Terrasses fermées, rideaux de fer baissés et "contrôles renforcés" aux frontières avec l'Allemagne : la France a vécu dimanche le premier jour des restrictions et fermetures décidées par le gouvernement pour tenter d'enrayer l'épidémie de coronavirus, un contexte qui devrait provoquer une abstention record au premier tour des municipales.

Avec un doublement des cas en 72 heures, portant le total des personnes contaminées à 4.500, 91 décès et plus de 300 cas graves en réanimation, le pays est entré au stade 3 de l'épidémie. Un nouveau décompte devrait être communiqué en fin de journée par le ministère de la Santé.

"Nous évoluons vers une épidémie généralisée dans les tout prochains jours, mais tout va dépendre du comportement du virus et surtout du respect par la collectivité des mesures barrières. Il n'y a, à ce jour, pas suffisamment de prise de conscience par les Françaises et les Français de l'importance de leur rôle face au virus", a averti le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

"Si vous demandez aux médecins hospitaliers, aux réanimateurs, ils sont très frappés par l'afflux de malades graves dont certains chez les jeunes", a-t-il dit.

- Salve de mesures au JO -

Pour répondre à l'urgence, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé la fermeture de tous "les lieux accueillant du public non indispensables à la vie de la Nation", des fermetures qui s'ajoutent à l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Ainsi, cinémas, bars, discothèques, restaurants, centres commerciaux, bibliothèques, salles de spectacles, musées et établissements sportifs doivent fermer boutique jusqu'au 15 avril.

Bars et restaurants pourront toutefois "maintenir leurs activités de vente à emporter et de livraison".

Contraints dimanche par ces fermetures, de nombreux Parisiens ont profité du soleil pour se retrouver dans les parcs et jardins, toujours ouverts, sur les places et les berges, parfois pour pique-niquer entre amis ou en familles, faisant fi des mises en garde.

Le gouvernement a également décidé de réduire drastiquement les transports longue distance, avec un trafic ferroviaire bientôt divisé par deux et seulement "quelques vols" internationaux. Les transports locaux seront toutefois épargnés.

La France va aussi renforcer à partir de lundi matin les contrôles à sa frontière avec l'Allemagne, a annoncé le ministère de l'Intérieur, sans toutefois la fermer partiellement comme l'a décidé l'Allemagne.

- "Pas de pénurie" -

Les commerces "présentant un caractère indispensable" comme les commerces alimentaires, pharmacies, banques, stations-services ou de distribution de la presse sont eux épargnés, tout comme les services publics.

A Saint-Etienne, des bars-tabacs-marchands de presse profitent de cette exception pour servir des boissons à des clients: "On ne sait pas exactement ce qu'on a le droit de faire (…) c'est tout bizarre", confie avec un peu de gêne le patron du Lutecia, dont la salle est remplie de clients comme chaque dimanche matin.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a de son côté assuré qu'il n'y aurait "pas de pénurie" tout en demandant aux Français de ne pas multiplier les achats de précaution.

- Aller voter ou rester chez soi ? -

"Nous devons tous ensemble montrer plus de discipline dans l'application de ces mesures, ce que nous allons faire, c'est tout simplement éviter au maximum de se rassembler, limiter les réunions amicales et familiales, de n'utiliser les transports en commun que pour aller au travail, et seulement si la présence physique au travail est indispensable", a exhorté le Premier ministre.

Les crèches, établissements scolaires et universitaires seront fermés lundi. Seuls "les enfants de moins de seize ans des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire" seront admis dans les établissements scolaires, les autres bénéficieront d'enseignement à distance, au moins jusqu'aux vacances de printemps.

Pour les entreprises, le ministre a également annoncé un assouplissement des "règles de recrutement, de travail de nuit, sur les heures supplémentaires".

Et les parents d'enfants de moins de 16 ans qui ne peuvent pas télétravailler "ont droit automatiquement" à un arrêt maladie, sur demande de l'employeur et l'Etat prendra en charge "intégralement" le chômage partiel demandé par les entreprises pénalisées.

"La stratégie ce n'est pas d'empêcher que le virus passe - on sait qu'il passera probablement par plus de la moitié d'entre nous - mais c'est de faire en sorte qu'il passe de la manière la plus étalée possible dans le temps", a expliqué le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer.

Malgré le maintien des élections municipales, et des mesures sanitaires dans les bureaux de vote, la participation au premier tour s'annonce la plus faible jamais enregistrée, estimée autour de 45% par plusieurs instituts de sondage.

Des présidents de régions, des élus de tous bords ainsi que des médecins avaient réclamé samedi soir un report du scrutin, craignant justement un fort taux d'abstention.

Dimanche, les témoignages s'opposaient sur Twitter entre les Français souhaitant boycotter les élections, dont des médecins, sous le hashtag #jeniraipasvoter, et ceux défendant au contraire son maintien.