Après Nice et Dunkerque, reconfinés le week-end pour contrer la flambée de Covid-19, le gouvernement doit se pencher sur une dizaine de départements qu'il juge "préoccupants", dans une crise sans fin où le seul espoir semble être la vaccination.

Le Premier ministre Jean Castex et celui de la Santé Olivier Véran étaient attendus jeudi à l'heure du couvre-feu, 18h, pour annoncer lors d'une conférence de presse de nouvelles concertations avec les élus dans ces départements où la situation épidémique "est très préoccupante", selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. D'après Matignon, ils devraient aussi aborder la question des traitements contre le Covid-19, alors que le gouvernement a déjà évoqué la piste des anticorps monoclonaux, censés épauler le système immunitaire pour neutraliser le coronavirus.

Outre les Alpes-Maritimes et le Nord, onze départements métropolitains connaissent un taux d'incidence supérieur à 250 cas pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours, au-dessus du seuil d'alerte maximale défini par les autorités sanitaires, dans les régions Hauts-de-France, Ile-de-France et Grand Est, confrontées à des proportions plus importantes de variants britannique, sud-africain ou brésilien du virus.

Avec la fin des vacances et le retour des enfants à l'école lundi, la mairie de Paris craint "une explosion des chiffres" dans la capitale, a déclaré à l'AFP Anne Souyris, adjointe à la Santé de la maire Anne Hidalgo. En Ile-de-France, le taux d'incidence a encore bondi de 280 à 301 cas pour 100.000 habitants sur sept jours entre dimanche et lundi, selon les derniers chiffres diffusés jeudi par l'Agence régionale de santé.

- situation "dégradée" -

Parmi les territoires concernés figure aussi la Moselle, où le gouvernement a annoncé que des tests PCR négatifs de moins de 72 heures seraient exigés dès lundi pour les frontaliers qui reviennent d'Allemagne sans motif professionnel. Pour les non-frontaliers, ce test est déjà réclamé pour toute entrée en France en provenance d'un pays de l'UE.

"Ce qui est inquiétant à l'échelle du Grand Est, c'est que la baisse de la circulation virale s'est arrêtée, donc je pense que dans deux à trois semaines, les questions se poseront de manière différente", a souligné sur France Inter le président de la région Grand Est, Jean Rottner. Pour autant, il n'a pas demandé un nouveau reconfinement en Moselle, jugeant la situation "relativement stable" pour le département.

Au niveau national, Santé publique France a annoncé mercredi avoir enregistré plus de 31.519 cas positifs en 24 heures, un chiffre à prendre avec précaution car il peut comprendre des rattrapages de cas détectés les jours précédents, mais au plus haut depuis mi-novembre. Selon des données plus consolidées, il y a eu 138.771 personnes testées positives la semaine dernière, contre 128.662 la précédente.

"La situation épidémique se dégrade dans notre pays", a déploré mercredi Olivier Véran à Dunkerque, soulignant que "le nombre de diagnostics augmente désormais jour après jour". Parmi les dommages collatéraux, les amateurs de rugby devront se passer dimanche du match du Tournoi des six nations France-Ecosse, reporté après la détection jeudi d'un nouveau cas de Covid-19 dans les rangs des Bleus, soit le douzième joueur depuis le début de la semaine passée.

Si les contaminations repartent à la hausse en France, ce sera dans un contexte où la charge hospitalière est déjà élevée, avec toujours plus de 25.000 patients hospitalisés (contre plus de 33.000 et 32.000 aux pics des deuxième et première vague), dont plus de 3.400 dans des services de réanimation, où sont soignés les malades les plus gravement atteints.

- Baisse des morts en Ehpad -

Le nombre de malades en réanimation reste loin des records de l'automne (4.900) et du printemps (7.000), mais la progression de la vaccination en France ne sera pas suffisante, sans restrictions supplémentaires, pour éviter un bond des hospitalisations à un niveau supérieur au pic de la première vague, préviennent les modélisateurs de l'Institut Pasteur dans une étude publiée mercredi.

Jeudi, la campagne vaccinale a entamé une nouvelle étape avec la possibilité pour les médecins de ville d'injecter l'un des trois antidotes autorisés en France, celui d'AstraZeneca, pour les 50-64 ans atteints de comorbidités, soit 2 millions de personnes.

"J'étais patiente mais j'avais un peu hâte aussi car je suis une personne à risque (...) Quand les beaux jours reviendront, il y aura beaucoup de candidats au vaccin, croyez-moi !", a assuré l'une des patientes à Olivier Véran, en visite avec Jean Castex dans une maison de santé du XXe arrondissement parisien où avaient lieu les premières piqûres.

Dans les Ehpad, cible prioritaire de la campagne, le taux de couverture vaccinale avec deux doses atteint désormais 50% (80% pour la première dose) et le nombre de décès, enregistré deux fois par semaine, connaît une baisse sensible, avec 121 morts mardi (contre 235 une semaine plus tôt).

Au total, 2,6 millions de personnes ont reçu au moins une dose, dont 1,3 million de personnes ont été vaccinées avec les deux doses.

Depuis le début de l'épidémie, 85.347 personnes atteintes du Covid-19 sont mortes, à l'hôpital ou en Ehpad, en très grande majorité des personnes âgées. Et le nombre de naissances a lui chuté de 13% en janvier 2021, neuf mois environ après le premier confinement, par rapport à janvier 2020 (53.900 contre 62.180), une baisse inédite depuis 1975 qui "pourrait être liée" à la pandémie de Covid-19, selon l'Insee.