Forêts en proie aux incendies et mer déchaînée: la Corse a subi mardi de plein fouet des vents violents, au lendemain du passage de la tempête Ciara sur le nord de la France où cinq départements restent en vigilance orange "vagues submersions".

La nuit de lundi à mardi a été marquée sur l'île de Beauté par plusieurs départs de feu, notamment à Olmeto-di-Tuda, à une dizaine de kilomètres de Bastia, où le sinistre avait brûlé quelque 250 hectares de végétation en milieu de journée.

Des panaches de fumée étaient visibles depuis les quartiers situés au sud de Bastia, ont constaté des journalistes de l'AFP. En raison des conditions météos, aucun moyen aérien ne pouvait être engagé.

"On a été réveillés à 02H00 du matin par la fumée qui entrait dans la maison", a déclaré à l'AFP Monica Ugolotti, qui habite avec ses deux enfants et son mari sur les hauteurs de Biguglia, à quelques kilomètres du sinistre: "Ce qui nous a fait le plus peur, c'est l'odeur qui était dans la maison et qui nous gênait."

"On reste vigilants, mais on se sent en sécurité parce que les pompiers sont très réactifs. On les voit depuis 02H00 du matin", a-t-elle poursuivi.

- "Anticiper" -

Au poste de commandement des pompiers, installé sur un parking de la zone commerciale de Biguglia, l'un des enjeux essentiels est en effet de tout faire pour protéger si besoin les zones habitées avoisinantes. Dans la matinée, le vent rabattait les fumées en direction de la mer sur la plaine, recouvrant Biguglia et Borgo.

"Notre rôle, c'est d'anticiper en fonction de l'évolution de l'incendie pour sécuriser les populations au cas où il redescende sur les zones habitées", a déclaré à l'AFP le colonel Jean-Jacques Peraldi qui dirige le service de secours et incendie de Haute-Corse.

"La difficulté que l'on a, c'est qu'on a plusieurs +chantiers+ en cours sur le département dont celui de Quenza, commun avec la Corse-du-Sud et qui est toujours actif", a-t-il ajouté.

Plus de 400 personnes sont mobilisées sur les différents incendies qui se sont déclarés sur l'île dans le Cap Corse ou encore à Quenza (Corse-du-Sud), où le feu a débuté il y a une semaine et a ravagé 1.500 hectares. Quarante engins et 180 hommes étaient toujours à pied d'œuvre pour empêcher que les lisières ne se réenflamment. Aucun blessé n'était à déplorer mardi en milieu de journée, ni aucune évacuation ou aucune décision de confinement.

Placée depuis lundi en vigilance orange, l'île de Beauté enregistre des vents soufflant violemment, jusqu'à 219 km/h au sémaphore du Cap Corse, selon Météo France. Le record était de 225 km/h en janvier 2018.

Dans la région bastiaise, les rafales ponctuelles ont atteint en cours de matinée 130 à 160 km/h. Ces vents devraient toutefois faiblir progressivement mardi en cours d'après-midi.

Mardi matin à Bastia, par une température printanière de 21°C, une valse de détritus, branches, sacs plastiques et cartons virevoltait, emportée par les rafales, a constaté une journaliste de l'AFP. Dans les rues, certains piétons étaient déséquilibrés, le mobilier des terrasses entraîné par le vent, scooters et poubelles renversés sur la chaussée.

- Transports perturbés -

Les rafales ont entraîné l'interruption du trafic maritime toute la journée et l'annulation de tous les vols aux aéroports de Bastia et Calvi. Vers 12H00, 1.700 foyers privés d'électricité en Corse, selon EDF.

Sur le continent, des rafales de 100 à 130 km/h étaient attendues dans l'arrière-pays des Alpes-Maritimes. Une quarantaine de pompiers étaient mobilisés contre un incendie à Saint-Vallier-de-Thiey, où une famille de quatre personnes a été mise en sécurité.

Plus au nord encore, au lendemain de la tempête Ciara, qui a balayé un tiers nord de la France dans la nuit de dimanche à lundi, cinq départements restaient mardi en milieu de matinée en vigilance orange "vagues submersions": l'Ille-et-Vilaine, la Manche, le Pas-de-Calais, la Somme et la Seine-Maritime.

Plusieurs milliers de foyers étaient par ailleurs toujours privés d'électricité mardi matin dans les Hauts-de-France et l'Est du pays.

La tempête Ciara, qui sévissait mardi matin en direction de la Mer de Norvège, a fait au moins sept morts en Europe et plusieurs blessés, entraînant des centaines d'annulations de vols et de trains.