Au lendemain d'une première soirée sous cloche, avec un couvre-feu avancé à 18H00 dans tout le pays, la France se prépare à élargir lundi la vaccination contre le Covid-19 pour tenter de gagner une rude bataille contre le virus qui a déjà fait plus de 70.000 morts.

L'ensemble du territoire métropolitain a expérimenté samedi le couvre-feu vespéral, en vigueur jusque-là dans 25 départements, sans encombre majeur, hormis une soirée clandestine dans la banlieue de Grenoble à laquelle la police a mis fin.

Au total, le ministère de l'Intérieur a indiqué avoir dressé 5.900 PV pour non-respect du couvre-feu samedi soir.

Les dérogations restent les mêmes qu'auparavant (déplacements professionnels, rendez-vous médical, motif impérieux...) mais les commerces, déjà fortement éprouvés depuis près d'un an, doivent baisser le rideau à 18H00.

Une mesure destinée à "réduire encore davantage" les contacts sociaux et qui durera "au moins 15 jours", dixit le Premier ministre Jean Castex. Un nouveau confinement décidé "sans délai" en cas de "dégradation épidémique forte" n'est toutefois pas à exclure.

- Quatre cas de variant à Mayotte -

Car le pays fait face à la menace de nouveaux variants - britannique et sud-africain - plus contagieux, qui ont déjà forcé plusieurs pays européens à se reconfiner.

Un cas du variant sud-africain a été détecté à La Réunion, ont annoncé la préfecture et l'agence régionale de santé dimanche. A Mayotte, ce sont quatre cas qui ont été confirmés, conduisant les autorités à suspendre les liaisons maritimes et aériennes internationales pour 15 jours à partir de dimanche.

Alors que les services de réanimation, qui accueillent les patients gravement atteints, ne désemplissent pas, avec 2.766 malades dimanche et 136 nouvelles admissions en 24 heures, une "poussée" de l'épidémie est probable en mars, a prévenu Arnaud Fontanet, épidémiologiste membre du conseil scientifique.

"Malheureusement, par rapport aux variants, qui sont vraiment un changement dans la donne de cette épidémie, je n'ai pas d'argument rationnel pour vous dire qu'on ne va pas subir une progression de l'épidémie qui pourrait commencer en mars-avril", a-t-il expliqué dans l'émission Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

Dimanche, la maladie a tué 141 personnes, portant le bilan total des décès à 70.283, selon Santé publique France.

Pour tenter d'enrayer l'épidémie, la course contre la montre se poursuit pour vacciner la population, après un démarrage poussif et critiqué.

Lundi, la campagne va s'élargir aux personnes de plus de 75 ans ne vivant pas en Ehpad (5 millions de personnes), ainsi qu'à près de 800.000 personnes présentant des pathologies à "haut risque" (insuffisances rénales chroniques, cancer sous traitement...).

- Accélérer la production -

Signe de l'engouement pour le précieux sérum, plus d'un million de rendez-vous pour les deux injections avaient été pris dès vendredi, alors que 833 centres étaient "ouverts et accessibles à la réservation", selon le ministre de la Santé Olivier Véran.

Ce dernier a invité à la "patience" alors que déjà 6,4 millions de personnes sont appelées à se faire vacciner - résidents d'Ehpad et soignants inclus. Selon lui, "plus d'un million de vaccinations seront réalisées" d'ici fin janvier, entre 2,4 et 4 millions d'ici fin février.

Mais, alors que 422.127 personnes ont reçu la précieuse première injection à la date de dimanche, des critiques continuent de se faire entendre dans l'opposition et le monde médical.

"Au rythme actuel de livraison, il faudra plus de 4 mois et demi pour vacciner les seules personnes de plus de 75 ans", ont raillé samedi les maires de Dijon et Besançon.

"Il n'y a pas assez de vaccins pour tout le monde", a souligné Jacques Battistoni, président du syndicat de généralistes MG France dans le Journal du dimanche. Prédisant "un faux début" lundi, il a reproché au gouvernement de ne pas lancer une campagne de masse, mais "d'organiser des files d'attente!"

En visite à Lyon samedi, Jean Castex a reconnu que les plus de 75 ans ne pourraient pas être vaccinés "en quelques jours".

Côté doses, après des sueurs froides la veille liées à l'annonce d'une baisse de cadence "pour trois à quatre semaines", le groupe américain Pfizer, associé au laboratoire allemand BioNTech, a annoncé samedi un "plan" pour accélérer la production et revenir au calendrier initial de livraisons à l'UE "à partir de la semaine du 25 janvier".