Malgré le printemps et le week-end, les Français ont été appelés à respecter scrupuleusement le confinement contre le coronavirus alors que le manque de masques, réclamés par les soignants, suscite des questions.

Les autorités françaises insistent plus que jamais sur la nécessité de bien respecter le confinement imposé depuis mardi pour freiner une épidémie de coronavirus qui a déjà tué 450 personnes dans le pays, le jugeant insuffisamment respecté.

Des couvre-feux ont été mis en place à Béziers (Hérault), Vallauris, Menton (Alpes-Maritimes) et Roquebrune-sur-Argens (Var), de 22h à 5h du matin, ainsi qu'à Perpignan (de 20h à 6h).

Le maire de Montpellier a aussi instauré ce couvre-feu, accompagné de la fermeture de tous les marchés alimentaires. Dans la préfecture de l'Hérault, les transports publics sont désormais réservés aux usagers qui travaillent, et un gymnase a été mis à disposition pour l'aide alimentaire.

Les restrictions de circulation seront appliquées "de façon plus stricte encore", a prévenu le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, avec des contrôles dans les gares (seulement 15% des trains grandes lignes circulent) et les aéroports. Des amendes forfaitaires de 135 euros seront dressées en cas de sorties non justifiées.

Des personnes déjà verbalisées ont été placées en garde à vue pour "mise en danger de la vie d'autrui".

"Le propre des grandes crises sanitaires contemporaines est d'être inédites et imprévisibles", a souligné le ministre de la Santé Olivier Véran samedi devant les députés. L'Etat doit prendre en conséquence "des mesures inédites et imprévisibles mais qui doivent néanmoins s'inscrire dans le strict respect de l'État de droit et des libertés publiques et individuelles".

- "La crise va s'intensifier" -

La polémique sur l'absence de masques de protection a continué de grandir, la France ayant réduit a minima son stock de masques ces dernières années afin de rationaliser les coûts.

Le gouvernement a reconnu des "difficultés logistiques" dans la production et la distribution de ces masques alloués en priorité aux soignants, mais que de nombreuses professions au contact du public réclament, comme les policiers.

Le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué samedi que "40 prototypes" de masques étaient actuellement "en cours de test" afin d'augmenter les capacités de production.

La prolongation du confinement, décrété jusqu'à fin mars, "n'a pas été actée", selon Christophe Castaner. Mais tout laisse penser qu'elle le sera, comme en Italie, qui enregistre le plus de décès au monde (plus de 4.000, devant la Chine).

"La crise va s’intensifier au cours de la semaine qui vient et le nombre de cas graves et de morts augmentera", a prévenu Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique sur le Covid-19, samedi dans Le Monde.

"Le confinement, dans l’état actuel des ressources, est la seule façon de casser la courbe de l’épidémie et d’éviter que le système de soins explose en vol", a-t-il dit.

Le confinement pourra cesser "quand le virus ne circulera plus", a jugé Olivier Véran, estimant le nombre de malades en France à 20.000. La majorité d'entre eux ne sont pas testés, donc pas détectés.

- Un avion pour l'Alsace -

L'épidémie a causé à ce jour la mort de 450 patients (78 supplémentaires vendredi) et entraîné l'hospitalisation de 5.226 malades, dont près de 1.300 en réanimation, selon le ministère de la Santé. Près de 1.600 patients ont quitté les hôpitaux, guéris.

"La moitié des patients en réanimation ont moins de 60 ans", a rappelé le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.

Les sept régions les plus touchées sont le Grand Est, la Corse, l'Ile-de-France, les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône Alpes et désormais la Nouvelle-Aquitaine.

Un avion militaire médicalisé a décollé d'Istres (Bouches-du-Rhône) samedi matin vers Mulhouse, où il a embarqué des patients atteints du nouveau coronavirus à destination de l'Aquitaine. Arrivé en début d'après-midi à l'aéroport de Bordeaux, selon le ministère des Armées, il s'agit du second A330 Phénix de l'armée de l'air utilisé en quelques jours pour évacuer vers d'autres régions des malades d'Alsace, région particulièrement touchée.

A Mulhouse, où l'hôpital est totalement saturé par un afflux croissant de malades, un hôpital militaire est en cours de déploiement, a constaté l'AFP.

- Le jour de carence suspendu -

"Face à l'urgence et à l'ampleur de l'épidémie", notamment en Ile-de-France, les hôpitaux de Paris (AP-HP) en appellent aux "professionnels médicaux et paramédicaux disponibles dans les semaines à venir" renforcer les équipes de ses 39 hôpitaux.

Concernant les symptômes de la maladie, les autorités constatent "une recrudescence des cas d'anosmie". Il s'agit d'une "disparition brutale de l'odorat sans obstruction nasale et qui peut survenir de façon isolée", qui nécessite d'appeler son médecin traitant pour éviter toute automédication.

Le Parlement a adopté définitivement vendredi le volet financier des mesures d'urgence face au coronavirus, mais les débats à l'Assemblée sur l'autre texte permettant d'instaurer un état d'urgence sanitaire se sont éternisés au sujet de sa durée: un mois ou deux? Combiné au projet de loi d'urgence voté en première lecture au Sénat et qui sera examiné samedi par l'Assemblée nationale, le texte prévoit 45 milliards d'euros pour aider les entreprises en difficulté et financer le chômage partiel des salariés.

Edouard Philippe a annoncé samedi la suspension générale du jour de carence en cas d'arrêt maladie pendant la durée de l'état d'urgence sanitaire qui doit être prochainement déclaré.

La France s'emploie par ailleurs à organiser le retour d'environ 130.000 ressortissants bloqués à l'étranger.

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