Les craintes de voir l'épidémie provoquée par le nouveau coronavirus durablement affecter l'économie mondiale se sont amplifiées lundi, une journée noire pour les Bourses dans le monde entier, tandis que l'Italie était à son tour en partie paralysée.

Car si, le même jour, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que la Chine (plus de 80.700 cas) était "en train de maîtriser l'épidémie", elle a parallèlement averti que "la menace d'une pandémie" à l'échelle de la planète était "devenue très réelle". Tout en reconnaissant néanmoins que ce serait "la première" de l'histoire "qui pourrait être contrôlée".

Le nombre des cas dépasse dorénavant les 113.000, dont près de 4.000 morts, dans 101 pays et territoires, selon un bilan établi lundi à 17H00 GMT par l'AFP. L'Allemagne a annoncé ses deux premiers décès, le Canada son premier.

Les nouvelles contaminations (4.233) sont notamment liées à la progression de la maladie en Iran, où près de 600 porteurs du virus supplémentaires ont été enregistrés, contraignant le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, à annuler son discours du Nouvel An persan à Machhad.

Toute l'Union européenne est désormais touchée avec l'annonce lundi de deux premiers cas à Chypre. L'Europe a passé lundi le cap des 15.000 cas et des 500 morts, avec 97 nouveaux décès en Italie.

Avec des conséquences importantes au plan économique, les grandes places européennes ayant plongé d'environ 20% depuis le début de l'année, sous l'effet conjugué de l'épidémie et de la chute des prix du pétrole.

La Bourse de Francfort a ainsi connu lundi sa plus lourde chute depuis les attentats du 11 septembre 2001, s'effondrant de 7,94%, celles de Londres et de Paris perdant respectivement 7,69% et 8,39% (sa pire séance depuis 2008).

Les dirigeants européens auront d'ailleurs mardi une visioconférence pour coordonner leurs actions et la Banque centrale européenne pourrait déployer jeudi un éventail de mesures de soutien dans la zone euro.

- Une "réponse internationale" ? -

On retrouvait des inquiétudes similaires dans le monde entier, le FMI appelant à "une réponse internationale coordonnée".

A New York, la Bourse reculait de 8% en début d'après-midi, emboîtant le pas aux marchés asiatiques et du Golfe, le stress lié à la chute des cours du pétrole engendrée par une guerre des prix russo-saoudienne venant s'ajouter à l'aggravation de l'épidémie.

Car si la Chine, où, selon l'OMS, plus de 70% des patients ont guéri, semble sortir de l'ornière avec seulement 22 décès en 24 heures (3.119 depuis décembre) et une progression quotidienne de la maladie (40 cas) au plus bas depuis janvier, les autres pays ont vu leurs bilans humains gonfler et multiplient les mesures pour tenter d'endiguer la contagion.

L'Italie, désormais le pays le plus touché après la Chine avec 9.172 cas et 463 décès, a placé un quart de sa population en quarantaine jusqu'au 3 avril, de Milan, la capitale économique, à Venise, haut lieu du tourisme mondial.

Et si deux petites villes -Codogno et de Casalpusterlengo- sont depuis sorties de la "zone rouge" en Lombardie, les déplacements à partir et hors de ces vastes régions septentrionales sont désormais très limités.

Toutes les stations de ski vont en outre fermer dès mardi en Italie. Les musées, salles de sport, piscines, discothèques ou bars doivent aussi y garder portes closes.

- Rationnements -

La Corée du Sud, le troisième pays le plus touché, a quant à elle annoncé lundi son plus faible nombre quotidien de nouvelles contaminations (69) en deux semaines, ce qui porte le total à 7.382 dont 51 décès.

Mais la quarantaine a été imposée à tous les voyageurs arrivant en Israël et, en Egypte, un bateau de croisière avec 171 passagers dont 101 touristes étrangers a été évacué à Louxor (sud) après la découverte de 45 porteurs du virus à son bord.

La France, le cinquième pays le plus atteint avec plus de 1.400 cas, dont le ministre de la Culture Franck Riester, et 25 morts ainsi que la Roumanie ont interdit les rassemblements de plus de 1.000 personnes -en Slovénie, ce plafond est de 100 personnes-.

L'Allemagne, où un millier de porteurs du virus ont été signalés, pourrait prendre une mesure identique, cependant qu'en Irlande, les parades organisées à Dublin et à Cork, pour la Saint-Patrick le 17 mars ont carrément été annulées.

La situation est également préoccupante au Royaume-Uni voisin : des supermarchés ayant dû commencer à rationner certains produits face à la hausse de la demande, le Premier ministre Boris Johnson a demandé à ses compatriotes de "se comporter de manière responsable" pour éviter de vider davantage les rayons.

- Flamme olympique -

Le bilan s'est aussi alourdi aux Etats-Unis, qui comptent plus de 500 cas de contamination. Plusieurs Etats, sur la trentaine affectés, ont décrété l'état d'urgence pour débloquer des ressources fédérales.

Les autorités sanitaires de ce pays ont exhorté lundi les personnes les plus susceptibles de tomber gravement malades, notamment les plus âgées, à faire des stocks de provisions et de médicaments afin de se préparer à rester chez elles.

Le président Donald Trump envisage quant à lui des mesures d'aide d'urgence comme un allongement de la durée des congés maladie accordés aux salariés et des reports d'impôts pour les entreprises du secteur touristique.

Le navire de croisière Grand Princess, qui a avait été bloqué au large de San Francisco avec 3.500 passagers et membres d'équipage, a pour sa part accosté lundi à Oakland (Californie).

L'épidémie continue par ailleurs de peser sur les calendriers sportifs.

Le Comité olympique italien a réclamé la suspension de "toutes les activités sportives à tous les niveaux" jusqu'au 3 avril, tandis que son homologue grec a informé que la cérémonie d'allumage de la flamme olympique, prévue pour ce jeudi dans le stade antique d'Olympie, serait fermée au public.

A contrario, le complexe Shanghai Disneyland a partiellement rouvert lundi.

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