Plus de 250.000 morts et un système de santé complètement submergé: face à ce scénario cauchemardesque établi par des scientifiques, le gouvernement britannique a changé de stratégie et considérablement renforcé ses mesures face au nouveau coronavirus.

Officiellement, le nombre de cas recensés de la maladie Covid-19 au Royaume-Uni est de 1.950, selon le dernier bilan publié mardi. L'épidémie a fait 55 morts.

Mais des tests ne sont pas effectués systématiquement, malgré les recommandations de l'OMS, et une estimation de 55.000 cas dans le pays semble "raisonnable", a déclaré le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance interrogé au parlement.

Lundi soir, le Premier ministre Boris Johnson a demandé à la population d'éviter tout contact et tout déplacement "non essentiel" et recommandé aux personnes âgées et aux femmes enceintes de s'isoler pendant trois mois.

Dans la foulée mardi matin, le Royaume-Uni a déconseillé à ses ressortissants tout voyage à l'étranger "non essentiel", dans un premier temps pour 30 jours.

Ces mesures restent moins radicales que celles prises dans les pays voisins, ne prévoyant ni fermeture des écoles, restaurants ou salles de spectacles, ni interdiction formelle des rassemblements.

Elles constituent cependant un net renforcement par rapport à la stratégie controversée adoptée jusqu'alors, qui consistait essentiellement à isoler les personnes présentant des symptômes ou revenant de zones à risque pour alléger la pression sur les services de santé et favoriser l'émergence d'une "immunité collective".

Selon la presse britannique, ce changement de braquet a été motivé en particulier par un rapport de l'Imperial College de Londres, s'appuyant sur des données provenant d'Italie.

D'après ce rapport rendu public lundi soir, l'épidémie pourrait faire jusqu'à 510.000 morts au Royaume-Uni et y toucher 81% de la population, dans le cas purement hypothétique où aucune mesure n'aurait été prise. Avec la ligne de conduite suivie par le gouvernement jusqu'à lundi, les chercheurs estiment que le pays risquait jusqu'à 260.000 décès, en raison d'une "submersion" de son système de santé.

Avec des mesures plus fortes, similaires à celles annoncées lundi, le nombre des décès pourrait en revanche diminuer à "quelques milliers ou dizaines de milliers".

"Si l'on peut limiter le nombre (de morts) à 20.000 ou moins, cela sera un bon résultat", bien que "cela reste terrible", a jugé M. Vallance.

- "Catastrophique pour l'emploi" -

Le Royaume-Uni doit désormais faire face aux conséquences de ces mesures sans précédent en temps de paix sur une économie qui traverse une période délicate avec le Brexit.

Sans y être officiellement obligés, les musées de la Tate, le Royal Albert Hall ou le Royal Opera House ont fermé leurs portes.

Les dirigeants de l'industrie des pubs, des restaurants et des théâtres ont reproché à Boris Johnson sa position mitigée, craignant que les entreprises ne puissent rien toucher de la part des assurances si le gouvernement ne contraint pas légalement aux fermetures.

"C'est catastrophique pour les entreprises et l'emploi" a ainsi déploré la présidente de l'UK Hospitality, un syndicat regroupant les employés de la restauration, des bars et des hôtels.

Le gouvernement devrait "soit confirmer l'interdiction pour que les entreprises puissent toucher les assurances, soit s'assurer qu'elles reçoivent de l'aide", a estimé le maire de Londres Sadiq Khan, appelant Boris Johnson à imiter les mesures prises en France ou en Allemagne.

L'élu travailliste a par ailleurs dit envisager de réduire "dans les prochains jours" la fréquence des rames dans le métro londonien.

Le ministre des Finances Rishi Sunak doit présenter mardi après-midi un ensemble de mesures destinées à soutenir les entreprises touchées par l'épidémie, après avoir annoncé la semaine dernière un financement d'urgence de 12 milliards de livres (13,2 millions d'euros).

Les aéroports britanniques pourraient eux aussi fermer "sous quelques semaines sans intervention du gouvernement", a averti l'Association des opérateurs d'aéroports (AOA).

Selon l'Imperial College, la principale difficulté de la nouvelle stratégie résidera dans le fait d'être maintenue "jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible", ce qui pourrait prendre "potentiellement 18 mois, ou plus".