C'est un passage à l'heure d'hiver particulier: la France avance samedi de deux heures le couvre-feu, dorénavant fixé à 18H00 sur l'ensemble de son territoire, dans une course contre la montre pour vacciner la population et tenter d'enrayer l'épidémie de Covid-19, des mesures auxquelles se plient des commerçants résignés.

Samedi, le groupe américain Pfizer, associé au laboratoire allemand BioNTech, a voulu rassurer concernant les livraisons de vaccins en Europe, après des sueurs froides la veille liées à l'annonce d'une baisse de cadence "pour trois à quatre semaines" : ils ont indiqué avoir mis en place un "plan" pour accélérer la production et revenir au calendrier initial de livraisons à l'Union européenne "à partir de la semaine du 25 janvier".

Concernant le couvre-feu à 18H00, il était déjà en vigueur dans 25 départements et est étendu dès ce samedi à l'ensemble du territoire métropolitain et "pour au moins 15 jours", a annoncé jeudi le Premier ministre Jean Castex.

Le nombre de cas reste élevé avec 21.217 confirmés en 24 heures vendredi, et environ 20.000 nouveaux comptabilisés chaque jour depuis le début de l'année, bien loin des 5.000 espérés à la mi-décembre par le gouvernement, selon Santé publique France.

Les dérogations restent les mêmes qu'auparavant (déplacements professionnels, pour un rendez-vous médical, pour un motif impérieux...) mais les commerces doivent désormais baisser le rideau à 18H00.

Une mauvaise nouvelle de plus, à quelques jours du début des soldes. Pour les restaurants également, fermés jusqu'à mi-février et qui essaient de surnager grâce aux ventes à emporter.

Dans le 20e arrondissement de Paris, Alison Dias, employée dans un restaurant, fait grise mine : "Ca nous aide pas, déjà qu'on est fermé...", dit-elle en installant une table pour servir des cafés devant l'établissement samedi matin dans le froid.

Le restaurant s'est mis à la vente à emporter le midi et le soir. "On va essayer de vendre à emporter entre 17h et 18h mais on n'est pas sûr que ça marche", dit-elle.

"Ca va nous faire entre 10 et 15% de pertes parce que nous on fait le plus gros le soir. Des fois, on fait 500 euros entre 18h et 19h, c'est là où on fait le plus de chiffre avec ceux qui rentrent du travail", a déploré samedi John Brown, gérant d'une poissonnerie du quartier, qui installe avec ses salariés ses étals.

Face à la menace de nouveaux variants plus contagieux du coronavirus, il s'agit pour le gouvernement de "réduire encore davantage les contacts sociaux sur les heures de fin de journée".

Les écoles resteront ouvertes mais les activités sportives scolaires et périscolaires en intérieur sont suspendues et le protocole sanitaire dans les cantines sera renforcé.

Et l'avancement du couvre-feu ne met pas à l'abri d'un nouveau confinement "si nous constatons une dégradation épidémique forte", a prévenu Jean Castex.

En déplacement dans l'Allier, ce dernier a rappelé que "toute son énergie" était "mobilisée sur la lutte contre la crise sanitaire, priorité des priorités". M. Castex, qui signait une convention de participation de l'Etat à l'aménagement numérique de l'Auvergne avec le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, a insisté sur sa volonté de montrer que le gouvernement continuait à se préoccuper de l'avenir, "parce qu'avenir, bien entendu, il y aura".

- 389.000 vaccinés -

En attendant, le gouvernement espère que les nouvelles restrictions vont permettre de freiner l'épidémie.

Elles sont motivées par l'arrivée de nouveaux variants du coronavirus, qui ont émergé en Angleterre et en Afrique du Sud. Vraisemblablement plus contagieux, ils ont déjà forcé plusieurs pays européens à se reconfiner.

Dans un avis remis au gouvernement le 12 janvier et rendu public vendredi, le Conseil scientifique va jusqu'à recommander une "limitation des déplacements" entre les régions, voire un confinement dans les endroits les plus à risques.

Pour tenter d'enrayer l'épidémie, la course contre la montre se poursuit pour vacciner la population.

Près de 389.000 personnes ont reçu la première injection.

Lundi, la campagne de vaccination va s'élargir aux personnes de plus de 75 ans ne vivant pas en Ehpad, ainsi qu'aux personnes présentant des pathologies à haut risque (insuffisances rénales chroniques, cancer sous traitement...).

Vendredi, 833 centres étaient "ouverts et accessibles à la réservation", a assuré le ministre de la Santé Olivier Véran.

Pourtant, la prise de rendez-vous, possible depuis jeudi matin, s'apparente parfois à un parcours du combattant, même si "plus d'un million de rendez-vous ont été pris vendredi", selon le ministère de la Santé.

Le site sante.fr, qui devait initialement rediriger vers l'une des trois plateformes privées de réservation, n'affichait samedi qu'une liste des lieux de vaccination par département. Et les créneaux de vaccination de nombreux centres affichaient complets samedi à la mi-journée.