Floride, Géorgie, Caroline du Nord: les résultats partiels dans plusieurs Etats-clés laissaient présager mardi soir une duel serré entre Donald Trump et Joe Biden, deux candidats aux antipodes dans un pays traversé par des crises sanitaire, économique et sociale d'une ampleur historique.

Selon les estimations du New York Times, le président républicain était cependant en bonne posture pour remporter le "Sunshine State" qu'il avait déjà décroché en 2016. Si cette tendance se confirmait, il garderait intactes ses chances de décrocher un second mandat.

Mais la route était encore longue: il devra encore gagner la plupart des Etats disputés qui avaient voté pour lui de justesse en 2016 mais où il était en retard dans les intentions de vote, dont, probablement, la Pennsylvanie.

Et en début de soirée, son rival démocrate pouvait toujours par ailleurs espérer engranger de précieux grands électeurs dans l'Ohio ou même au Texas.

Sans surprise, les deux candidats septuagénaires ont engrangé une série d'Etats qui leur était promis. L'Indiana, le Kentucky, la Virginie occidentale, l'Arkansas et le Tennessee pour Donald Trump. Le Vermont, la Virginie, le New Jersey, le Massachusetts, le Delaware ainsi que la capitale fédérale Washington pour Joe Biden.

Le pays, à cran sous l'effet conjugué de la pandémie et d'une campagne particulièrement agressive, se préparait à une longue nuit, sauf en cas de victoire très nette de Joe Biden, 77 ans, favori des sondages depuis des mois.

- Ton mesuré de Trump -

Dans un tweet envoyé en début de soirée depuis la Maison Blanche, Donald Trump a affiché sa confiance, affirmant que les choses se présentaient "très bien" pour lui à travers le pays.

Quelques heures plus tôt, lors d'une visite à un QG de campagne républicain dans la banlieue de Washington, il avait cependant adopté un ton beaucoup plus mesuré: "C'est de la politique, c'est une élection, on ne sait jamais".

La voix fatiguée par une fin de campagne qui l'a vu enchaîner les meetings à un rythme effréné, le milliardaire de 74 ans a même, fait rare, évoqué une possible défaite: "Gagner est facile, perdre n'est jamais facile. Pour moi, ça ne l'est pas".

Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, a refusé lui, "par superstition", de se livrer à des pronostics.

Le vieux routier de la politique s'est toutefois dit "confiant", encouragé par la forte participation des jeunes, des femmes et des Afro-Américains, qui forment le coeur de son électorat.

- "Virer Trump" -

Après une campagne beaucoup plus discrète que celle de son adversaire, le démocrate a sillonné mardi l'Etat-clé de Pennsylvanie, où il est né, effectuant une sorte de pèlerinage dans les lieux de son enfance.

"De cette maison à la Maison Blanche, par la grâce de Dieu", a-t-il écrit sur les murs du domicile de Scranton où il a passé ses jeunes années.

Dans tout le pays, les démocrates qui se sont rendus aux urnes pour l'élire semblaient surtout motivés par leur rejet de l'impétueux président.

"Je veux virer Trump", confiait Veronica Castro, une éducatrice de 37 ans croisée à Easton, en Pennsylvanie. "Il n'y a pas moyen: on ne va pas passer quatre ans de plus avec lui!"

A l'inverse, Roberto Montesinos, un Américain d'origine hondurienne de 71 ans, a fièrement voté pour Donald Trump à Miami: "la pandémie n'est pas de sa faute, celui qui dit ça est un ignorant!", a-t-il lancé en assurant "gagner plus" aujourd'hui qu'il y a quatre ans.

Partout les électeurs se méfiaient de l'attitude du camp adverse. "Trump va faire tout ce qui est en son pouvoir pour gagner, c'est effrayant", estimait Megan Byrnes-Borderan, une New-Yorkaise démocrate de 35 ans.

- "Des plans sur la comète" -

Le vote par correspondance, qui a atteint un niveau record, risque de retarder le dépouillement, les bulletins pouvant arriver dans les jours suivant le scrutin dans plusieurs Etats.

Signe tangible des angoisses d'un pays divisé à l'extrême, les commerces de plusieurs grandes villes, dont Washington, Los Angeles ou New York, se sont barricadés en prévision de possibles violences post-électorales.

A New York, devant la célèbre Trump Tower, un impressionnant dispositif de sécurité a été déployé.

Mais alors que le vote s'est déroulé globalement sans encombre, la Bourse a terminé en forte hausse, manifestant une certaine confiance des marchés.

- "L'Amérique d'abord" -

Pendant des mois, Donald Trump a agité le spectre d'une "gauche radicale" prête à transformer la première puissance mondiale en un "Venezuela à grande échelle".

Joe Biden, soutenu par Barack Obama, multiplie les mises en garde contre les conséquences potentiellement dévastatrices sur les institutions démocratiques d'un second mandat Trump, étrillé comme "le pire président" de l'histoire récente des Etats-Unis.

Ce pur représentant de l'aile modérée du parti démocrate a aussi fait de l'élection un référendum sur la gestion de la pandémie par le républicain.

Donald Trump n'a cessé d'être rattrapé par cette crise sanitaire, qu'il s'est toujours efforcé de minimiser. Jusqu'à être lui-même contaminé et hospitalisé, début octobre.

"Je suis guéri" et "immunisé", martèle-t-il depuis en vantant sa forme éclatante et en moquant celle de son rival.

Par contraste, Joe Biden paraît en effet plus fragile. Prompt aux gaffes, cet ancien bègue a encore semblé confus mardi lors d'une prise de parole à Philadelphie, mélangeant ses petites-filles et semblant présenter aux personnes autour de lui son fils Beau, décédé en 2015.

- Etats-clés -

La pandémie a toutefois permis à Joe Biden d'éviter une trop grande exposition médiatique et il devrait, à en croire les sondages, gagner le vote populaire.

Les chances du président ne sont pas nulles pour autant. Pour l'emporter, un candidat n'a pas besoin d'être majoritaire en voix au niveau national: il doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs attribués au niveau des Etats.

Au-delà de la carte électorale, les regards se tourneront vite vers la Maison Blanche. Avec une question: si la tendance se confirme, le président-candidat reconnaîtra-t-il sa défaite rapidement?

Pendant la campagne, il a refusé de s'y engager, agitant sans preuve le spectre de prétendues fraudes facilitées par le vote par correspondance choisi par un nombre record d'électeurs en raison des risques sanitaires.