Premières vaccinations contre le Covid-19 "dès la dernière semaine de décembre", mais pas avant "la fin du printemps" pour la population non prioritaire: Jean Castex a dévoilé mercredi la stratégie vaccinale du gouvernement, en promettant la "transparence" pour susciter la "confiance".

Les exposés du Premier ministre et du ministre de la Santé, Olivier Véran, devant les députés ont été suivis d'un débat sans vote. Le même exercice aura ensuite lieu jeudi devant le Sénat, à majorité de droite.

Conscient qu'il "ne faut pas rater ce virage" des vaccins, après avoir connu des cafouillages sur les tests et les masques, Jean Castex a expliqué conditionner le coup d'envoi de la campagne vaccinale à l'autorisation de mise sur le marché de l'Agence européenne du médicament, "attendue pour le 21 décembre", et à un avis de la Haute autorité de santé rendu "dans la foulée".

La France sera livrée "d'ici la fin de l'année" d'environ 1,16 million de doses de vaccin contre le Covid-19, a précisé le Premier ministre, puis "677.000 doses supplémentaires autour du 5-6 janvier" et "environ 1,6 million de doses en février".

La "première phase s'échelonnera sur une période de six à huit semaines, pour tenir compte du délai de 21 jours" entre les deux injections nécessaires à la vaccination, a ajouté le Premier ministre. Elle concerne "les personnes les plus âgées accueillies dans des établissements comme les Ehpad", soit environ un million de Français

Une deuxième phase concernant les personnes présentant un facteur de risque ainsi que certains professionnels de santé, environ 14 millions de personnes, doit avoir lieu autour de début mars.

"Ça n'est qu'à la fin du printemps que nous ouvrirons la vaccination à l'ensemble de la population", a encore prévenu Jean Castex, un léger glissement alors qu'il avait indiqué il y a deux semaines vouloir initier cette phase "à partir du printemps".

Alors que la Grande-Bretagne a déjà lancé sa campagne de vaccination et que les Etats-Unis l'ont fait lundi, l'Agence européenne des médicaments avait donné un coup d'accélérateur en annonçant mardi, sous pression de l'Allemagne, qu'elle se pencherait finalement le 21 décembre - une semaine plus tôt que prévu - sur l'autorisation du vaccin Pfizer-BioNTech.

Mais la défiance est particulièrement forte en France, où 59.361 personnes sont mortes du Covid-19 depuis le début de l'épidémie (dont 292 ces dernières 24 heures). Selon un sondage de l'agence sanitaire Santé publique France, seule la moitié (53%) des personnes interrogés en novembre veut se faire vacciner, contre deux tiers (64%) en juillet, un chiffre parmi les plus faibles au monde.

- Consultation médicale avant l'injection -

Face à ce sujet sensible qui met l'exécutif sous pression, Jean Castex a affirmé que la stratégie vaccinale hexagonale reposait sur les principes de "confiance" et "transparence".

"Il nous faut rappeler que si un vaccin est autorisé, ça n'est qu'au terme d'une procédure rigoureuse d'essais et d'évaluations, à la fois européenne et nationale", a martelé le Premier ministre.

Olivier Véran a abondé, opposant "la rigueur de la science" à "l'illusion que peut procurer la magie et ses solutions simplistes et à laquelle pourtant nombre de scientifico-sceptiques se réfèrent pourtant souvent".

Le chef du gouvernement a précisé qu'une consultation médicale sera proposé en amont de l'acte de vaccination, lequel devant être lui-même fait sous une supervision médicale. "Aucune vaccination n'aura lieu sans que le consentement éclairé ait pu être exprimé", a assuré le Premier ministre.

Les députés ont toutefois fait part de leurs "doutes", après le discours du Premier ministre: le socialiste Gérard Leseul a réclamé "une déclaration obligatoire des intérêts privés des personnes concernées et actives dans les différents comités" associés à la stratégie vaccinale, alors que le groupe de La France insoumise a demandé la "transparence sanitaire" sur la "sécurité des vaccins"

"Notre campagne vaccinale doit être irréprochable", a exhorté le LREM Thomas Mesnier alors que l'UDI Valérie Six demande de "faire confiance aux territoires" et aux élus locaux pour une "déclinaison territoriale de la stratégie vaccinale".

De nombreux élus comme le LR Jean-Pierre Door ont souligné le "défi logistique" du stockage et de la conservation des vaccins, alors que de nombreux députés d'opposition ont appelé à ne pas reproduire les "couacs" des tests et des masques, les députés PS doutant même "fortement" que la vaccination puisse débuter fin décembre.

Jean Castex a prévenu que "le début de la campagne vaccinale ne va pas marquer la fin de l'épidémie" et, qu'à ce titre, les campagnes de tests et les incitations à l'isolement se poursuivront dans ces prochains mois.

Dans ce cadre, M. Castex a indiqué que la France disposait à l'heure actuelle d'une "capacité de dépistage pouvant monter jusqu'à trois millions de tests par semaine".

"Nous allons encore renforcer les moyens alloués au traçage des cas, en permettant le recrutement supplémentaire de 4.000" emplois temps plein pour l'Assurance-maladie, a-t-il ajouté.

Enfin, conformément à ce qu'il avait promis, M. Castex a précisé que "1.500 infirmiers libéraux et 3.000 accompagnateurs sociaux" seraient mobilisés chaque jour pour rendre visite aux personnes malades et qui décideraient de s'isoler.

La France, sortie mardi d'un deuxième confinement remplacé par un couvre-feu nocturne depuis 20H00, enregistre pour la semaine écoulée une moyenne d'environ 12.000 nouveaux cas positifs chaque jour, bien au-delà de l'objectif des 5.000 cas quotidiens fixé par l'exécutif.