Terrasses fermées et rideaux de fer baissés : la France vit dimanche le premier jour des restrictions et fermetures décidées par le gouvernement pour tenter d'enrayer l'épidémie de coronavirus, un contexte qui affecte la participation à la mi-journée au premier tour des municipales, maintenu malgré tout.

Avec un doublement des cas en 72 heures, portant le total des personnes contaminées à 4.500, 91 décès et plus de 300 cas graves en réanimation, le pays est entré au stade 3 de l'épidémie.

"Nous évoluons vers une épidémie généralisée dans les tout prochains jours, mais tout va dépendre du comportement du virus et surtout du respect par la collectivité des mesures barrières. Il n'y a, à ce jour, pas suffisamment de prise de conscience par les Françaises et les Français de l'importance de leur rôle face au virus, c'est urgent, c'est maintenant qu'il faut changer de comportement !", a averti le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

En outre, "plus de 50% des personnes en réanimation ont moins de 60 ans", a-t-il précisé. "Certains se rendent compte qu'il y a vraiment une situation grave. Si vous demandez aux médecins hospitaliers, aux réanimateurs, ils sont très frappés par l'afflux de malades graves dont certains chez les jeunes", rapporte-t-il.

-Salve de mesures au JO -

Pour répondre à l'urgence, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé la fermeture de tous "les lieux accueillant du public non indispensables à la vie de la Nation" à compter de samedi minuit, des fermetures qui s'ajoutent à l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Ces mesures entrent en vigueur avec leur parution dimanche au Journal Officiel : les cinémas, bars, discothèques, restaurants, centres commerciaux, bibliothèques, salles de spectacles, musées et établissements sportifs doivent fermer boutique jusqu'au 15 avril.

Bars et restaurants pourront toutefois "maintenir leurs activités de vente à emporter et de livraison".

"Aujourd'hui, nous sommes dans une situation dramatiquement historique pour notre secteur, ce qui nécessite un soutien de grande ampleur pour l'ensemble de nos entreprises", a estimé l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), principale fédération du secteur.

"On s'attendait à ce qu'on nous demande de fermer, notre patron nous en avait parlé, mais on pensait plutôt au week-end prochain... Là ça nous a tous pris par surprise", témoignait samedi soir une serveuse d'un restaurant parisien.

Jusqu'au 15 avril, les navires de croisière transportant plus de 100 passagers ne pourront pas faire escale en Corse, ni faire escale ou mouiller dans les eaux intérieures des départements et régions d'outremer.

Et l'ensemble des stations de ski françaises auront fermé dimanche en fin de journée.

Le gouvernement a également décidé de réduire drastiquement les transports longue distance, avec un trafic ferroviaire bientôt divisé par deux et seulement "quelques vols" internationaux. Les transports locaux seront toutefois épargnés.

Les commerces "présentant un caractère indispensable" comme les commerces alimentaires, pharmacies, banques, stations-services ou de distribution de la presse sont eux épargnés, tout comme les services publics.

A Saint-Etienne, des bars-tabacs-marchands de presse profitent de cette exception pour servir des boissons à des clients : "On ne sait pas exactement ce qu'on a le droit de faire (…) c'est tout bizarre", confie avec un peu de gêne le patron du Lutecia, dont la salle est remplie de clients comme chaque dimanche matin.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a de son côté assuré qu'il n'y aurait "pas de pénurie" et demandé aux Français de continuer à faire leurs courses comme d'habitude : la "sécurité d'approvisionnement en produits alimentaires" sera "garantie dans les jours et les semaines à venir" et il n'y aura "pas de rationnement".

Pour les entreprises, le ministre a également annoncé un assouplissement des "règles de recrutement, de travail de nuit, sur les heures supplémentaires".

- Aller voter ou rester chez soi ? -

"Nous devons tous ensemble montrer plus de discipline dans l'application de ces mesures, ce que nous allons faire, c'est tout simplement éviter au maximum de se rassembler, limiter les réunions amicales et familiales, de n'utiliser les transports en commun que pour aller au travail, et seulement si la présence physique au travail est indispensable", a exhorté le Premier ministre.

L'arrêté officialisant la fermeture des crèches, établissements scolaires et universitaires dès lundi est également paru dimanche. Seuls "les enfants de moins de seize ans des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire" seront admis dans ces établissements, les autres bénéficieront d'enseignement à distance, au moins jusqu'aux vacances de printemps.

Les parents d'enfants de moins de 16 ans qui ne peuvent pas recourir au télétravail "ont droit automatiquement" à un arrêt maladie, sur demande de l'employeur : l'Etat prendra en charge "intégralement" le chômage partiel demandé par les entreprises pénalisées.

"La stratégie ce n'est pas d'empêcher que le virus passe - on sait qu'il passera probablement par plus de la moitié d'entre nous - mais c'est de faire en sorte qu'il passe de la manière la plus étalée possible dans le temps", a estimé le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer.

"Il faut sortir de chez soi uniquement pour faire les courses essentielles, faire un peu d'exercice ou pour voter", selon Edouard Philippe.

Le maintien du premier tour des élections municipales, certes "en respectant strictement les consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles", suscitait l'incompréhension de nombreux Français et la participation à la mi-journée était en baisse de 5 points par rapport à 2014, à 18,38%.

Des présidents de régions, des élus de tous bords ainsi que des médecins ont ainsi réclamé samedi soir un report du scrutin, craignant notamment un fort taux d'abstention.

Dimanche, les témoignages s'opposaient sur Twitter entre les Français souhaitant boycotter les élections, dont des médecins, sous le hashtag #jeniraipasvoter, et ceux défendant au contraire son maintien avec le hashtag #jiraivoter.