L'Organisation mondiale de la santé a prévenu mercredi que la pandémie continue d'accélérer à travers le monde, au moment où l'Union européenne rouvrait de façon ciblée ses frontières en plein démarrage de la saison touristique estivale.

Depuis son apparition il y a six mois en Chine, le Covid-19 a fait au moins 511.312 morts dans le monde, où plus de 10,5 millions de personnes ont été officiellement diagnostiquées, selon un décompte de l'AFP.

Mais le nombre de contaminations dépasse les 160.000 par jour depuis une semaine - la pire semaine en terme d'infections depuis le début de l'épidémie, selon l'OMS. Et "60% de tous les cas de Covid-19 recensés jusqu'à présent ont été signalés au cours du mois dernier", a souligné mercredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"La meilleure façon de sortir de cette pandémie est d'adopter une approche globale", a-t-il rappelé, demandant une fois de plus de respecter les règles de distanciation, détecter et isoler les cas, placer en quarantaine leurs contacts et porter un masque lorsque c'est nécessaire.

Pour faciliter la lutte contre le Covid-19, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'unanimité, une résolution réclamant "une cessation immédiate et générale" des conflits à travers le monde, à l'exception des combats contre les groupes jihadistes - une initiative qui ne devrait avoir que peu d'impact sur les guerres en cours, jugent les experts.

- Saison "très difficile" -

En mer Ionienne, l'île grecque de Corfou, qui espère "rattraper le temps perdu", a vu atterrir mercredi ses premiers touristes.

"C'est fantastique, on est très heureux d'être ici et de profiter du soleil", s'est enthousiasmé Molnar Istvan, touriste hongrois débarquant du premier vol de la journée.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a dit s'attendre à "une saison touristique très difficile".

L'ONU estime que les restrictions liées au Covid-19 devraient se traduire ces prochains mois par un manque à gagner allant de 1.200 à 3.300 milliards de dollars pour le tourisme et les secteurs liés. Dans la construction aéronautique par exemple, l'européen Airbus va supprimer quelque 15.000 postes, soit 11% de ses effectifs.

L'UE a autorisé les vols en provenance de 14 pays de tous les continents, ainsi que de Chine, à la seule condition que celle-ci admette sur son sol les visiteurs "non essentiels" venant de l'UE, ce qui n'est actuellement pas le cas.

Fruit de difficiles tractations, cette liste adoptée mardi et révisable dans deux semaines est fondée "en particulier" sur des critères épidémiologiques.

Seront admis dans l'UE et l'espace Schengen les voyageurs venant d'Algérie, Australie, Canada, Géorgie, Japon, Monténégro, Maroc, Nouvelle-Zélande, Rwanda, Serbie, Corée du Sud, Thaïlande, Tunisie et Uruguay.

En sont notamment exclus les Etats-Unis, pays le plus touché au monde par la pandémie avec 125.928 décès pour près de 2,6 millions de cas répertoriés, mais aussi le Brésil, la Russie, l'Inde, la Turquie et Israël notamment.

L'Autriche a cependant maintenu ses restrictions de déplacement avec la Serbie et le Monténégro.

D'autres pays dans le monde tentent de sauver leur saison touristique, comme l'Egypte qui, malgré plus de 1.000 nouvelles infections quotidiennes depuis fin mai, a rouvert mercredi les célèbres pyramides du plateau de Guizeh.

- Flambée aux Etats-Unis -

La contagion marque le pas en Europe, ancien épicentre de la pandémie, qui poursuit son retour progressif à la normale: les cinémas et événements culturels de petite taille reprennent leurs activités en Autriche, les maisons closes rouvrent aux Pays-Bas...

Mais des foyers subsistent, notamment dans la région de Lisbonne, de nouveau soumise depuis une semaine à des restrictions pour éviter les attroupements. Dix-neuf quartiers populaires de la banlieue de la capitale portugaise sont reconfinés pour deux semaines, afin d'endiguer des contaminations reparties à la hausse.

Difficile toutefois pour les 700.000 habitants d'arrêter de travailler ou de prendre les transports en commun. "Si on ne peut pas travailler, on ne peut pas payer (...) Nous avons besoin de soutien alimentaire et d'une suspension du paiement de factures", plaide l'un d'eux, Iuri Fidalgo.

Mardi, c'était les 600.00 habitants de l'agglomération de Leicester qui avaient été reconfinés en raison d'une flambée de cas dans cette ville du centre de l'Angleterre.

Principal pays exclu de la liste de l'UE, les Etats-Unis, où l'épidémie flambe, notamment dans le Sud et l'Ouest, dont certains Etats ont dû arrêter le déconfinement. "Il est évident que nous n'avons pas le contrôle total actuellement", a expliqué le docteur Anthony Fauci, membre de la cellule de crise présidentielle sur le coronavirus.

Une étude publiée mercredi indique que la pandémie a causé au moins 18% de morts de plus qu'une année normale aux Etats-Unis, et jusqu'à trois fois plus à New York, très durement touchée.

Inquiet, Bill de Blasio, le maire de la ville, a annoncé le report de la réouverture des salles des restaurants, prévue le 6 juillet, tandis qu'à l'opposé la compagnie aérienne American Airlines a abandonné certaines précautions, recommençant à remplir ses avions à pleine capacité.

Bien que figurant sur la liste de l'UE, le voisin canadien, dont le Premier ministre Justin Trudeau a dit craindre une "deuxième vague" épidémique "qui pourrait frapper très fort", a prolongé jusqu'au 31 juillet l'interdiction d'entrée des étrangers, sauf - paradoxalement - des Américains, et jusqu'au 31 août la quarantaine obligatoire à l'arrivée dans le pays.

Sur le continent, la situation reste également inquiétante en Amérique latine et dans les Caraïbes, où le bilan pourrait dépasser 400.000 morts dans les trois mois si des mesures sanitaires plus strictes ne sont pas prises, selon l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS).

Les autres continents sont tous touchés.

La Cisjordanie sera bouclée pour cinq jours à compter de vendredi matin en raison d'une hausse du nombre de contaminations, a annoncé le gouvernement palestinien.

Et en Inde, une centaine de personnes ont été testées positives après avoir participé, à quelques jours d'intervalle, au mariage puis aux funérailles d'un jeune homme ayant potentiellement contracté le Covid-19.

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