Quatre ans après les faits, le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre du jeune caporal Arthur Noyer s'est ouvert lundi à Chambéry, une première comparution très attendue pour l'homme déjà impliqué dans la mort de la petite Maëlys.

Cheveux poivre et sel et fine barbe sous son masque, Nordahl Lelandais est apparu tendu dans le box, athlétique sous sa chemise bleu ciel, énonçant son identité d'une petite voix avant que le jury ne soit constitué.

Le première procès de Nordahl Lelandais, qui doit durer jusqu'autour du 12 mai, polarise l'attention des médias et du grand public, que la dérive meurtrière d'un homme a priori sans histoires déroute et intrigue.

"Nonobstant le dispositif un petit peu exceptionnel de ce procès, vous serez jugé comme tous les accusés, avec les mêmes droits", a précisé à l'intention de l'accusé le président, François-Xavier Manteaux, au début de l'audience.

Aux parties civiles, le magistrat a demandé d'être "dignes" et de ne pas troubler l'audience, ajoutant qu'elles n'auront peut-être pas toutes les réponses à leurs questions. La famille Noyer est venue avec un large portrait encadré d'Arthur et le tient à ses pieds dans la salle d'audience. Avant le procès, ils avaient dit souhaiter que "justice soit faite" pour leur fils.

L'enquête sur la disparition de leur fils, mort en avril 2017, avait patiné pendant plusieurs mois avant que les enquêteurs ne fassent le lien avec l'affaire de la disparition de Maëlys De Araujo, à l'automne 2017. Les deux affaires ont été instruites séparément, et le procès pour la mort de la fillette de huit ans pourrait avoir lieu en 2022.

Lors de sa mise en examen dans l'affaire Noyer, une question avait été soulevée: Nordahl Lelandais est-il impliqué dans d'autres affaires? A ce stade, aucun élément matériel connu ne vient accréditer cette thèse.

Pour accueillir journalistes et public, la salle des assises ne suffisant pas, la salle du Sénat de Savoie, à côté, retransmet l'audience. Ces murs anciens n'ont jamais abrité un procès aussi médiatique. Quelque 120 journalistes ont été accrédités au total.

- Tantôt tendre, tantôt menteur ? -

Après un résumé de l'enquête lundi matin, l'après-midi doit être consacré à l'examen de son parcours de vie.

Né le 18 février 1983 à Boulogne-Billancourt, près de Paris, Nordahl Lelandais arrive à sept ans en Savoie, où il coule une scolarité sans accroc notable jusqu'à un CAP mécanique qu'il ne terminera pas.

A 18 ans, il s'engage dans l'armée pour rejoindre le 132e bataillon cynophile de Suippes, dans la Marne. Il quittera l'armée comme caporal en 2005 pour infirmité, sans avoir convaincu ses supérieurs.

Il revient alors chez ses parents, à Domessin, et enchaîne les petits boulots. Décrit par sa famille comme serviable, les femmes avec qui il a eu des relations un peu durables pointent un homme tantôt très tendre, tantôt menteur et manipulateur, ont résumé les juges d'instruction.

Une expertise psychologique versée à l'instruction relève des "carences affectives" et une "surenchère des excitations" par l'alcool, les drogues ou le sexe.

Une seconde expertise citée dans le dossier Noyer exclut une altération de son discernement au moment des faits, mais souligne "une tendance à la mythomanie", une "très faible tolérance à la frustration" et une "incapacité à éprouver de la culpabilité".

- Bagarre aux motifs flous -

Dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, Arthur Noyer, qui vient de passer la soirée en discothèque, est pris en stop par Nordahl Lelandais à Chambéry.

Ce dernier, qui vient de se faire éconduire par une partenaire sexuelle occasionnelle, a multiplié dans les heures précédentes les allez-retour dans le centre-ville. Pour les juges d'instruction, il était probablement en recherche d'une aventure charnelle.

Lors d'une halte sur un parking de la banlieue de Chambéry, les deux hommes en viennent aux mains pour un motif encore flou. Nordahl Lelandais a reconnu en mars 2018 avoir donné des coups "très violents" à Arthur Noyer à la suite d'un premier coup donné par le militaire.

A l'issue de la bagarre, a-t-il raconté aux enquêteurs, le caporal Noyer est inanimé, Nordahl Lelandais glisse son corps dans le coffre de son Audi grise, puis le dépose sur le bas-côté d'une petite route de montagne à une vingtaine de kilomètres.

Comme dans l'affaire Maëlys, l'accusé récuse toute intention de tuer, une version que n'ont pas retenue les juges d'instruction, qui l'on renvoyé pour homicide volontaire. Mais ils ont exclu, faute de preuve, une préméditation retenue préalablement lors de sa mise en examen pour assassinat.

Le verdict est attendu autour du 12 mai. L'accusé encourt trente ans de réclusion criminelle.