Plus de 20 millions d'emplois détruits en avril, un taux de chômage au plus haut depuis les années 1930: le nouveau coronavirus n'en finit plus de mettre à bas l'économie américaine, au moment où l'Europe enclenche son déconfinement à mesure que la pandémie décroît sur son sol.

"C'était tout à fait attendu et sans surprise", a commenté vendredi le président américain Donald Trump, peu après l'annonce de nouveaux chiffres dramatiques pour l'économie de la première puissance mondiale, mise brutalement à l'arrêt.

Près de 20,5 millions d'emplois ont été détruits au mois d'avril, du jamais vu en si peu de temps, et le taux de chômage a bondi à 14,7%, au plus haut depuis les années 1930, selon les données du département du Travail.

Au Canada voisin, le chômage a atteint 13% en avril, soit 5,2 points de plus qu'en mars, plus forte hausse mensuelle depuis 1982, selon l'Institut national de la statistique.

Signe qu'un retour à la normale n'est pas pour demain, le PDG d'Alphabet, maison-mère de Google, Sundar Pichai a indiqué que la plupart des employés de Google et Facebook allaient sans doute continuer à travailler de chez eux jusqu'à la fin de l'année.

- Une victime de 5 ans -

Décès par dizaines de milliers, près de la moitié de l'humanité cloîtrée, une économie planétaire à l'arrêt et sinistrée... La pandémie de Covid-19, apparue en décembre dans le centre de la Chine et encore loin d'être maîtrisée, n'en finit pas de bouleverser le quotidien de la planète.

Dans le monde, près de 271.000 personnes sont décédées et les Etats-Unis sont de loin le pays le plus touché, avec plus de 76.000 morts et 1,2 million de personnes contaminées, selon le comptage de l'université Johns Hopkins.

Le Covid-19 est probablement lié au décès d'un enfant de 5 ans dans l'Etat de New York.

En Europe, la pandémie a tué plus de 150.000 personnes. Le Royaume-Uni a franchi la barre des 31.000 morts, l'Italie en compte un millier de moins. Suivent l'Espagne (26.299) et la France (26.230), selon un bilan établi par l'AFP à partir des chiffres de sources officielles, très vraisemblablement sous-estimés.

- Parades annulées -

C'est dans ce contexte que se déroule le 8-Mai, qui marque depuis 1945 la capitulation de l'Allemagne nazie. Coronavirus oblige, pas de grands défilés, ni de cérémonies publiques cette année, comme c'est le cas pour tous les grands évènements internationaux depuis deux mois.

"Comme nous l'avons fait tant de fois auparavant, l'Amérique triomphera" de la pandémie, a assuré Donald Trump, qui s'est rendu devant le mémorial de la Seconde Guerre mondiale situé à quelques pas de la Maison Blanche.

En Allemagne, qui commémorait pour la deuxième fois l'événement depuis 1945, le chef de l'Etat, autorité morale, a exhorté la communauté internationale a tirer les leçons du conflit en allant vers "plus de coopération" dans la lutte contre le nouveau coronavirus, et "pas moins".

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont insisté lors d'un entretien téléphonique sur la nécessité "plus impérieuse que jamais" de l'engagement européen .

C'est à Moscou que l'incidence de l'épidémie sur les festivités sera la plus criante: pas d'imposante parade militaire au pas de l'oie sur la place Rouge. Seule la partie aérienne des célébrations a été maintenue pour samedi.

La reine Elisabeth II s'adressera vendredi soir aux Britanniques, pour la deuxième fois depuis le début de la crise sanitaire.

- La "bombe" de Milan -

Ce long weekend du 8-Mai marque véritablement le début du grand déconfinement en Europe, avec les derniers pays encore bouclés qui se lancent à leur tour, chacun à leur manière et de façon progressive: la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la République tchèque, la Grèce et l'Ukraine.

Dès ce vendredi en Espagne, Barcelone a rouvert ses plages pour la pratique sportive, même si le pays reste prudent.

L'Italie, qui a payé un lourd tribut à la maladie, se déconfine elle aussi peu à peu. Mais les images des Milanais se promenant le long des canaux ou prenant l'apéritif au soleil font polémique, alors que la capitale de la Lombardie est toujours "un peu une bombe", avertit un virologue de renom.

En France, la liberté de circulation sera rétablie mais assortie de restrictions plus sévères pour des départements "rouges", incluant l'agglomération de Paris, où la circulation du virus est plus active.

Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson, lui même rescapé de la maladie, doit annoncer dimanche un assouplissement "très limité" de certaines restrictions.

L'Allemagne a déjà levé la quasi-totalité des restrictions imposées depuis la mi-mars. Même chose notamment en Autriche, dans les pays scandinaves, ou encore au Danemark, qui va rouvrir musées, théâtres et cinémas le 8 juin.

La compagnie aérienne Lufthansa va augmenter le nombre de ses vols européens à compter de juin, pour desservir "106 destinations" au total, principalement en Allemagne et en Europe.

A l'inverse, la Russie, longtemps épargnée mais qui connaît une forte hausse du nombre de cas, reste bouclée. La capitale Moscou a prolongé son confinement jusqu'au 31 mai, alors que plus de 10.000 nouvelles infections ont été enregistrées vendredi.

L'Iran, pays le plus touché du Moyen-Orient, a autorisé les fidèles à assister aux prières du vendredi pour la première fois en plus de deux mois dans plusieurs provinces, mais la capitale Téhéran reste soumise à des restrictions.

- Accusations américaines -

En Asie, la situation se normalise. Bars, cinémas et clubs de gym ont rouvert leurs portes à Hong Kong. En Chine, les musées, cinémas, théâtres et installations sportives sont de nouveau autorisés. Le championnat de football a repris en Corée du sud, à huis-clos mais devant les télés.

De façon surprenante, la Chine a déclaré vendredi soutenir la création "après la fin de l'épidémie" d'une commission sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) afin d'évaluer "la réponse mondiale" au Covid-19.

Cette évaluation, qui ne concernerait pas spécifiquement la Chine mais plutôt l'ensemble des pays du monde, devrait se faire de façon "ouverte, transparente et inclusive" et "au moment opportun", selon Pékin, objet de nombreuses critiques pour son manque présumé de transparence dans la gestion de la maladie.

Les Etats-Unis ont ainsi accusé la Chine et la Russie d'avoir "accéléré" leur coopération en matière de "propagande" et de "désinformation" pour défendre la réponse de Pékin face au coronavirus.