Nouveau Conseil de défense à l'Elysée, réquisitions de masques de protection: la mobilisation s'amplifie en France pour tenter de freiner la diffusion du nouveau coronavirus, qui menace de s'ancrer dans la durée.

Avec quatre décès, plus de 200 cas confirmés et 12 régions concernées, le pays se prépare à une intensification de l'épidémie qui touche désormais à la vie quotidienne des Français.

Comme annoncé mardi par le président Macron, un décret a été publié mercredi au Journal officiel pour réquisitionner les stocks de masques jusqu'au 31 mai. Sont concernés les masques de protection de type FFP2 détenus par "toute personne morale de droit public ou de droit privé" et les masques anti-projections en possession des entreprises qui les fabriquent ou les distribuent.

"Il n'y a pas de risque de pénurie", a assuré la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. "On ne doit pas acheter de masques et d'ailleurs on ne peut pas en acheter" les pharmacies ayant reçu des instructions de ne distribuer des masques "que sur prescription médicale ou qu'aux professionnels de santé", a-t-elle ajouté.

Sur les 212 cas identifiés, sept ont été enregistrés lors d'un rassemblement évangélique de plusieurs milliers de personnes du 17 au 24 février à Mulhouse, a indiqué le numéro deux du ministère de la Santé, le Pr Jérôme Salomon.

Le ministère a appelé les participants à ce rassemblement à "se surveiller" et la préfecture du Haut-Rhin a fait fermer trois écoles.

-"Mobilisés dans la durée" -

Il y a encore une semaine, le pays ne comptait que 12 cas, principalement liés à des patients passés par la Chine.

"Nous devons tous avoir conscience que nous sommes et serons mobilisés dans la durée", a assuré mardi Emmanuel Macron, qui réunissait mercredi matin un Conseil de défense spécial sur le sujet.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a de son côté appelé à une réponse "budgétaire" européenne " si nous nous apercevions d'ici quelques semaines que la croissance de la zone euro est vraiment durement touchée".

La France, l'un des principaux foyers du coronavirus en Europe, avec l'Italie et l'Allemagne, compte désormais quatre décès, après la mort mardi d'un nonagénaire dans le Morbihan, l'un des trois berceaux importants de propagation de l'épidémie en métropole avec l'Oise et la la Haute-Savoie.

Depuis le week-end dernier, des mesures plus contraignantes ont été prises pour empêcher une propagation plus large. Elles correspondent au passage en phase 2 (sur 3) de la lutte contre l'épidémie.

Ainsi, une "bonne centaine" d'écoles, collèges et lycées sont fermés en France, essentiellement dans l'Oise et le Morbihan. Sont concernés "environ 35.000 élèves dans l'Oise", et "9.000 dans le Morbihan".

Les Français, inquiets, se précipitent sur les masques et les gels hydroalcooliques dont les prix de vente se sont envolés. Les prix des gels seront encadrés par décret, a d'ores et déjà annoncé Bruno Le Maire.

L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a constaté le vol d'au moins 8.300 masques et 1.200 flacons de solutions hydroalcooliques et 2.000 masques chirurgicaux ont aussi disparu à l'hôpital de la Conception à Marseille.

- Municipales inchangées -

Devant les inquiétudes des médecins de ville, le ministre de la Santé a annoncé que 15 millions de masques chirurgicaux avaient déjà été prélevés sur le stock de l'Etat à leur intention, ainsi que pour les Ehpad.

Alors que les syndicats de médecins libéraux réclamaient des masques FFP2, jugés plus efficaces que les masques chirurgicaux, le Pr Salomon a assuré qu'il y avait "une équivalence stricte" entre les deux pour ce type de virus.

Depuis le week-end, les rassemblements de plus de 5.000 personnes en "milieu confiné" (concerts, salons...) ont été annulés ou reportés.

Au Louvre, fermé depuis dimanche en raison du droit de retrait invoqué par ses personnels, une réunion se tenait mercredi matin pour permettre aux salariés de se prononcer sur des propositions faites par la direction, conditionnant la réouverture ou non du musée le plus visité au monde.

Côté sport, les matches de foot de L1 ne sont en revanche pas soumis à des restrictions particulières, pas plus que le championnat Top 14 de rugby.

Quant aux élections municipales des 15 et 22 mars, tout report est écarté à ce stade mais les électeurs trouveront du gel hydroalcoolique et des masques de protection dans les bureaux de vote, selon un conseiller à l'Elysée.