Lors de son discours d'investiture pour son troisième mandat controversé, Alassane Ouattara a mis l'accent lundi sur la réconciliation nationale et l'action sociale, invitant l'opposition ivoirienne au "dialogue" pour décrisper le climat politique après les tensions de l'élection présidentielle qui ont fait 85 morts.

En vue des élections législatives au premier trimestre 2021, le président Ouattara a indiqué avoir demandé à son Premier ministre Hamed Bakayoko de "reprendre les discussions" sur la Commission électorale indépendante (CEI), un des grands points de désaccord avec l'opposition, qui a boycotté la présidentielle du 31 octobre.

"J'invite l'ensemble des partis politiques à saisir cette nouvelle opportunité pour aboutir à une décrispation du climat par le dialogue", a déclaré M. Ouattara, qui s'exprimait devant 13 chefs d'Etat africains au palais présidentiel à Abidjan, mais aucun représentant de l'opposition, après avoir prêté serment sur la Constitution.

S'appuyant sur des arrêts de la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples (CADHP), l'opposition a constamment demandé avant le scrutin une réforme de la CEI, qu'elle estime inféodée au pouvoir.

L'ex-président et principal opposant Henri Konan Bédié a proposé le 9 décembre un "dialogue national" pour résoudre les tensions nées de la présidentielle, et annoncé la fin du régime de "transition" proclamé par l'opposition et prétendant remplacer le régime du président Ouattara. Il continue toutefois à contester la légitimité de M. Ouattara.

Elu en 2010 puis en 2015, M. Ouattara, 78 ans, a été réélu le 31 octobre pour un troisième mandat controversé dès le premier tour avec 94,27% des voix, au terme d'un scrutin marqué par des violences qui ont fait 85 morts et un demi-millier de blessés entre août et novembre.

Les violences ont cessé après une rencontre le 11 novembre entre MM. Ouattara et Bédié, mais aucun des différends n'a été réglé.

- Pas d'impunité -

Des négociations sont en cours entre le pouvoir et l'opposition, dont certains dirigeants, comme son porte-parole Pascal Affi N'Guessan, sont incarcérés.

M. Ouattara a promis lors de son discours la création d'un "ministère de la Réconciliation nationale" dans le prochain gouvernement. Mais il a souligné que "les violences et les actes intolérables" commis lors de l'élection présidentielle ne devaient "pas rester impunis", gardant la pression sur les leaders de l'opposition visés par des procédures judiciaires.

La France, ancienne puissance coloniale, était représentée à l'investiture par son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Parmi les invités de marque, l'ex-président français Nicolas Sarkozy, qui avait soutenu M. Ouattara lors de la crise post-électorale de 2010-2011 ayant fait 3.000 morts, a été un des plus applaudis par les invités.

M. Ouattara, qui s'est une nouvelle fois targué d'un bon bilan économique avec une forte croissance, a toutefois promis d'ériger en "priorités" de son troisième mandat l'éducation et l'action sociale, points faibles de son action depuis 2010 selon les observateurs.

Le président a pris l'engagement de "sortir trois millions de personnes de la pauvreté", grâce à "l'émergence d'une classe moyenne" au "cours du prochain quinquennat".

Il a notamment annoncé que l'Etat allait prendre en charge les frais "Coges" (Comité de gestion des établissements scolaires), serpent de mer de l'actualité sociale ivoirienne. Ces frais réclamés aux étudiants et élèves pour la gestion des bâtiments, le matériel et les dossiers excluent de fait un certain nombre de jeunes du système éducatif et donnent régulièrement lieu à des manifestations.

M. Ouattara a aussi promis une lutte "renforcée" contre la "corruption" assurant que "les cas de corruption seront sévèrement réprimés aussi bien dans l'administration que dans le secteur privé".

Il a eu "une pensée" pour son défunt Premier ministre Amadou Gon Coulibaly que "j'aurais tant souhaité voir à ma place".

M. Ouattara avait annoncé en mars qu'il renonçait à une nouvelle candidature, avant de changer d'avis en août, à la suite du décès surprise en juillet d'Amadou Gon Coulibaly, désigné comme son successeur.

La loi fondamentale prévoit un maximum de deux mandats, mais le Conseil constitutionnel a estimé que la nouvelle Constitution de 2016 avait remis le compteur des mandats à zéro. Ce que l'opposition a toujours contesté.