Le gouvernement se prépare lundi à prolonger le confinement de la population au-delà de la date initiale de fin mars alors que l'épidémie de coronavirus s'accélère.

Le nombre de patients hospitalisés a atteint 7.240, dont 1.746 en réanimation (avec environ un tiers de ces cas graves âgés entre 40 et 65 ans).

Entre samedi et dimanche, 112 décès supplémentaires ont été enregistrés dans les hôpitaux, sachant que d'autres décès ont probablement eu lieu en ville ou dans les Ehpad.

"En temps normal, dans un service d’urgences, on hospitalise 15% des patients, là, on est probablement à plus de 60%", a fait remarquer lundi sur France Inter le chef du service des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, Philippe Juvin.

Et l'accélération de l'épidémie va se poursuivre. Quand arrivera le pic? "Je n’ai aucune visibilité sur cette question, et je ne sais pas si quelqu'un en a", a-t-il répondu, en écho à des propos du ministre de la Santé Olivier Véran ce week-end.

Il ne fait pas de doute que les Français vont rester confiner plus de quinze jours. Le Conseil scientifique doit rendre son avis lundi mais son président Jean-François Delfraissy a estimé que le confinement durerait "plus longtemps qu'annoncé".

-Couvre-feux -

La prolongation est notamment réclamée par le monde médical en proie au stress et qui a perdu son premier soldat dans cette "guerre" contre l'épidémie: un médecin de 67 ans à Compiègne (Oise), qui avait pris en charge les premiers patients atteints du Covid-19.

Le Conseil d'Etat a toutefois rejeté dimanche le scénario d'un "confinement total".

Certains maires ont commencé à prendre des mesures radicales. Dans la Drôme, Valence est passée au couvre-feu depuis samedi soir, de 21H00 à 06H00, jusqu’au 31 mars.

La mesure a été prise aussi dimanche dans d’autres communes du département comme Romans-sur-Isère et Montélimar.

Dans le Grand Est, on évacue des malades vers le sud de la France mais aussi vers l'Allemagne et la Suisse. L'hôpital de campagne du service de santé des armées devrait être opérationnel rapidement à Mulhouse.

"Les militaires ont travaillé tout le week-end. On y est quasiment", selon le ministère de la Défense.

La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a annoncé la commande de 20 millions de masques de protection du coronavirus avant une "semaine très difficile". 5 millions arriveront en milieu de semaine pour "doubler le nombre de masques donnés aux personnels soignants dans les hôpitaux, aux libéraux, mais aussi dans les Ehpad, les associations humanitaires", a-t-elle précisé.

- Amendes et prison -

TGV et Intercités vont être gratuits dans toute la France pour les personnels médicaux et paramédicaux répondant aux appels de solidarité pour renforcer les hôpitaux.

Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron a prévu de réunir par audioconférence "les autorités morales et religieuses" pour échanger sur "la cohésion morale du pays face à la crise", a indiqué l'Elysée.

Cet échange portera sur la manière dont les Français peuvent faire face et résister à cette crise qui ne fait que commencer" alors que tout laisse prévoir une forte augmentation du nombre de décès dans les jours qui viennent.

La Bourse de Paris, comme les autres places européennes, a chuté de 4,44% à l'ouverture lundi.

Airbus a annulé quant à lui le versement de dividendes à ses actionnaires au titre de l'année 2019 ainsi que ses prévisions de résultats pour 2020, a annoncé lundi le constructeur aéronautique européen, soucieux d'atténuer l'effet de la crise sur sa trésorerie.

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, s'est dit de son côté favorable à ce que les salariés prennent des congés payés pendant le confinement afin de pouvoir travailler plus une fois l'épidémie terminée.

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer n'envisage pas pour sa part un retour des élèves en classe avant le 4 mai.

La surveillance du confinement a donné lieu à près de 1,8 million de contrôles par les forces de police. Sur ce chiffre, un total de 91.824 infractions pour non-respect des restrictions ont été relevées depuis leur mise en place mardi, selon Alain Thirion, directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises.

Conséquence de ce respect aléatoire: les sanctions ont été durcies: les 135 euros d'amende forfaitaire passeront à 1.500 euros en cas de récidive "dans les 15 jours" et "quatre violations dans les trente jours" pourront valoir "3.700 euros d'amende et six mois de prison au maximum".

- Tester la chloroquine -

Concernant l'utilisation de tests, réservés à certaines catégories de populations (fragiles, âgées, femmes enceintes, etc.), le gouvernement infléchit peu à peu sa doctrine et entend pouvoir les "multiplier", mais seulement au moment de "la levée du confinement".

Pas de dépistage massif immédiat, comme l'a pratiqué avec un succès apparent la Corée du Sud. Car il n'y en a tout simplement pas assez de tests en France, selon le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Du côté des traitements, un essai clinique a été lancé dimanche dans au moins sept pays européens pour tester quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus. Il va inclure en tout 3.200 patients, dont 800 Français.

Concernant la chloroquine comme traitement contre le coronavirus, "il faut très très rapidement qu’on sache si c’est efficace et qu’on produise très massivement ce produit", a affirmé le professeur Philippe Juvin.