Le confinement imposé en France pour tenter d'enrayer l'épidémie de coronavirus, encore largement transgressé, devrait "très vraisemblablement" être prolongé au-delà des deux semaines initiales.

Les Français semblent avoir du mal à prendre conscience de la réalité. En visite jeudi à l'Institut Pasteur, Emmanuel Macron a regretté qu'ils prennent "à la légère" les consignes et continuent de traîner sur les plages et en forêt, profitant du beau temps. Devant les chercheurs, il a annoncé une rallonge de 5 milliards d'euros sur 10 ans pour la recherche.

Au troisième jour du confinement, ordonné pour "au moins 15 jours", les préfets ont haussé le ton et fermé les plages de tout l'arc méditerranéen, de la Corse et de nombreux départements de la façade atlantique.

Dans un communiqué au président, l'Intersyndicale nationale des internes (Isni) a appelé les autorités à "cesser les demi-mesures et les discours équivoques" et réclamé un "confinement total et absolu de l'ensemble de la population".

"Moins le confinement sera strictement appliqué, plus les réanimations seront saturées, plus nous devrons faire des choix" expliquent-ils, alors que le nombre de cas graves augmente fortement.

Pour la directrice générale de l'agence sanitaire Santé publique France, Geneviève Chêne, la prolongation du confinement "sera très vraisemblablement nécessaire" et il faudra attendre "entre 2 et 4 semaines" pour en observer les effets sur la dynamique de l'épidémie .

Même s'il est selon elle "trop tôt aujourd’hui pour pouvoir affirmer quoi que ce soit sur la dynamique de l’épidémie en France", l'exemple de la Chine laisse penser que l'inversion de la courbe interviendrait "autour de mi-mai/fin mai", a-t-elle indiqué sur Franceinfo.

- "Ca va chauffer " -

Le confinement pèse déjà lourd dans les prisons où les visites ont été suspendues: "Plus de parloir, plus de projection, ça veut dire plus de stupéfiants. Ca va chauffer en détention s'il n'y a pas de shit", prédit Tariq, 31 ans, joint par l'AFP dans une maison d'arrêt en région parisienne.

Les hôpitaux accueillent désormais 3.626 patients dont 931 sont en réanimation. Parmi ces cas les plus graves, la moitié sont âgés de "moins de 60 ans", a insisté le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, en annonçant mercredi soir un total de 264 décès (89 supplémentaires en 24 h).

"Il ne faut pas se rassurer trop vite : il faut savoir que le coronavirus induit une immunité qui est relativement partielle avec des possibilités de récurrence plusieurs mois plus tard et donc de nouvelles vagues de Covid-19", a mis en garde Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Avicenne de Bobigny (93), sur RFI.

Dans les hôpitaux, outre la situation difficile dans le Grand Est, le tableau se tend également en Ile-de-France où le médecin estime qu'"il faut s'attendre à vivre à peu près la même chose dans 10 à 15 jours".

- Transfert aérien -

Le premier transfert aérien de six malades a eu lieu de l'Alsace vers des hôpitaux militaires de Toulon et Marseille. Le déploiement d'un hôpital militaire est également programmé en Alsace.

Cent mille membres des forces de l'ordre ont été déployés, infligeant une amende forfaitaire de 135 euros en cas de "violation des interdictions de se déplacer hors de son domicile". En 24 heures, 4.095 amendes ont été dressées, selon le ministre de l'Intérieur.

Le gouvernement a reconnu des "difficultés logistiques" dans la fourniture de masques, alloués "en priorité aux soignants", qui s'alarment pourtant de leur dénuement. La ministre Florence Parly a annoncé que 5 millions de masques chirurgicaux des Armées avaient été mis à disposition du ministère de la Santé.

Un total de 25 millions de masques sont en cours de livraison aux pharmacies et établissements de soins.

De nombreuses professions en contact avec le public en réclament aussi, comme les policiers, les livreurs, les éboueurs ou les professionnels du bâtiment.

Jeudi, une vingtaine de députés se sont réunis en comité restreint à l'Assemblée pour examiner le projet de loi permettant d'instaurer un "état d'urgence sanitaire", accompagné de mesures d'urgence pour soutenir l'économie. Il sera déclaré par décret après l'adoption du projet de loi par le Parlement, en principe vendredi.

Le président Macron a exhorté les entreprises à faire preuve de "responsabilité civique" et appelé les salariés à poursuivre leur activité "dans le respect des règles de sécurité sanitaire". La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a rappelé que la poursuite de l'activité économique était nécessaire "pour que la nation puisse continuer à fonctionner".

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a jugé de son côté "inacceptables" les pressions qu'exerce le géant de la distribution par internet Amazon sur ses salariés, qui ne sont pas payés s'ils exercent leur droit de retrait pour des raisons sanitaires.