Alors que les chiffres de l'épidémie remontent et que le variant anglais du Covid atteint désormais la moitié des contaminations, Jean Castex est resté fidèle jeudi aux mesures territorialisées en plaçant 20 départements en "surveillance renforcée".

Lors d'une conférence de presse à 18H00 au côté du ministre de la Santé Olivier Véran, le Premier ministre a adopté un ton grave pour déclarer que "la situation sanitaire de notre pays s'est dégradée".

Il a cité les 30.000 déclarations de cas mercredi, "un chiffre que nous n'avions pas atteint depuis novembre" 2020. La faute notamment au variant anglais du virus, qui représente désormais "à peu près la moitié" des cas positifs.

Si Jean Castex n'a annoncé aucun confinement national, qu'il "faut tout faire pour retarder", il a décrété le placement en "surveillance renforcée" de 20 départements. Ils recouvrent toute l'Ile-de-France, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, l'Oise, le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, la Drôme, la Moselle, la Meurthe-et-Moselle ou encore l'Eure-et-Loir.

Ces territoires pourront faire l'objet de mesures de confinements locaux à partir du week-end du 6 mars si la situation continuait à se dégrader, après "concertations avec les élus", a ajouté le chef du gouvernement.

Niveau d’incidence autour de 250 cas pour 100.000 habitants, part de variant "supérieure à 50%", pression hospitalière "proche du seuil critique" et "circulation virale qui commence à s’accélérer sérieusement" ont présidé à leur désignation.

"Nous avons fait le choix de la territorialisation", a-t-il résumé. Et "s'il y a lieu au cas par cas de prendre des mesures complémentaires, nous nous adapterons à la réalité".

"La seule chose que j'ai compris, c'est que le mantra présidentiel va être appliqué : +il ne faut pas que l'on dise que l'on a confiné le pays+", a réagi sur BFMTV Gilbert Deray, chef du service néphrologie à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière.

"On aurait dû faire comme l'Italie et la Grande-Bretagne, fermer pendant six semaines", a-t-il ajouté. Le député France insoumise François Ruffin a, lui, pesté contre un "pouvoir autoritaire et solitaire" qui n'a "rien à dire".

Le Premier ministre a justifié la décision de ne pas reconfiner depuis janvier, qui "nous a permis de gagner du temps" pour vacciner davantage et préserver l'économie. Mais elle a "une contrepartie: être extrêmement réactif aux premiers signes de reprise" de l'épidémie.

"Le vrai sujet majeur c'est la fermeture des établissements scolaires. C'est la dernière extrémité à laquelle nous ne souhaitons pas parvenir", a-t-il ensuite précisé, en marge de la conférence. "Sans jurer que cela n'arrivera pas".

Plus généralement, l'évolution de l'épidémie "ne nous permet pas, à ce jour, d'envisager des mesures de relâchement", a-t-il souligné lors de la conférence.

- Notes "d'espoir" -

Olivier Véran a pour sa part expliqué que le pays n'était pas en proie à une "croissance fulgurante" de l'épidémie obligeant à "des mesures en catastrophe", mais à "une croissance lente, une croissance réelle et avec encore des choses qu'on n'explique pas complètement".

Le ministre de la Santé a adressé une forme de rappel à l'ordre aux soignants réticents à se faire vacciner: "Ca me pose, je vous le dis, un problème comme ministre, comme médecin, comme citoyen, il y a presque une question éthique derrière, donc vraiment il faut se faire vacciner".

Jean Castex a voulu adresser des notes "d'espoir nous permettant d'envisager le retour à la vie normale" dans plusieurs mois, avec un cap fixé "à la fin du printemps". Selon lui, l'impact de la campagne vaccinale, dont les chiffres modestes ont suscité les critiques, "commence à se faire sentir dans la population la plus âgée".

"A la mi-mai, la totalité des personnes de plus de 50 ans se seront vu proposer une première injection" contre le Covid-19, a-t-il promis.

Le dépistage s'est par ailleurs "amélioré". Et Olivier Véran a annoncé que la France a commandé "des dizaines de milliers de doses d'anticorps monoclonaux d'une génération supérieure", attendus "à la mi-mars". Ces anticorps de synthèse sont censés épauler le système immunitaire pour neutraliser le coronavirus.

Selon des données plus consolidées de Santé publique France, il y a eu 138.771 personnes testées positives la semaine dernière, contre 128.662 la précédente.

Si les contaminations repartent à la hausse en France, ce sera dans un contexte où la charge hospitalière est déjà élevée, avec toujours plus de 25.000 patients hospitalisés (contre plus de 33.000 et 32.000 aux pics des deuxième et première vague), dont plus de 3.400 dans des services de réanimation, où sont soignés les malades les plus gravement atteints.

- Baisse des morts en Ehpad -

Le nombre de malades en réanimation reste loin des records de l'automne (4.900) et du printemps (7.000), mais la progression de la vaccination en France ne sera pas suffisante, sans restrictions supplémentaires, pour éviter un bond des hospitalisations à un niveau supérieur au pic de la première vague, préviennent les modélisateurs de l'Institut Pasteur dans une étude publiée mercredi.

Jeudi, la campagne vaccinale a entamé une nouvelle étape avec la possibilité pour les médecins de ville d'injecter l'un des trois antidotes autorisés en France, celui d'AstraZeneca, pour les 50-64 ans atteints de comorbidités, soit 2 millions de personnes.

Dans les Ehpad, cible prioritaire de la campagne, le taux de couverture vaccinale avec deux doses atteint désormais 50% (80% pour la première dose) et le nombre de décès, enregistré deux fois par semaine, connaît une baisse sensible, avec 121 morts mardi (contre 235 une semaine plus tôt).

Au total, 2,6 millions de personnes ont reçu au moins une dose, dont 1,3 million de personnes ont été vaccinées avec les deux doses.

Depuis le début de l'épidémie, 85.347 personnes atteintes du Covid-19 sont mortes, à l'hôpital ou en Ehpad, en très grande majorité des personnes âgées.