Les cas de contamination par le coronavirus ont flambé dimanche en Europe, en particulier en Italie où la situation tournait à la "tragédie", et aux Etats-Unis où l'inquiétude montait face aux hôpitaux qui risquent d'être rapidement débordés.

Sous pression, le Comité international olympique (CIO) a de son côté fini par entrouvrir dimanche la porte à un report des Jeux prévus à Tokyo cet été, mais s'est donné quatre semaines pour décider.

Une deuxième vague semblait gagner l'Asie tandis que les regards se tournaient aussi vers l'Afrique.

"Restez chez vous" : le mot d'ordre pour éviter les rassemblements et contacts favorisant l'épidémie se répandait dans le monde.

De Wuhan en Chine, d'où est partie l'épidémie, à New York, près d'un milliard de personnes doivent rester à leur domicile pour éviter de contracter le virus qui a déjà contaminé plus de 320.000 personnes dans le monde, dont la moitié en Europe.

Plus de 14.000 ont perdu la vie, dont plus de 7.500 en Europe. Pays le plus touché avec 5.476 morts, l'Italie connaît un scénario effroyable que redoutent tous les autres, avec dans certaines régions une contagion qui paraît hors de contrôle et une saturation des capacités de soins.

Alors que la pandémie a fait 651 morts au cours des dernières 24 heures, le Premier ministre Giuseppe Conte a annoncé l'arrêt de "toute activité de production sur le territoire qui ne serait strictement nécessaire".

Selon le président de la Lombardie, la situation "prend désormais des airs de tragédie". Dimanche, dans les rues désertes de Rome, les cloches des églises ont résonné pendant que les policiers contrôlaient les rares passants.

- Merkel en quarantaine -

Second pays le plus touché en Europe, l'Espagne a enregistré près de 400 nouveaux morts en 24 heures (+30%), portant le total à 1.720. Un énorme hôpital de campagne a été mis en service à Madrid, tandis que le gouvernement a demandé le prolongement du confinement jusqu'au 11 avril.

Le tenor espagnol Placido Domingo a annoncé dimanche qu'il avait été testé positif au nouveau coronavirus, tout en se disant "en bonne santé". Il n'a pas précisé s'il se trouvait en Espagne.

En France, où plus de 670 personnes sont mortes, "la vague est là", a résumé le président Emmanuel Macron, préparant les esprits à la prolongation du confinement.

Chez son voisin britannique, changement de ton : "les chiffres (...) s'accélèrent. Nous ne sommes qu'à quelques semaines de l'Italie", a mis en garde dimanche le Premier ministre Boris Johnson. Face à la propagation du virus, le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles, pubs, cinémas et salles de sport, mais pas de confinement généralisé.

L'Allemagne a interdit dimanche les rassemblements de plus de deux personnes dans l'espace public. La chancelière Angela Merkel, qui a été en contact avec un médecin testé positif au virus, s'est placée en quarantaine.

La Grèce a décidé dimanche de passer "à partir de lundi" au confinement général de sa population.

- Risque d'une "pénurie" -

Aux Etats-Unis, le coronavirus a tué pour la première fois plus de 100 personnes en 24 heures, portant le bilan à 400 morts dimanche.

Alors que plus d'un tiers des Américains sont sujets à un degré différent de confinement, le maire démocrate de New York Bill de Blasio a fustigé dimanche la gestion de la pandémie par le président républicain Donald Trump, s'alarmant du risque de voir mourir "des personnes qui auraient pu vivre".

"Nous sommes franchement à dix jours d'une pénurie généralisée de respirateurs, de masques chirurgicaux, les choses nécessaires pour qu'un hôpital puisse continuer à fonctionner", a prévenu le maire sur CNN.

Le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, s'est lamenté de voir plusieurs Etats américains se disputer ces appareils.

Donald Trump a critiqué, sur Twitter, "certains" gouverneurs qui "font retomber la responsabilité de leurs défaillances sur le gouvernement fédéral".

Et l'expert en coronavirus de la Maison Blanche, Anthony Fauci, a assuré que le gouvernement fédéral commencerait à "abreuver" New York, la Californie et l'Etat de Washington -- épicentres américains de l'épidémie -- en ressources.

- Craintes en Afrique -

En Amérique latine, le Chili a décrété un couvre-feu nocturne.

Pays de la région le plus touché (1.128 cas, dont 18 décès), le Brésil, avec ses 210 millions d'habitants, retient son souffle. Bien que le président d'extrême-droite Jair Bolsonaro n'ait eu de cesse de minimiser l'épidémie, les gouverneurs des Etats de Sao Paulo et Rio de Janeiro ont pris l'initiative de mesures de restrictions.

L'Asie, où le nombre de cas a dépassé les 95.000, est-elle frappée par une deuxième vague de contamination? Alors que le nombre de cas ne cesse de décliner en Chine, elle a fait état dimanche de 46 nouvelles contaminations. Des cas "importés", certes, pour 45 d'entre eux, mais qui montrent que le berceau de l'épidémie n'est pas à l'abri d'une rechute.

Des millions d'Indiens ont été soumis dimanche à un couvre-feu à titre expérimental, dans ce pays de 1,3 milliard d'habitants où 320 cas ont été recensés, un chiffre qui serait largement sous-estimé.

Quoique durement atteint avec près de 1.700 morts, selon des chiffres officiels remis en cause, l'Iran tarde à confiner sa population.

Son voisin irakien a en revanche annoncé dimanche l'instauration d'un couvre-feu total dans les 18 provinces du pays au système de santé ravagé, après la mort de 20 personnes.

Et si l'Afrique, épargnée jusque-là, était atteinte à son tour?

"Soyons responsables. Nous allons tous mourir et ensuite aller en enfer !", a lancé le porte-parole du gouvernement zimbabwéen, Nick Mangwana. En cause, l'affluence dans les églises de Harare, ce dimanche, malgré l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Mégaphone à la main, la police de Lagos, ville tentaculaire de 20 millions d'habitants, tentait elle aussi d'empêcher les fidèles de se rendre dans les églises, d'habitude bondées au Nigeria.

La bombe à retardement est aussi économique : pour soutenir leur économie dont des secteurs entiers sont à l'arrêt, laissant augurer d'une tragédie sociale, les Etats-Unis s'apprêtent à autoriser la banque centrale à prêter directement aux entreprises. Et ce pour un montant inédit : 4.000 milliards de dollars.

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