Couvre-feu avancé ? Réouverture des lieux culturels repoussée ? Déplacements limités ? A quinze jours de Noël, Jean Castex doit trancher jeudi entre une confirmation du déconfinement au 15 décembre ou le maintien de certaines restrictions exigées par la situation sanitaire.

Comme chaque jeudi, la conférence de presse du gouvernement sur la crise du Covid-19, prévue à 18H00, sera suivie avec une certaine angoisse par les Français qui se demandent à quoi ressembleront leurs fêtes de fin d'année.

Alors que le nombre de nouveaux cas détectés chaque jour semble atteindre un plateau plus de deux fois supérieur à l'objectif de 5.000 cas fixé par Emmanuel Macron pour entrer dans la phase 2 du déconfinement, l'exécutif a beaucoup insisté sur ce seuil ces derniers jours, semblant préparer les esprits à un déconfinement plus restrictif qu'envisagé.

Un discours qui fait redoubler d'inquiétude cinémas, théâtres et musées, obnubilés par une réouverture prévue pour l'heure au 15 décembre.

Le "calendrier peut-être va glisser sur certains sujets; je sais les conséquences difficiles que cela a", a souligné Christophe Castaner, le patron des députés LREM, jeudi sur Radio Classique.

Mais "on garde une boussole, et la boussole, c'est la santé des Français", a relevé le délégué général de LREM Stanislas Guerini sur Public Sénat.

Fin octobre, Emmanuel Macron avait conditionné la phase 2 du déconfinement à plusieurs critères, dont le seuil de 5.000 cas détectés par jour. Or, même si le pic de 60.000 cas de la deuxième vague, fin octobre-début novembre, est loin, l'objectif s'éloigne un peu plus chaque jour: 14.595 cas positifs ont été enregistrés mercredi, soit le total le plus élevé depuis le 25 novembre.

- Moment critique des fêtes -

Emmanuel Macron a-t-il été trop optimiste ? "La science n'est pas exacte quand elle fait de la projection", fait valoir Christophe Castaner.

"Tous les éléments convergent pour dire que soit on va avoir une troisième vague, soit quelque chose qui peut être plus préoccupant: un plateau", a souligné Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris, sur BFMTV.

Plusieurs options ont été étudiées lors d'un nouveau Conseil de défense mercredi et une réunion avec plusieurs ministres dans la soirée à Matignon.

"Il est possible que l'ouverture des activités culturelles soit reportée", dit un ministre. "Il pourrait être aussi décidé un couvre-feu avancé", plus tôt que l'horaire initial de 21H00, ajoute-t-il, en notant en revanche qu'"il paraît difficile que les allégements annoncés sur les fêtes soient remis en cause".

La principale crainte du gouvernement est que la circulation du virus ne soit pas assez basse au moment critique de Noël et du jour de l'An, faisant courir le risque d'un redémarrage de l'épidémie.

Alors que la lassitude s'installe malgré l'espoir du vaccin, l'exécutif doit également faire face à la défiance des Français: seuls 36% font confiance au gouvernement pour lutter efficacement contre l'épidémie selon un sondage Elabe, soit 12 points de moins qu'il y a deux semaines.

- "Les Français n'en peuvent plus" -

Les nouvelles ne sont cependant pas toutes mauvaises. Un autre critère retenu par Emmanuel Macron pour déconfiner, le nombre de patients en réanimation semble en passe d'atteindre la cible de 2.500 à 3.000: mercredi, il a continué de diminuer légèrement, à 3.031 contre 3.478 il y a une semaine.

Dans l'opposition, Les Républicains et le Rassemblement national appellent le gouvernement à faire confiance aux Français et à déconfiner comme prévu.

"Les Français sont responsables", et "n'en peuvent plus", a souligné Annie Genevard, vice-présidente LR de l'Assemblée nationale, sur Sud Radio. Marine Le Pen a dit sur Franceinter qu'il fallait arrêter de "traiter les Français de cette manière qui devient véritablement insupportable".

"C'est quand la mer du Covid va se retirer qu'on va découvrir" l'ampleur des conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire, a aussi alerté l'ex-président socialiste François Hollande sur France 2.

Ailleurs en Europe, la chancelière allemande Angela Merkel défend notamment la fermeture au plus tard entre Noël et la mi-janvier de tous les magasins non-alimentaires et des écoles. En Suisse aussi la situation se dégrade, et au Luxembourg et en Belgique, les restrictions devraient durer jusqu'à janvier au moins.