La France continue de renforcer la riposte au coronavirus et la mobilisation des personnels de santé estimant que la contagion, qui touche désormais le gouvernement, s'approche du "stade 3" épidémique.

"Nous sommes au tout début de cette épidémie", a estimé Emmanuel Macron alors que la plus forte augmentation de cas confirmés - 372 de plus en 24 heures - a été rapportée mardi soir.

"Nous vivons une crise exceptionnelle", a-t-il insisté en soirée, à l'issue d'un sommet européen d'urgence organisé par visioconférence, discussion qui visait à "mieux coordonner" la réponse des 27 pays membres de l'UE, tous touchés aujourd'hui.

Le dernier bilan officiel, mardi soir, fait état de 33 décès (contre 25 lundi) sur les 1.784 cas confirmés. 86 malades sont en réanimation. Toutes les personnes décédées sont des adultes et pour 23 d'entre elles étaient âgées de plus de 75 ans.

Pour le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, "le passage au stade 3 (de l'alerte) devrait arriver dans les prochains jours", accentuant localement certaines contraintes pour faire face au coronavirus.

Si "80 à 85 % des formes restent bénignes" a-t-il rappelé, "il reste de nombreuses incertitudes scientifiques sur ce virus", contrairement à celui de "la grippe qu'on connait depuis 100 ans" - et qui fait 10.000 morts en moyenne dans le pays. "Ce n'est pas une grippette, il peut donner des formes graves sur des personnes pas si âgées que ça", a prévenu M. Salomon.

Face à la progression du virus, les autorités font appel aux volontaires de la réserve sanitaire, pour venir renforcer les personnels de santé, "y compris des étudiants en médecine".

Par un communiqué de leurs Ordres respectifs, qui font valoir "un contexte de forte tension pour le système de santé", médecins et infirmiers sont également conviés à rejoindre la réserve sanitaire pour lutter contre l'épidémie.

Sont concernés les professionnels en retraite depuis moins de cinq ans ou disponibles suite à une cessation d'activité.

- sommet de l'Etat -

Progressivement le virus se rapproche du sommet de l'Etat avec un ministre contaminé (Franck Riester, Culture) et confiné chez lui et une autre, fébrile (Nicole Belloubet, Justice), dont les tests sont en cours.

L'Elysée a d'ailleurs nettement renforcé les mesures de protection autour du Président et de ses collaborateurs, en limitant visites et réunions. Son directeur de cabinet, Patrick Strzoda, a été prié de télétravailler après avoir approché une personne positive la semaine dernière.

Environ 1.000 tests de dépistage du coronavirus sont pratiqués chaque jour, a précisé le ministère de la Santé. Pour augmenter les capacités, le gouvernement a autorisé par arrêté, dimanche, les laboratoires de ville à faire des tests.

Le syndicat des biologistes a d'ailleurs réclamé des "masques de protection FFP2, mais aussi des masques chirurgicaux indispensables pour prendre en charge les patients à risque" et qui font défaut aux établissements.

Pour freiner au maximum la propagation du virus, outre la fermeture des écoles dans les régions les plus touchées depuis lundi, tous les rassemblements de plus de 1.000 personnes sont interdits en France jusqu'au 15 avril, en plein air comme en milieu clos.

- matches L1 et L2 à huis clos -

A l'image du match de Ligue des champions PSG-Dortmund, qui sera disputé sans public mercredi soir, quelque 450 manifestations sportives de niveau national - y compris les matches de Ligue 1 et 2 et ceux de l'équipe de France - et près de 2 millions de spectateurs seront concernés par des mesures de restrictions, a précisé la ministre des Sports Roxana Maracineanu.

A l'approche des municipales, que le gouvernement exclut de reporter, plusieurs personnalités exhortent les Français à ne pas bouder les isoloirs, "pas plus dangereux" que le supermarché fait valoir le ministre de la Santé.

Le ministère de l'Intérieur s'emploie à faciliter la délivrance de procurations pour les personnes vulnérables ou confinées, en particulier dans les Ehpad: elles peuvent déjà demander à un officier de police de se déplacer pour recueillir leurs demandes de procurations.

Mais à l'instar de nombreux secteurs économiques, les localités particulièrement frappées par le virus, comme à La Balme en Haute-Savoie, l'un des premiers foyers de contamination en France, subissent de plein fouet les conséquences de l'épidémie.

"On n'a que des annulations. Il n'y a pas un chat", soupire la gérante d'un hôtel qui a mis son personnel au chômage technique. Le boucher a perdu "40% de chiffre d'affaires sur une semaine" confie-t-il, la coiffeuse, 60%.

Après une embellie à l'ouverture, au lendemain de la pire débâcle depuis 2008, plusieurs Bourses européennes dont Paris, Francfort, Madrid ou Milan ont elles terminé de nouveau en négatif mardi soir.