La vague enfle et elle va durer. Face à l'épidémie de coronavirus qui a déjà tué plus de 560 personnes dans le pays, pouvoirs publics et médecins gèrent l'urgence et préparent la suite, notamment la prolongation du confinement.

Les chiffres sont clairs: entre vendredi et samedi, le nombre de morts en France a bondi de près de 20%, pour atteindre 562. Et encore, ce bilan ne prend en compte que les patients décédés à l'hôpital, pas ceux morts en Ehpad ou chez eux. Le nombre de patients hospitalisés a atteint 6.172 (+18%), dont 1.525 cas graves en réanimation.

"La vague est là", résume Emmanuel Macron, cité dans le Journal du Dimanche.

"C'est une guerre, elle va durer", poursuit le chef de l'Etat, qui détaille les priorités: "protéger les plus faibles (...) et notre système de santé", mais aussi gérer le "stress" de la société et se préparer à "affronter une crise financière sans précédent, une crise de l'économie réelle".

Au sixième jour d'un confinement généralisé, les autorités ont préparé le terrain à la prolongation de cette mesure inédite, pour l'instant décrétée jusqu'à fin mars. De nombreuses voix dans le monde médical réclament déjà sa prolongation - comme l'Italie, désormais pays le plus touché au monde. En Chine, d'où est partie l'épidémie, le confinement de Wuhan, son épicentre, aura duré quelque 60 jours.

"La situation va continuer à s'aggraver avant que les effets du confinement fassent leur effet", a rappelé samedi le ministre de la Santé Olivier Véran. Il estime le nombre de personnes infectées en France à "entre 30.000 et 90.000", fourchette large en raison des nombreuses personnes présentant peu ou pas de symptômes.

Les autorités ont demandé au conseil scientifique créé sur le Covid-19 de se prononcer sur "la durée" et "l'étendue" du confinement. Son avis est attendu lundi, mais tout laisse à penser qu'il se prononcera pour une prolongation, voire un renforcement des mesures.

- Amendes et prison -

Car le respect du confinement reste aléatoire. L'Assemblée nationale a déjà durci dans la nuit de samedi à dimanche les sanctions en cas de violation des règles: les 135 euros d'amende forfaitaire passeront ainsi à 1.500 euros en cas de récidive "dans les 15 jours" et dans le cas de "quatre violations dans les trente jours" un délit "puni de 3.700 euros d'amende et six mois de prison au maximum".

Sur le terrain, de nombreux élus locaux ont imposé un couvre-feu, comme Nice, Vallauris, Menton (Alpes-Maritimes), Roquebrune-sur-Argens (Var), Charleville-Mézières (Ardennes), Béziers (Hérault), Perpignan (Pyrénées-Orientales) ou Montpellier, où la mairie a également ordonné la fermeture des marchés alimentaires et réservé les transports aux travailleurs.

A Paris, la maire Anne Hidalgo a appelé à "aller vers un confinement beaucoup plus sévère". Elle a défendu les marchés alimentaires en plein air mais avec des "mesures drastiques", dans un entretien au Parisien Dimanche.

Sur le front médical, c'est toujours la pénurie de masques qui domine, ainsi que le débat sur une éventuelle généralisation des tests.

Le gouvernement a annoncé samedi avoir commandé plus de 250 millions de masques. Les stocks d'Etat avaient régulièrement baissé depuis 10 ans et la pénurie de ces équipement de protection pèse fortement sur les soignants et les para-médicaux, alors que les besoins sont estimés par M. Véran à "24 millions de masques par semaine".

Pour les deux semaines à venir priorité sera donnée aux personnels de santé, en ville comme à l'hôpital, et aux personnes intervenant auprès des personnes âgées, avec notamment 500.000 masques par jour pour les personnels des Ehpad.

Mais le gouvernement n'envisage pas l'usage généralisé du masque dans la population, que l'OMS ne recommande pas. Quant aux professions au contact du public qui en réclament (forces de l'ordre, distribution...), là encore le gouvernement va consulter son conseil scientifique.

- Évacuations -

Concernant l'utilisation de tests, réservés à certaines catégories de populations (fragiles, âgées, femmes enceintes, etc.), M. Véran a assuré que les autorités se préparaient à "les multiplier au moment ou nous lèverons le confinement".

Mais pour l'heure, pas de dépistage massif, comme l'a par exemple pratiqué avec un succès apparent la Corée du Sud. Car il n'y en a tout simplement pas assez en France, explique régulièrement le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Sur le terrain, les structures hospitalières saturent dans certaines régions très affectées, comme en Alsace d'où l'armée a évacué une douzaine de patients vers d'autres régions et installe un hôpital de campagne, qui devrait être opérationnel en début de semaine.

Même aide de l'armée en Corse, où le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre de la Marine nationale est arrivé tôt dimanche dans le golfe d'Ajaccio pour évacuer des patients atteints du Covid-19 vers des hôpitaux marseillais.

Pour l'heure 55% des Français font confiance au gouvernement pour "faire face efficacement au coronavrius", et 57% pour "aider les entreprises en difficulté", selon un sondage Ifop pour le JDD paru dimanche. Mais la défiance monte, relève Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'institut. Et 84% des sondés se disent inquiets de l'épidémie, dix points de plus que la semaine dernière.

Sur le front économique, face au "tsunami" qui s'annonce avec des prévisions de forte récession, le Parlement devait encore siéger dimanche pour débattre d'un projet de loi d'urgence autorisant le gouvernement à prendre par ordonnances une série de mesures pour soutenir les entreprises.