Les mesures de confinement et les restrictions ont été étendues mercredi à travers la Chine et à l'étranger pour endiguer l'épidémie de pneumonie virale qui a déjà fait près de 500 morts.

Après la mise en quarantaine de facto de Wuhan et de la province du Hubei (centre), épicentre du nouveau coronavirus, un nombre grandissant de villes de l'est de la Chine imposent des restrictions de déplacement à des dizaines de millions d'habitants supplémentaires.

A Wuhan, un responsable a assuré que malgré la construction en urgence d'un hôpital et la conversion de bâtiments officiels en lieux d'accueil pour les malades, la ville connaissait un "sévère" manque de lits, "d'équipements et de matériel", et que ses médecins étaient débordés.

L'OMS a lancé mercredi un appel de fonds de 675 millions de dollars (613 millions d'euros) et annoncé que 500.000 masques, 350.000 paires de gants allaient être envoyés dans 24 pays, ainsi que 250.000 tests dans plus de 70 laboratoires du monde entier.

La fondation Bill & Melinda Gates a indiqué mercredi qu'elle s'engageait à investir 100 millions de dollars pour la lutte contre le nouveau coronavirus, dont 60 millions seront consacrés à la recherche de vaccins, de traitements et d'outils de diagnostics.

Au moins 490 personnes atteintes par le virus 2019-nCoV sont mortes en Chine continentale (hors Hong Kong et Macao), la plupart au Hubei, selon un bilan officiel mercredi. Plus de 24.000 cas de contamination ont été confirmés dans le pays. Parmi ces cas, celui d'un nourrisson chinois âgé d'un jour à peine, selon les médias publics chinois.

Près de 200 cas de contamination ont été identifiés en dehors de Chine dans une vingtaine de pays. Hong Kong - territoire chinois semi-autonome - a fait état mardi de son premier décès.

Aux Etats-Unis, un nouveau cas a été identifié dans l'Etat du Wisconsin, un adulte qui s'était rendu à Pékin et y avait côtoyé des porteurs du virus. Deux avions rapatriant des Américains de Chine ont atterri ou sont en passe de le faire aux Etats-Unis, et deux autres appareils doivent atterrir vendredi.

Au Japon, 3.700 personnes de dizaines de nationalités différentes se retrouvent coincées, pour au moins 14 jours, dans leurs cabines à bord d'un bateau de croisière à Yokohama après la découverte de dix cas de coronavirus à bord.

Dans le port de Hong Kong, 1.800 personnes étaient aussi retenues mercredi pour passer des tests après la détection de trois cas de coronavirus chez de récents passagers du navire.

Sous pression, les autorités hongkongaises ont fermé la quasi-totalité des postes frontières avec le reste du pays et imposeront à partir de samedi une quarantaine de deux semaines à tous les visiteurs venant de Chine continentale.

Les compagnies aériennes américaines United et American Airlines ont annoncé mercredi suspendre leurs vols vers Hong Kong, après avoir déjà cessé leur desserte de la Chine continentale.

L'Indonésie a interrompu mercredi soir ses liaisons aériennes avec la Chine, bloquant des milliers de touristes chinois sur l'île touristique de Bali.

D'autres pays musclent leurs mesures face à l'épidémie: l'Italie, où l'état d'un couple de patients s'aggrave, a commencé à contrôler dans ses aéroports, à l'aide de caméras thermiques, la température de tous les passagers en provenance de l'étranger. L'Autriche a annoncé qu'elle allait instaurer jeudi matin des contrôles de température à l'aéroport international de Vienne sur les passagers des vols directs en provenance de Pékin.

Le Vietnam met en place des hôpitaux de fortune pour ses ressortissants de retour de Chine.

- Avenues désertes -

En Chine, les mesures de confinement s'intensifient: plusieurs agglomérations de la province du Zhejiang (est), à plusieurs centaines de kilomètres de Wuhan, ont mis en œuvre depuis mardi de nouvelles restrictions aux déplacements.

A Hangzhou (plus de 200 cas rapportés), une métropole technologique et touristique à environ 150 kilomètres de Shanghai, des barrières bloquaient mercredi les avenues menant au siège du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, une zone où le confinement n'autorise qu'une seule personne par foyer à sortir tous les deux jours.

Les rues étaient désertes tandis qu'un avion militaire tournoyait dans le ciel. Des haut-parleurs diffusaient: "S'il vous plaît, ne sortez pas, ne sortez pas!", avant d'appeler à dénoncer les personnes originaires du Hubei.

Au moins trois autres grandes villes -- Taizhou, Wenzhou et Ningbo -- ont imposé ce type de restrictions à quelque 18 millions de personnes.

Des mesures de confinement s'étendaient mercredi à des villes d'autres provinces, jusqu'aux lointaines régions industrielles du nord-est, aux confins de la Sibérie.

A Zhumadian dans le Henan, province limitrophe du Hubei, une personne par foyer seulement est autorisée à quitter son domicile... une fois tous les cinq jours. Des primes sont promises en cas de dénonciation de personnes venues du Hubei.

Face à de violentes critiques sur sa gestion de la crise, le gouvernement a reconnu des "défaillances".

Wuhan, dont le système de santé est débordé, a accueilli mardi ses premiers malades dans un nouvel hôpital construit en dix jours et qui compte 1.000 lits.

Un second hôpital de ce type devrait bientôt ouvrir, tandis que huit autres bâtiments étaient en cours de transformation pour accueillir des malades.

- Airbus s'arrête -

Avec pour l'instant un seul décès, Hong Kong reste loin du lourd bilan enregistré en 2002-2003 lors du Sras (299 morts) sur son territoire. Hors de Chine, seules les Philippines ont fait état d'une mort imputée au coronavirus.

Paralysée par les restrictions et quasi-coupée du monde, l'économie chinoise pourrait être durablement plombée. Les congés du nouvel an lunaire ont été étendus jusqu'en fin de semaine dans de nombreuses provinces et la plupart des entreprises et usines resteront fermées jusqu'au 9 février au moins.

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a estimé mercredi que la propagation du nouveau coronavirus chinois apportait une "nouvelle dose d'incertitude" à la croissance économique.

L'avionneur européen Airbus a annoncé mercredi que sa ligne d'assemblage d'A320 à Tianjin, près de Pékin, resterait fermée pour une durée indéterminée.

Devant l'avancée de l'épidémie, les organisateurs des JO de Tokyo, qui se tiendront du 24 juillet au 9 août, se sont dits mercredi "extrêmement inquiets".