Confronté à la menace de variants plus contagieux du Covid-19, le gouvernement souhaite avancer le couvre-feu dans une dizaine de nouveaux départements, mais des élus locaux grondent contre ce tour de vis supplémentaire dont ils contestent l'efficacité.

En déplacement à Tarbes (Hautes-Pyrénées), le Premier ministre Jean Castex a annoncé l'avancement du couvre-feu à 18H00 dans huit nouveaux départements, défendant des "mesures difficiles mais nécessaires" face à une "épidémie (qui) ne faiblit pas oui qui se renforce dans certaines zones du territoire".

En plus du Bas-Rhin, cette mesure va donc s'appliquer à partir de dimanche dans le Cher, l'Allier, en Côte-d'Or ainsi que dans le Haut-Rhin, ont annoncé samedi les préfectures concernées.

Ces départements rejoignent les quinze, principalement de l'est de la France, qui sont déjà soumis à cette mesure depuis une semaine tandis que le reste du territoire connaît un couvre-feu à 20H00.

La Haute-Savoie conserve, elle, l'horaire de 20H00. Des décisions sont encore attendues pour les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence et l'Yonne.

A Marseille, faisant fi des clivages politiques, la mairie, à gauche, et la région, à droite, ont dénoncé d'une même voix la mesure, qui, selon eux, n'a pas prouvé son efficacité. Vendredi, "il y a eu une réunion de concertation avec les élus locaux et le préfet est toujours en phase de concertation. Il a fait des remontées au Premier ministre", a indiqué à l'AFP la préfecture.

- Efficacité ?-

Même tonalité du côté du président des maires du Vaucluse, Jean-François Lovisolo: "On est très réservé sur l’utilité d’une telle mesure sur le plan sanitaire dans les zones péri-urbaines et rurales du département. A 18H, la population à risque est déjà chez elle et on va mettre en difficulté les commerçants, les restaurants qui font de la vente à emporter, les stations-service, les boulangeries", a-t-il déclaré à l'AFP.

Pour le gouvernement, la mise en place d'un couvre-feu, appliqué pour la première fois fin octobre, a permis de ralentir les contaminations. Elle n'a toutefois pas empêché un deuxième confinement, soulignent ses détracteurs.

Le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Eric Caumes, ne cache pas son scepticisme: "Je suis pas sûr que ce soit très efficace mais on verra bien. Personnellement, je n'y crois pas mais on verra", a-t-il déclaré samedi matin sur franceinfo.

En attendant, une opération de dépistage massif était en cours samedi à Bagneux, en banlieue parisienne, où une personne a été testée positive au variant britannique.

Fait préoccupant: selon le ministère de la Santé, la personne testée travaillant dans deux établissements scolaires n'avait pas voyagé au Royaume-Uni ni été en contact avec quelqu'un qui y était allé.

Pour l'instant, 19 cas de contamination par ce variant sont avérés dans toute la France (ainsi que trois autres par un variant différent initialement repéré en Afrique du Sud), selon le ministère de la Santé.

"Ce variant est déjà là. Dans mon hôpital, j'ai deux patients qui sont atteints du variant britannique. Vous savez d'où ils viennent ? du Liban et l'autre de la péninsule arabique. On n'y échappera pas", a estimé le Pr Caumes, appelant au renforcement des gestes barrières.

- Troisième confinement ?-

Depuis mardi, le nombre de cas positifs tourne autour de 20.000 par jour et l'agence Santé publique France a relevé une "nette augmentation du nombre de cas confirmés" durant la dernière semaine de 2020 (96.743 cas, +17%).

Des chiffres élevés alors que musées, cinémas, théâtres, salles de sport (sauf pour les mineurs), cafés et restaurants sont fermés depuis fin octobre, sans perspective de réouverture prochaine.

Les deux prochaines semaines s'annoncent donc cruciales, selon les experts, avec les probables retombées des fêtes de fin d'année.

Dans le même temps, plus de 80.000 soignants et personnes vulnérables en Ehpad ont été vaccinés depuis lundi, dont plus de 36.000 vendredi, selon le ministre de la Santé Olivier Véran.

Sans prononcer le mot de "reconfinement", et tout en prévenant que les écoles ne devaient fermer qu'en cas de situation "gravissime", le Premier ministre Jean Castex n'a pas exclu jeudi d'aller encore plus loin et de prendre des "mesures nationales supplémentaires".

Comme un troisième confinement ? "J'aimerais bien qu'il soit évitable mais si la courbe continue de monter malheureusement, il y aura pas d'autre solution", a averti le Pr Caumes. Depuis le début de l'épidémie, la France compte plus de 67.000 morts liés au Covid-19.

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