Le Royaume-Uni s'est résolu à son tour mercredi à fermer les écoles à la fin de la semaine et jusqu'à nouvel ordre face à la propagation de plus en plus rapide du nouveau coronavirus, qui a fait plus de 100 morts sur son sol.

Nombre de pays européens ont déjà mis en oeuvre une telle mesure depuis plusieurs jours, mais le gouvernement britannique s'était pour l'instant montré réticent à renvoyer les 10 millions d'élèves britanniques chez eux, jugeant l'efficacité de la mesure insuffisante par rapport aux perturbations engendrées.

Les écoles fermeront leurs portes "vendredi après-midi et resteront fermées jusqu'à nouvel ordre", ont annoncé le Premier ministre Boris Johnson et son ministre de l'Education, Gavin Williamson.

"L'objectif est de ralentir la propagation du virus", a déclaré Boris Johnson. "C'est le bon moment pour le faire."

Néanmoins, les enfants des personnels essentiels à la lutte contre l'épidémie, au premier rang ceux des équipes médicales et des policiers, seront pris en charge, ainsi que les enfants "les plus vulnérables", a précisé le Premier ministre lors de son point presse quotidien depuis Downing Street.

Les examens de fin d'année sont annulés.

Sans attendre la décision de Londres, les gouvernements locaux gallois et écossais avaient annoncé dès le début de l'après-midi la fermeture des écoles vendredi.

"Je ne peux pas promettre qu'elles rouvriront avant l'été", a averti la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon.

Le Royaume-Uni a recensé mercredi depuis le début de l'épidémie 104 personnes décédées après avoir été atteintes par le virus, soit 33 de plus que la veille.

Le pays a officiellement dénombré 2.626 cas de patients atteints par le virus, mais le service public de santé britannique (NHS) ne teste pas systématiquement tous les malades et se concentre sur les cas les plus graves, malgré les recommandations de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui exhorte à "tester, tester, tester".

En réalité, il est "raisonnable" de penser que 55.000 personnes sont atteintes, a estimé mardi le conseiller scientifique du gouvernement Patrick Vallance.

Face aux critiques, le gouvernement a augmenté la cadence et vise 25.000 tests quotidiens dans les hôpitaux dans les quatre semaines.

Interrogé sur des informations de presse évoquant de possibles mesures de confinement strict à Londres, principal foyer de l'épidémie dans le pays, Boris Johnson a répondu: "Nous vivons dans un pays de libertés, nous n'avons pas tendance à imposer ce genre de restrictions (...) mais nous n'écarterons rien".

Pour l'heure, le gouvernement a demande à la population d'éviter tout déplacement ou contact non essentiel, conduisant à un net ralentissement de l'activité. La Bourse a chuté mercredi de 4,05%.

- Législation d'urgence -

Face à la propagation du virus, le gouvernement conservateur a publié un projet de législation d'urgence donnant aux autorités des pouvoirs extraordinaires pour une durée pouvant atteindre deux ans.

Le texte sera présenté jeudi à la Chambre des Communes. Après adoption, la police aura le pouvoir d'arrêter et d'isoler des personnes pour protéger la santé publique.

Les personnels de santé retraités et travailleurs sociaux pourront être appelés en renfort, tandis que les volontaires pour aider à soigner des patients bénéficieront de garanties leur permettant de "suspendre" leur emploi principal pendant une période de quatre semaines maximum.

Le ministère de l'Intérieur aura la possibilité d'ordonner aux ports et aéroports de cesser leurs opérations en cas de pénurie de personnels de la police aux frontières.

Une telle mesure ne serait utilisée que dans des cas extrêmes, et pour une période aussi réduite que possible, pour "assurer la sécurité de la frontière britannique", souligne le gouvernement sur son site internet.

Le député d'opposition Chris Bryant (travailliste) a toutefois critiqué des "mesures d'urgence draconiennes", réclamant un contrôle régulier du Parlement pendant cette période de deux ans.

Le gouvernement doit également introduire une loi pour protéger les locataires du parc privé des expulsions.

Le gouvernement a promis mardi de soutenir l'économie "quoi qu'il en coûte" face aux conséquences de la pandémie de Covid-19, annonçant des garanties de l'Etat sur les prêts aux entreprises atteignant 330 milliards de livres (363 milliards d'euros) et des aides de 20 milliards de livres.