Le Sénat américain devait approuver mercredi un plan "historique" de relance de la première économie mondiale, durement frappée par la pandémie de coronavirus, notamment l'Etat de New York, épicentre de la crise sanitaire où les mesures de confinement semblent faire leurs preuves.

Après plusieurs jours de tractations intenses, la majorité républicaine et l'opposition démocrate se sont accordées sur un texte majeur qui va mobiliser environ 2.000 milliards de dollars à destination des salariés, des entreprises, des hôpitaux et des collectivités.

"Le Sénat va se rassembler, agir ensemble et passer ce plan de sauvetage historique", a assuré le chef des républicains à la chambre haute Mitch McConnell avant le vote, dont l'horaire exact était encore inconnu.

Ce plan sera-t-il suffisant? "Nous ne savons pas", a avoué le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer.

Le texte devra ensuite être adopté par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, puis être promulgué par le président Donald Trump, qui a fait pression sur le Congrès pour faire redémarrer une économie probablement déjà en récession.

- Littoral bouclé -

Plus de la moitié des Américains sont appelés à rester chez eux pour freiner la propagation du virus, avec des mesures de confinement plus ou moins strictes selon les Etats.

La ville de Miami, en Floride, où de nombreux étudiants s'entassaient encore sur les plages la semaine dernière, a imposé mardi à ses 470.000 habitants de ne pas sortir. Les rues étaient vides et le littoral bouclé mercredi.

"Cela peut paraître étrange, mais j'attendais ce moment", a dit à l'AFP Rosa Jimenez-Cano, une habitante de 39 ans. "Cette mesure est nécessaire et c'est pour notre bien", a-t-elle ajouté, expliquant que la solitude était plus supportable grâce aux réseaux sociaux.

La capitale fédérale, Washington, a pour sa part annoncé la fermeture des services non-essentiels (salles de sport, coiffeurs, magasins...) à partir de mercredi soir.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les Etats-Unis pourraient bientôt dépasser l'Europe et devenir le nouvel épicentre mondial de la pandémie.

Le pays comptait mercredi après-midi 827 morts et au moins 60.000 cas officiellement déclarés de Covid-19, selon le comptage de l'université Johns Hopkins, qui fait référence.

L'Etat de New York, poumon culturel et économique du pays, est le plus touché (31.000 cas, 271 décès) mais les mesures de confinement et de distanciation sociale produisent leurs premiers effets, a dit son gouverneur Andrew Cuomo.

"Les flèches vont dans la bonne direction", a-t-il affirmé mercredi, alors que l'augmentation des hospitalisations quotidiennes ralentissait. Le pic de l'épidémie est attendu d'ici trois semaines, a-t-il néanmoins ajouté.

- "Une goutte d'eau" -

Quant aux fonds alloués à l'Etat dans le cadre du plan de sauvetage (3,8 milliards de dollars), le gouverneur Cuomo a déploré "une goutte d'eau dans l'océan" des pertes, estimées à jusqu'à 15 milliards de dollars.

Cet Etat de près de 20 millions d'habitants continue de réclamer au gouvernement fédéral du matériel médical, à commencer par des respirateurs par milliers.

Après s'être dit "en guerre" la semaine dernière contre un "ennemi invisible", Donald Trump veut désormais "rouvrir" le pays "rapidement" pour relancer la machine. Le milliardaire républicain a basé toute sa campagne de réélection sur la bonne santé de l'économie américaine, mais l'effondrement des marchés a rebattu les cartes.

"On peut détruire un pays en le fermant de cette façon", a-t-il répété mardi, comparant de nouveau le coronavirus à la grippe saisonnière, qui "ne met pas le pays à l'arrêt". Une "grave récession ou une dépression" économique pourraient faire plus de morts que l'épidémie, a-t-il ajouté.

Il a même évoqué une date symbolique, le 12 avril, dimanche de Pâques, pour que les gens retournent travailler, malgré les réserves de nombreux scientifiques et responsables locaux.

Le Pentagone lui-même a tablé sur un retour à la normale vers juin-juillet seulement aux Etats-Unis.

Et la sénatrice Amy Klobuchar, ex-candidate à l'investiture démocrate pour la présidentielle de novembre, a averti du danger du Covid-19.

"Mon mari l'a attrapé. Il a 52 ans et est malade depuis deux semaines. Il crache du sang et est sous oxygène. D'autres (malades) sont en pire état. Ecoutez les médecins!", a-t-elle écrit sur Twitter.