Des millions de doses, conservées à -70°C dans de la neige carbonique, envoyées aux quatre coins des Etats-Unis: une gigantesque opération logistique se déroulait dimanche pour distribuer les premiers vaccins anti-Covid Pfizer/BioNTech, en vue de les administrer dès lundi aux Américains.

Ce dispositif impressionnant reflète le sentiment d'urgence dans la première puissance économique mondiale, où le bilan devrait franchir dans les prochaines heures le sombre seuil de 300.000 personnes déjà décédées du Covid-19, l'équivalent de la population d'une ville comme Cincinnati.

Un ballet de camions chargés de milliers de doses de vaccins, conditionnées dans des cartons contenant jusqu'à 4.725 doses chacun, ont quitté sous les applaudissements l'usine Pfizer de Kalamazoo, dans le Michigan, vers les plateformes des sociétés de transport UPS et FedEx, chargées de la distribution.

Pfizer estime que 20 avions transporteront ses vaccins quotidiennement, pour les acheminer dans tout le pays, notamment jusque dans la tribu amérindienne Navajo, très éprouvée par la pandémie.

- Dès 16 ans -

Le but: livrer le premier lot de doses du vaccin Pfizer dans les 24 heures à tous les hôpitaux et autres sites qui l'auront demandé et vacciner les premiers Américains dans la foulée.

Cette première phase concerne environ trois millions de personnes.

"La vaccination devrait commencer dès lundi", a déclaré dimanche dans un communiqué le directeur des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), Robert Redfield.

Son agence fédérale a émis une recommandation pour l'utilisation du vaccin auprès des Américains dès l'âge de 16 ans. Elle conseille que les pensionnaires des maisons de retraite (trois millions de personnes) et les professionnels du secteur de la santé (21 millions) soient prioritaires.

"Nous sommes à moins de 24 heures du début de la fin du virus", s'est réjoui sur Twitter Andy Beshear, le gouverneur du Kentucky, qui a reçu dimanche les premières livraisons et a confirmé que dans cet Etat les injections débuteraient lundi matin.

Sur les 6,4 millions de doses déjà disponibles au niveau national, la moitié sera livrée immédiatement, l'autre moitié réservée pour la seconde dose trois semaines plus tard, par précaution.

Le vaccin Pfizer, dont le gouvernement américain a pré-acheté 100 millions de doses, est efficace à 95%, ce qui signifie qu'il réduit d'autant les chances de contracter le Covid-19. Il a déjà commencé à être administré au Royaume-Uni.

- "Un enfer" -

Mais, face à cette bonne nouvelle, les autorités craignent que les Américains ne baissent la garde. Le pays ne cesse d'enregistrer des records de contaminations, dépassant régulièrement les 200.000 cas et 2.500 voire 3.000 décès quotidiens.

Contrairement à la première vague du printemps --jamais vraiment retombée-- puis au rebond enregistré cet été, la flambée actuelle concerne cette fois le pays dans son intégralité.

Les Etats-Unis sont le pays le plus endeuillé par la coronavirus avec plus de 16 millions d'infections recensées et plus de 298.000 morts -- un bilan sous-estimé en raison du manque de tests au début de la pandémie.

Malgré de premières vaccinations dans son Etat prévues mardi, le gouverneur du New Jersey Phil Murphy a dit dimanche s'attendre à un "enfer" les prochaines semaines, exhortant les Américains à faire l'impasse sur les grands rassemblements familiaux pendant la période des fêtes.

Car pour atteindre une immunité collective, synonyme d'un retour à la normale, entre 75% et 80% de la population américaine doit être vaccinée, préviennent les experts. Ce qui n'arrivera pas avant "mai ou juin", selon Moncef Slaoui, conseiller scientifique de l'opération gouvernementale de coordination des vaccinations.