Les Bourses ont à nouveau plongé jeudi après l'annonce surprise par Donald Trump d'interdire durant 30 jours l'entrée aux Etats-Unis des voyageurs en provenance d'Europe, mesure censée endiguer la pandémie de coronavirus dont l'UE va "évaluer" en urgence les retombées économiques.

La mesure, qui entrera en vigueur vendredi à minuit heure de Washington (04H00 GMT samedi), ne concernera pas le Royaume-Uni et ne s'appliquera pas aux citoyens américains et aux résidents permanents aux Etats-Unis.

"J'ai décidé de prendre des actions fortes mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains", a expliqué M. Trump lors d'une allocution solennelle – par moments confuse – depuis la Maison Blanche.

Fait sans précédent, le département d'Etat a exhorté dans la foulée les Américains à éviter tout voyage à l'étranger.

L'UE "désapprouve" la décision du président américain, prise "de façon unilatérale et sans consultation", ont réagi les présidents de la Commission et du Conseil, Ursula von der Leyen et Charles Michel.

"Le coronavirus est une crise mondiale (...) qui requiert de la coopération plutôt qu'une action unilatérale", ont-ils souligné.

L'UE va "évaluer" la situation, "la perturbation économique doit être évitée", avait auparavant tweeté Charles Michel.

La Banque centrale européenne s'apprêtait de son côté à dévoiler jeudi un train de mesures.

Les marchés européens se sont effondrés jeudi matin: Paris, Francfort, Londres, Milan et Madrid lâchaient environ 5% vers la mi-journée. Depuis le début de l'année, les principaux indices européens ont tous dévissé d'environ 25%: un véritable krach.

Les prix du pétrole chutaient de plus de 6% jeudi matin en Asie après le discours du président américain, et les Bourses de Tokyo et de Hong Kong dégringolaient elles aussi, comme les jours précédents. La Bourse australienne a connu sa pire journée (-7,4%) depuis la crise de 2008.

- "Virus étranger" -

Au cours de son allocution de dix minutes, Donald Trump a qualifié le nouveau coronavirus de "virus étranger", quelques jours après que son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, eut provoqué l'ire de Pékin en parlant de "virus de Wuhan".

Donald Trump est accusé par nombre d'élus et de scientifiques de minimiser la crise et d'envoyer des messages incohérents, parfois en contradiction avec ceux des autorités sanitaires.

Plus de 20.000 personnes (22.307) ont été contaminées en Europe par le nouveau coronavirus, et 930 en sont mortes.

Dans le monde, plus de 125.000 cas ont été recensés dans 115 pays et territoires, causant la mort de 4.600 personnes, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles jeudi à 09H00 GMT.

Les Etats-Unis sont loin d'être épargnés avec plus de 1.100 cas recensés et au moins 28 morts.

Après avoir qualifié la veille la propagation du virus de "pandémie", le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus a tenté de rassurer en affirmant que la pandémie était "maîtrisable".

En Chine, point de départ de l'épidémie, le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes a chuté jeudi à 15, au plus bas depuis le début de la publication des statistiques mi-janvier. Le nombre de nouveaux cas est également en nette baisse en Corée du Sud.

Mais en Europe et ailleurs, elle continue de progresser, perturbant chaque jour davantage la vie quotidienne des populations: de la limitation de déplacements aux fermetures de lieux publics.

En Italie, qui compte désormais plus de 12.000 cas, dont 827 morts, le gouvernement a décrété mercredi soir la fermeture de tous les commerces, sauf pour l'alimentation et la santé.

La situation s'aggrave aussi en Espagne,avec près de 3.000 cas. Les écoles de la région de Madrid ont été fermées.

Confrontés aux craintes d'une crise économique majeure, les grands argentiers de la planète ont annoncé des aides souvent massives, l'Allemagne se disant par exemple pour la première fois prête à renoncer à la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire. L'Australie a annoncé un plan de relance de plus de 10 milliards d'euros.

L'Iran, qui n'a pas reçu d'aide du FMI depuis 1962, a exhorté jeudi le Fonds à lui autoriser un accès immédiat à une facilité de crédit pour lui permettre de faire face à l'épidémie.

La ville de New York a reporté sa traditionnelle parade de la St Patrick du 17 mars, qui rassemble chaque année quelque deux millions de personnes, un report inédit en plus de deux siècles et demi d'existence, selon le New York Times.

La pandémie continue aussi de semer le chaos dans le calendrier sportif. Aux Etats-Unis, la NBA a suspendu tous les matches de basket de la saison après un cas de coronavirus chez un joueur.

Le championnat d'Italie de football est suspendu jusqu'au 3 avril. Celui d'Espagne pour les deux prochaines journées, après le placement en quarantaine de l'équipe du Real Madrid et de possibles cas chez des joueurs d'autres clubs.

La Fédération internationale de ski a annulé les dernières étapes et les finales des Coupes du monde de ski alpin féminine et masculine.

Si le GP d'Australie de F1 a été maintenu, l'équipe McLaren a annoncé son retrait après un cas positif d'un de ses membres. Et la confédération sud-américaine de football (Conmebol) a annoncé avoir demandé mercredi à la Fifa de reporter ses éliminatoires à la Coupe du monde 2022 au Qatar.