Comme un 15 août en mars... Les rues des villes et des campagnes de l'Hexagone sont désertées mercredi, au deuxième jour des mesures restrictives sans précédent prises pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.

Les Français doivent "rester chez eux", a martelé mardi soir le Premier ministre, Edouard Philippe, lors d'une intervention depuis Matignon.

L'amende forfaitaire pour "violation des interdictions de se déplacer hors de son domicile" est passée à 135 euros. L'ensemble de la population est tenue de rester cloîtrée à la maison sauf pour se nourrir, se soigner ou travailler, en particulier les personnels de santé et les forces de l'ordre.

Alors que les magasins d'alimentation, eux, restent ouverts, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que le gouvernement serait amené à fermer certains marchés "où l'on voit des foules" ou "qui ont beaucoup d'étals", toujours pour éviter les rassemblements.

Quelque 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés dans le pays pour faire respecter ces mesures.

Un conseil des ministres a été réuni mercredi matin autour d'un projet de loi pour l'annulation du second tour des municipales.

La polémique, virulente notamment à droite sur la tenue dimanche du premier tour malgré l'épidémie, a été relancée la veille par l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn. Elle assure avoir prévenu l'exécutif dès janvier que l'organisation des municipales serait impossible à cause du Covid-19. "Je savais que la vague du tsunami était devant nous", a-t-elle dit au Monde.

Edouard Philippe a répondu que le gouvernement "avait posé la question des municipales aux scientifiques" et que la décision "avait été fondée sur des motifs scientifiques".

- "Tous potentiellement porteurs" -

Ces dispositions extrêmes visent à empêcher l'envolée des contaminations: 699 patients dans un état grave étaient en réanimation (contre 400 dimanche) sur 2.579 malades hospitalisés, selon le dernier bilan de mardi soir, et certains services d'urgence sont saturés.

Des centaines de Français ont d'ailleurs applaudi mardi soir à leurs balcons les personnels soignants, pour les remercier et les encourager.

Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a annoncé 175 décès (27 de plus que la veille) et 7.730 personnes testées positives (1.000 nouveaux cas en 24 heures): "On est tous potentiellement porteurs", a-t-il souligné.

Face à la propagation exponentielle du coronavirus, toutes les personnes qui circulent doivent désormais être "en mesure de justifier leur déplacement", a rappelé le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

Un Français qui voyait auparavant en moyenne 50 personnes par jour, devrait n'en voir que cinq, a répété mercredi le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Même les sorties pour faire de l'exercice sont régulées, alors qu'une étude a montré que le nouveau coronavirus peut survivre pendant plusieurs heures en dehors du corps humain, sur des surfaces diverses ou même dans l'air.

Selon Denis Malvy, chef du service infectiologie du CHU de Bordeaux interrogé sur France Inter, "nous devons faire face à une augmentation des cas au moins dans les 10 jours à venir, le temps de l'impact bénéfique des mesures".

La situation est "très tendue" dans certaines régions comme le Grand Est, a reconnu le ministre de la Santé. Le déploiement d'un hôpital militaire est programmé en Alsace. Des patients infectés partis de Mulhouse étaient en cours d'évacuation mercredi par avion militaire vers Toulouse.

- Soutien aux entreprises -

Compte tenu de cet état de "guerre", selon les mots d'Emmanuel Macron, toutes les réformes, notamment celle des retraites, très controversée, sont "suspendues". Mais "le Parlement ne s'arrêtera pas", a garanti Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale.

Les députés et les sénateurs reprendront leurs travaux jeudi en "format restreint" pour examiner les textes d'urgence face à l'épidémie.

De son côté, le laboratoire français Sanofi s'est dit prêt à offrir à l'Etat des millions de doses de l'anti-paludique Plaquenil. Concernant les différents traitements en voie d'élaboration, M. Véran a appelé à la "prudence tant qu'il n'y a pas de validation formelle par les scientifiques".

Globalement les Français approuvent massivement les mesures annoncées par Emmanuel Macron pour endiguer la propagation du coronavirus, même si pour une majorité d'entre eux (57%) la France n'est "pas prête" à faire face à l'épidémie, selon un sondage Elabe-Berger Levrault diffusé mercredi.

Avec une économie mondiale fortement secouée, la récession se profile: le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, qui s'attend à une chute de 1% du PIB cette année, a annoncé la mobilisation "immédiate" de 45 milliards d'euros - notamment via le report de paiement des charges fiscales et sociales des entreprises.

Edouard Philippe n'a pas exclu des nationalisations et assuré que l'Etat était prêt à "prendre ses responsabilités "pour soutenir Air France". En revanche, "interdire de licencier, je ne crois pas que nous en arrivions là", a-t-il estimé sur France 2.

Si ceux des marchés où trop de monde se rassemble vont devoir être fermés par décret préfectoral, selon M. Véran, les boulangeries devraient pouvoir être ouvertes sept jours sur sept.