La France n'en est qu'au "début" de l’épidémie de coronavirus et le confinement de la population va être imposé avec plus de vigueur, ont averti vendredi les autorités, préparant les esprits au prolongement de ces mesures alors même que certains secteurs économiques sont encouragés à poursuivre leurs activités.

"C'est une course de vitesse engagée avec le virus, mais alors même que nous sommes au début, nous avons besoin de garder beaucoup de réactivité", a insisté le président Emmanuel Macron en visite à la Cellule interministérielle de crise avant un nouveau Conseil de défense.

Une prolongation du confinement - initialement décrété jusqu'à fin mars au moins - "n'a pas été actée", a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner après la réunion, mais les indications en ce sens se sont multipliées. L'Italie voisine, pays le plus touché d'Europe, a déjà annoncé qu'elle prolongerait sa propre mesure.

Il "est assez probable que nous soyons obligés de prolonger le confinement", a ainsi expliqué la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. Il pourra cesser "quand le virus ne circulera plus", a de son côté insisté dans Le Figaro Olivier Véran, le ministre de la Santé, en estimant le nombre de malades actuels en France à 20.000.

"Ça dépendra un peu de la courbe de l'épidémie (...) mais on peut penser que ça va être plus que 15 jours, ça sera autour de six semaines, voire plus", a pronostiqué le docteur Yazdan Yazdanpanah, directeur de l'infectiologie à l'Inserm.

D'autant que les Français semblent avoir du mal à prendre conscience de la réalité et accepter un confinement strict. Jeudi, Emmanuel Macron avait regretté qu'ils prennent "à la légère" les consignes et continuent de traîner dehors, profitant du beau temps avec l'arrivée du printemps.

M. Castaner n'a pas annoncé de nouvelles mesures, mais prévenu que celles déjà décrétées seront appliquées "de façon plus stricte encore" alors que 100.000 membres des forces de l'ordre ont été déployés, avec amende forfaitaire de 135 euros à la clé en cas de "violation des interdictions de se déplacer hors de son domicile".

De nombreuses voix dans le monde de la santé, en première ligne face à l'épidémie, réclament pourtant des mesures plus sévères et les autorités veulent resserrer les boulons, notamment à l'approche d'un weekend qui s'annonce ensoleillé. Les contrôles seront d'ailleurs multipliés dans les gares (seulement 15% des trains grandes lignes circuleront) et aéroports, a martelé M. Castaner.

Des personnes déjà verbalisées pour sorties non-justifiées ont ainsi été placées en garde à vue pour "mise en danger de la vie d'autrui".

Et les lieux fermés se sont multipliés: à Paris, où tous les espaces verts ont déjà été clos, les quais de Seine prisés des (parfois prétendus) "joggeurs", une des activités autorisées, ont été fermés à Paris, comme ceux de la Garonne à Bordeaux.

Lille a fermé le parc de la Citadelle, son principal espace vert, après des "abus". Et à Nice, l'emblématique Promenade des Anglais a été fermée, alors qu'un drone muni d'un haut-parleur surveille le bord de mer.

Jeudi, ce sont toutes les plages du littoral méditerranéen et de Corse - où un navire de la marine nationale évacuera ce weekend des patients atteints du Covid - et de nombreux départements de la façade atlantique qui avaient déjà été fermées.

- "Rapide et intense" -

Au dernier bilan de la direction générale de la Santé (DGS) jeudi soir, la France comptait 372 décès comptabilisés depuis le début de l'épidémie (108 supplémentaires en 24 heures) et 4.761 hospitalisations.

Depuis mercredi soir, 91 cas lourds ont rejoint les services de réanimation, portant leur total à 1.122 et "les cas de contamination doublent tous les quatre jours".

Désormais 157 établissements de référence accueillent des malades du coronavirus et le déploiement d'un hôpital militaire est attendu sous peu dans la région de Mulhouse, l'un des foyers majeurs du virus en France.

Le gouvernement a reconnu des "difficultés logistiques" dans la fourniture de masques, notamment pour le personnel soignant qui dénonce leur absence, tout comme les oppositions, qui qualifient les services de l’État de "dépassés".

Outre le déstockage de 5 millions de masques chirurgicaux des Armées, 25 millions de masques sont en cours de livraison aux pharmacies et établissements de soins.

Le gouvernement a déploré certains vols ou trafics et, selon M. Véran, la baisse continue des stocks depuis plusieurs années.

Hors personnels de santé, de nombreuses professions au contact du public en réclament aussi, comme l'ensemble des syndicats de policiers, les pompiers, les livreurs, les éboueurs ou les professionnels du bâtiment.

- "État d'urgence" -

Après l'Assemblée, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi permettant l'instauration d'un état d'urgence sanitaire, accompagné de mesures pour soutenir l'économie, qui devrait être frappée de plein fouet, avec une récession de 1% du PIB en 2020 et déficit public de 3,9%.

L'objectif est l'adoption définitive avant la fin de la semaine.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Marie a appelé les entreprises à verser une prime défiscalisée à leurs salariés, notamment à ceux qui "ont eu le courage de se rendre sur leur lieu de travail" dans les secteur essentiels (alimentation, transports...). Il a également calmé le ton avec le secteur du bâtiment sur la nécessité ou non d'interrompre les chantiers.

La France doit aussi organiser le retour d'environ 130.000 ressortissants bloqués à l'étranger, en général pour des vacances.