Les cas de contamination par le coronavirus flambaient dimanche en Europe, en particulier en Italie où la situation tourne à la "tragédie", tandis qu'une deuxième vague semblait gagner l'Asie et que les regards se tournent vers l'Afrique.

"Restez chez vous", "fermez tout": les mots d'ordre pour éviter les rassemblements et contacts favorisant l'épidémie se répandent partout dans le monde, face à une contagion planétaire rapide et à une situation effroyable en Italie.

L’Allemagne a interdit dimanche les rassemblements de plus de deux personnes dans l'espace public et décrété qu'une distance minimale d'un mètre et demi entre les personnes devra être respectée en public. La chancelière Angela Merkel, qui a été en contact avec un médecin testé positif au virus, s'est placée en quarantaine.

De Wuhan en Chine, d'où est partie l'épidémie, à New York, plus de 900 millions de personnes doivent rester à leur domicile pour éviter de contracter le virus qui a déjà contaminé plus de 300.000 personnes dans le monde, dont la moitié en Europe.

Plus de 13.000 ont perdu la vie, dont plus de 7.500 en Europe. Pays le plus touché avec 5.476 morts, l'Italie connaît un scénario que redoutent tous les autres, avec dans certaines régions une contagion qui paraît hors de contrôle et une saturation des capacités de soins.

Alors que la pandémie a fait 651 morts au cours des dernières 24 heures, le Premier ministre Giuseppe Conte a annoncé l'arrêt de "toute activité de production sur le territoire qui ne serait strictement nécessaire".

"Le moment est arrivé de s'arrêter, mais de le faire vraiment", lui avaient auparavant réclamé le maire de Bergame et le président de la Lombardie, selon qui la situation "prend désormais des airs de tragédie".

Dimanche, dans les rues désertes de Rome, les cloches des églises résonnaient pendant que les policiers contrôlaient les rares passants. Des patrouilles étaient aussi organisées sur les plages voisines, répondant aux craintes de responsables locaux, inquiets de voir de trop nombreux Italiens s'affranchir des consignes de sécurité.

Second pays le plus touché en Europe, l'Espagne a enregistré près de 400 nouveaux morts en 24 heures (+30%), portant le total à 1.720. Un énorme hôpital de campagne a été mis en service à Madrid, tandis que le gouvernement a demandé le prolongement du confinement jusqu'au 11 avril.

En France, où le nombre de morts a bondi de 20% (à 562), "la vague est là", a résumé le président Emmanuel Macron, préparant les esprits à la prolongation du confinement.

Chez son voisin britannique, changement de ton: "les chiffres (...) s'accélèrent. Nous ne sommes qu'à quelques semaines de l'Italie", a mis en garde dimanche le Premier ministre Boris Johnson. Face à la propagation du virus, le gouvernement a ordonné avant le week-end la fermeture des écoles, pubs, cinémas et salles de sport, mais pas de confinement généralisé.

La Grèce a elle aussi décidé dimanche de passer "à partir de lundi" au confinement général de sa population.

- Deuxième vague en Asie -

Alors qu'aux Etats-Unis, environ 30% de la population est placée en confinement, le maire démocrate de New York Bill de Blasio a fustigé dimanche la gestion de la pandémie de coronavirus par le président républicain Donald Trump, s'alarmant du risque de voir mourir "des personnes qui auraient pu vivre".

"La vérité, que les New-Yorkais et tous les Américains méritent d'entendre, c'est que cela ne va faire qu'empirer. En réalité, avril et mai vont être vraiment pires", a-t-il déclaré.

En Amérique latine, le Chili a décrété un couvre-feu nocturne.

Pays de la région le plus touché (1.128 cas, dont 18 décès), le Brésil, avec ses 210 millions d'habitants, retient son souffle. Bien que le président d'extrême-droite Jair Bolsonaro n'ait eu de cesse de minimiser l'épidémie, les gouverneurs des Etats de Sao Paulo et Rio de Janeiro ont pris l'initiative de mesures de restrictions.

L'Asie, où le nombre de cas a dépassé les 95.000, est-elle frappée par une deuxième vague de contamination? Alors que le nombre de cas ne cesse de décliner en Chine, elle a fait état dimanche de 46 nouvelles contaminations. Des cas "importés", certes, pour 45 d'entre eux, mais cela montre que le berceau de l'épidémie n'est pas à l'abri d'une rechute.

Des millions d'Indiens ont été soumis dimanche à un couvre-feu à titre expérimental dans ce pays de 1,3 milliard d'habitants où 320 cas ont été recensés, un chiffre qui serait largement sous-estimé.

Quoique durement atteint avec près de 1.700 morts, selon des chiffres officiels de plus en plus ouvertement remis en cause, l'Iran tarde à confiner sa population.

Son voisin irakien a en revanche annoncé dimanche l'instauration d'un couvre-feu total dans les 18 provinces du pays au système de santé ravagé, après la mort de 20 personnes et alors que le nombre de contaminations ne cesse de grimper.

- Bombe à retardement -

Et si l'Afrique, épargnée jusque-là, était atteinte à son tour?

"Soyons responsables. Nous allons tous mourir et ensuite aller en enfer !", a lancé le porte-parole du gouvernement zimbabwéen, Nick Mangwana. En cause, l'affluence dans les églises de Harare, ce dimanche, malgré l'interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes.

Mégaphone à la main, la police de Lagos, ville tentaculaire de 20 millions d'habitants, tentait elle aussi d'empêcher les fidèles de se rendre dans les églises, d'habitude bondées au Nigeria.

La bombe à retardement est aussi économique: pour soutenir leur économie dont des secteurs entiers sont à l'arrêt, laissant augurer d'une tragédie sociale, les Etats-Unis s'apprêtent à autoriser la banque centrale à prêter directement aux entreprises. Et ce pour un montant inédit: 4.000 milliards de dollars, soit un cinquième de la richesse annuelle produite par l'économie américaine.