Un calfeutrage renforcé face à l'épidémie qui s'aggrave et, en même temps, un premier tour d'élections municipales maintenu malgré les appels au report: la France entame dimanche un scénario inédit pour contrer un virus qui circule désormais sur tout le territoire.

Face à ses concitoyens trop peu respectueux des mesures de sécurité préventives, le gouvernement a décidé de fermer tous les lieux publics "non essentiels" depuis samedi minuit.

"Nous avons vu trop de gens dans les cafés et les restaurants. Pour quelques semaines, ce n'est pas ce que nous devons faire" a exhorté le Premier ministre Edouard Philippe samedi. "Je le dis avec gravité nous devons tous ensemble montrer plus de discipline dans l'application de ces mesures".

Il a annoncé la fermeture de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays" : restaurants, bars, discothèques, cinémas. Les commerces sont aussi touchés, à l'exception des magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureaux de tabac ou encore stations-essence. Les lieux de culte resteront ouverts mais les cérémonies n'auront plus lieu.

Malgré la limitation des rassemblements de plus de 100 personnes et les recommandations de "distanciation sociale", plusieurs centaines de "gilets jaunes" ont défilé samedi à Paris tandis qu'à Bordeaux quelque 300 personnes, dont des "gilets jaunes", ont manifesté pour le climat.

Avec un doublement des cas en 72 heures, et désormais 4.500 personnes contaminées dont plus de 300 cas graves en réanimation, la France a atteint le stade 3 de l'épidémie, qui correspond à une circulation active du virus sur l'ensemble du territoire, a annoncé le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

- Des jeunes gravement malades -

"Nous observons une accélération de la diffusion du virus et dans certains territoires une augmentation très importante du nombre de personnes en réanimation", déplore le Premier ministre. Jérôme Salomon s'est lui dit "très frappé par le nombre de malades graves notamment chez les jeunes" dans certaines régions.

Un premier cas a été détecté en prison, à Fresnes, où un détenu de 74 ans a été testé positif. L'expansion géographique du virus continue également avec un premier cas à Mayotte, département français de l'océan Indien.

La secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson a également été testée positive au coronavirus, deuxième cas au sein du gouvernement après le ministre de la Culture Franck Riester. Et au moins trois nouveaux députés ont aussi été contaminés par le coronavirus, portant le total des cas à une douzaine à l'Assemblée.

Face à la crise, les autorités franchissent une nouvelle étape et recommandent désormais de limiter les contacts avec la famille ou les amis et rester chez soi.

"Il faut sortir de chez soi uniquement pour faire les courses essentielles, faire un peu d'exercice ou pour voter", a indiqué Edouard Philippe, confirmant la tenue du premier tour des élections municipales dimanche "en respectant strictement les consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles".

Pourtant, des présidents de Région et des élus de tous bords ont réclamé samedi soir un report du scrutin, craignant notamment un fort taux d'abstention.

- Télétravail massif -

Dès lundi, les entreprises devront "engager une opération massive du télétravail" tandis que crèches et établissements scolaires et universitaires fermeront, même si une dérogation est prévue pour les structures accueillant moins de dix enfants et pour les assistantes maternelles "qui le peuvent". Une exception est faite pour les enfants du personnel soignant qui seront accueillis lundi par des enseignants dans les écoles - qui resteront fermées jusqu'aux vacances de Pâques.

Les parents d'enfants de moins de 16 ans qui ne peuvent pas recourir au télétravail "ont droit automatiquement" à un arrêt maladie, sur demande de l'employeur : l'Etat prendra en charge "intégralement" le chômage partiel demandé par les entreprises pénalisées.

Les transports continueront à fonctionner même si la RATP et la SNCF se préparent à une "offre réduite" la semaine prochaine, car certains employés, comme des millions de leurs compatriotes, devront rester chez eux pour garder leurs enfants.

Sur les réseaux sociaux, les soignants ont encouragé les Français à ne pas sortir de chez eux avec le hashtag #restecheztoi.