contrat signé avec l'UE. Ce que conteste Bruxelles.

L'UE réclame ainsi à AstraZeneca de lui livrer comme convenu des vaccins contre le Covid-19 produits dans deux usines britanniques, alors que le groupe prévoit désormais de ne fournir au premier trimestre qu'"un quart" des doses promises.

A ce jour, au moins 79,2 millions de doses de vaccins contre le Covid ont été administrées dans au moins 69 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir de sources officielles mercredi à 11H00 GMT.

Mais la vaccination est pour l’heure un privilège des pays à "revenu élevé" (au sens de la Banque mondiale), qui concentrent 62% des doses administrées dans le monde alors qu’ils ne regroupent que 16% de la population mondiale.

Michael Ryan, le directeur des opérations d'urgence de l'OMS, considère que "si nous arrivons à une situation dans le monde développé où des gens en parfaite santé sont vaccinés et que des travailleurs en première ligne et des personnes vulnérables (des pays pauvres) ne le sont pas, ce n'est tout simplement pas juste".

Et une étude publiée jeudi par un groupe de réflexion australien a conclu que c'est le Brésil qui a le plus mal géré la pandémie de Covid-19 alors que la Nouvelle-Zélande est la meilleure élève de la planète.