La "vague" enfle et le confinement pourrait se prolonger en France. L'épidémie de coronavirus a déjà tué plus de 560 personnes, dont pour la première fois un médecin hospitalier, alors que les pouvoirs publics et experts préparent la suite.

Le stress est là et l'armée des soignants a perdu son premier soldat, avec le décès d'un médecin urgentiste annoncé par le ministre de la Santé: un médecin de 67 ans à Compiègne (Oise), décédé après avoir pris en charge les premiers patients atteints du coronavirus.

Les chiffres sont clairs: entre vendredi et samedi, le nombre de morts a bondi de près de 20%, pour atteindre 562. Et encore, ce bilan ne prend en compte que les patients décédés à l'hôpital, pas ceux morts en Ehpad ou chez eux. Le nombre de patients hospitalisés a atteint 6.172 (+18%), dont 1.525 cas graves en réanimation.

"La vague est là", résume Emmanuel Macron, cité dans le Journal du Dimanche.

- Prolongation en vue -

Au sixième jour d'un confinement généralisé, les autorités préparent le terrain à la prolongation de cette mesure inédite, pour l'instant décrétée jusqu'à fin mars, comme le demandent de nombreuses voix dans le monde médical.

L'Italie, désormais pays le plus touché au monde, a déjà prolongé et durci son propre confinement. En Chine, d'où est partie l'épidémie, celui de Wuhan, son épicentre, aura duré quelque 60 jours.

Les autorités ont demandé au conseil scientifique créé sur le Covid-19 de se prononcer sur "la durée" et "l'étendue" du confinement. Son avis est attendu lundi, mais tout laisse à penser qu'il se prononcera pour une prolongation, voire un renforcement des mesures.

Le Conseil d'Etat doit également répondre ce dimanche soir à des syndicats de médecins qui réclament un "confinement total" pour lutter contre l'épidémie ou, a minima, un durcissement des règles, notamment par l'instauration d'un couvre-feu national et l'interdiction des déplacements pour faire du sport.

La secrétaire d'Etat à la Transition écologique Emmanuelle Wargon a annoncé pour sa part qu'elle avait été "diagnostiquée" positive au coronavirus "avec des symptômes bénins", devenant la troisième membre du gouvernement à être touchée.

- Amendes et prison -

Le respect du confinement restant aléatoire, l'Assemblée nationale a durci dans la nuit de samedi à dimanche les sanctions en cas de violation des règles: les 135 euros d'amende forfaitaire passeront ainsi à 1.500 euros en cas de récidive "dans les 15 jours" et "quatre violations dans les trente jours" pourront valoir "3.700 euros d'amende et six mois de prison au maximum".

Sur le terrain, de nombreux élus locaux ont imposé un couvre-feu, de Nice (Alpes-Maritimes) à Charleville-Mézières (Ardennes) en passant par Perpignan (Pyrénées-Orientales).

Dans les hôpitaux, le décès du premier médecin a renforcé l'inquiétude des soignants sur la pénurie de matériel de protection.

Le gouvernement a annoncé samedi avoir commandé plus de 250 millions de masques. Les stocks d'Etat avaient régulièrement baissé depuis 10 ans et la pénurie de ces équipement de protection pèse fortement sur les soignants et les para-médicaux, alors que les besoins sont estimés par M. Véran à "24 millions de masques par semaine".

Pour les deux semaines à venir priorité sera donnée aux personnels de santé, en ville comme à l'hôpital, et aux personnes intervenant auprès des personnes âgées, avec notamment 500.000 masques par jour pour les personnels des Ehpad.

- Évacuations -

Concernant l'utilisation de tests, réservés à certaines catégories de populations (fragiles, âgées, femmes enceintes, etc.), M. Véran a réaffirmé dimanche que les autorités se préparaient à "pouvoir faire beaucoup de tests au moment venu". Et ce moment, "c'est le moment de la levée du confinement".

Mais pour l'heure, pas de dépistage massif, comme l'a par exemple pratiqué avec un succès apparent la Corée du Sud. Car il n'y en a tout simplement pas assez en France, selon le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Sur le terrain, les structures hospitalières saturent dans certaines régions très affectées, comme en Alsace d'où l'armée a évacué une douzaine de patients vers d'autres régions et installe à Mulhouse un hôpital de campagne, qui devrait être opérationnel en début de semaine. Quelques patients ont aussi été évacués vers l'Allemagne et la Suisse frontalières.

L'armée aide aussi en Corse, d'où le porte-hélicoptères Tonnerre de la Marine nationale a évacué dimanche midi 12 patients atteints du Covid-19 vers des hôpitaux marseillais.

Pour l'heure, 43% des Français seulement se déclarent confiants en ce qui concerne la façon dont le gouvernement gère la crise, selon le baromètre quotidien BVA pour Orange et Europe 1, soit 12 points de moins que lors de la première mesure, entre mercredi et jeudi. 79% pensent que le pire est devant nous, un résultat qui progresse de 4 points en 24h.

Sur le front économique, face au "tsunami" de la récession qui s'annonce, députés et sénateurs ont trouvé un "accord" dimanche sur le projet de loi d'urgence pour faire face à l'épidémie. La loi va permettre d'instaurer immédiatement et pour deux mois l'état d'urgence sanitaire, encadrant la restriction des libertés publiques (confinement, réquisitions...).

L'accord trouvé prévoit aussi le deuxième tour des élections municipales: si les conditions sanitaires le permettent, la date limite pour le dépôt des listes sera fixée au plus tard au 2 juin.

Le texte autorise enfin le gouvernement à prendre par ordonnances une série de mesures pour soutenir les entreprises. D'ores et déjà, le ministère de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé un nouveau report du paiement des cotisations sociales dues début avril.

La fédération CGT du commerce et des services a regretté de son côté un premier décès dû au Covid-19 dans la distribution: un responsable de la sécurité d'un centre commercial, à Aulnay-sous-Bois en région parisienne. La fédération CGT a déploré que "le profit passe avant la vie".